Stop ou encore

Ce soir, je vais avoir l'impression peu rassurante de revivre cette nuit de novembre 2016 où les désillusions furent nombreuses et au terme de laquelle je me suis réveillé en voyant sur l'écran de CNN "Donald J. Trump, 45th President elected", les mines des présentateurs déconfites s'ajoutant à la mienne.

Pour froide qu'elle fut, la douche n'a toujours pas cessé d'arroser tout le monde quelque soit le continent tant les deux premières années de l'administration Trump confinent au cauchemar malgré une puissance des institutions censée nous préserver du pire. C'est dire si, nonobstant de tels garde-fous, l'on doit s'inquiéter quand on égrène les tweets, faits et gestes d'un Président plus sidérant que jamais qui conduisent au bord d'un gouffre dont on peine chaque jour davantage à se demander si l'on ne se fait pas peur pour rien ou si l'abîme est vraiment si proche.

Donald Trump surfe sur les peurs, les fantasmes, les fake news et autres torsions de vérités puor mobiliser un électorat dont il aura bien besoin ce soir, quand les "Mid-term elections" devront rendre leur verdict : stop ou encore ?

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A chaque fois que je croise Nicole Bacharan, sur un plateau de télé, ou je ne sais quel autre spécialiste des questions diplomatiques s'étouffer en commentant les incartades du locataire de la Maison-Blanche, je partage leur émoi sinon leur anéantissement à mesure que Donald fout en l'air tous les fondements du multilatéralisme qui a permis d'éviter tout nouveau conflit mondial, déclenche des guerres commerciales tous azimuts, fait flamber le pétrole en créant des conflits artificiels, dézingue à la sulfateuse les amis d'hier pour mieux tomber dans les bras des plus zélés autocrates [Kim Jong Un est si formidable, Orban est un homme de qualité, Salvini a des vraies convictions et que dire de Bolsonaro]. Non vraiment, on est à la fête avec Donald, regardant médusés que nous sommes ce remake de "Docteur Folamour" avec le sentiment que la réalité pulvérise la fiction de Kubrik.

Du coup, on se met à espérer que la correction va venir, qu'à la faveur d'élections de mi-mandat, le peuple américain va se ressaisir et sonner la fin de cette récréation mortifère ayant permis que l'on parque des enfants sans leurs parents, qu'on monte en épingle une caravane de réfugiés en les qualifiant de tout ce qu'il y a de plus répugnant pour mieux forger la répulsion fantasmatique qu'il faut ressentir, que l'on tolère qu'un Président des États-Unis ne soit qu'un perroquet de Fox-News à la crête teinte grossièrement, que l'on piétine les principes les plus élémentaires en trouvant des circonstances à la barbarie de Mohammed Ben Salmane lorsqu'il massacre Jamal Khashoggi, que l'on témoigne autant d'affection pour les suprémacistes blancs qui embrasent les tensions raciales dans un pays qui n'a vraiment pas besoin de cela, ou encore que l'on tourne en un tel ridicule une fonction qui fut exercée avec davantage de brio par tant d'autres. Oui, il serait temps que cessent ces éructations, ces abominations qui flattent le pire sans vraiment permettre d'imaginer que l'on va vers le mieux, ces immondices qui transpirent l'absence de scrupule et la collusion au mépris d'une base d'humanité. Voilà l'Amérique de 2018, celle qui s'ouvre comme une faille, rejetant les uns et les autres selon leurs origines, leur genre, leur orientation sexuelle, leurs revenus [encore plus qu'avant] ... Voilà l'Amérique qui s'enfonce dans le précipice des déficits annonçant des lendemains ténébreux, qui s'isole en laissant vriller le monde sous lequel elle souffle sur des braises ardentes, qui fend les dernières digues qui nous séparent d'une sauvagerie qui n'a plus rien de civilisationnel en même temps qu'elle achève de donner le coup de grâce à la planète sur laquelle tout le monde vit.

Cette Amérique là, qui s'envoie des pastèques sur la gueule et se tartine de chocolat alors que le monde crève de faim est finalement le paroxysme du Trumpisme qui ne finira pas avec Donald. Le fascisme de l'outrance et du mensonge dévaste tout sur son passage, jusqu'en Europe où chacun regarde sa montre pour espérer que les cinq minutes nous séparant encore du trépas soient plus longues que redouté.

Ce soir, je regarderai la soirée électorale à la télévision et probablement toute la nuit [LCI diffusera en direct la soirée d'ABC, CNN étant disponible chez nombre d'opérateurs] en me convaincant que, peut-être, le pire n'est finalement pas si sûr et que les Démocrates vont remporter la majorité à la Chambre des Représentants, bloquant un peu les furies de Donald Trump, diligentant des enquêtes parlementaires sur les évidents conflits d'intérêt dont il est l'auteur quand il ne s'agit pas des parjures, des obstructions à la justice et autres intelligences avec l'étranger [un comble quand il s'agit de Trump !!]. Oui, je souhaite ardemment que les urnes permettent de museler Trump et ses affidés, ivres d'un pouvoir qui les dépasse, déchaînés au point qu'il apparaît normal de traiter des noirs de sauvages avec le racisme le plus décomplexé et naturel. 

Hélas, comme depuis 2015, je vais vivre cette soirée dans l'angoisse d'un résultat incertain parce que confier l'avenir du monde a des électeurs qui aboient contre les journalistes ou qui s'amusent à venir écouter Trump dégueuler son discours infâme comme on va au spectacle pour rigoler comme s'il s'agissait d'un mauvais sketch de stand-up, c'est donner à ces gens-là une partie des clefs du monde, de notre destin commun et, j'avoue, que cela me fait froid dans le dos surtout quand je vois ce que cela donne tant aux Etats-Unis, qu'en Grande-Bretagne, au Brésil, en Italie, en Hongrie, en Turquie, en Pologne ou encore en Autriche. Ce soir, c'est Halloween avec quelques jours de retard tant l'effroi sera de mise, de peur que le réveil soit aussi difficile qu'il y a exactement deux ans où, éberlué, j'ai vu un homme accéder à la bombe atomique et au destin du monde alors qu'il n'en maîtrise rien voire même qu'il semble s'en amuser comme s'il s'agissait d'un jeu.
On aurait tort de réduire Donald Trump à un simple crétin goinfré de télé, de soda et de burgers et qui n'existe que par la vulgarité de son personnage. Il est cela mais pas seulement : il est aussi comme plus de 40% du corps électoral américain, cette Amérique profonde et décalée qui croit que les élites s'en mettent plein les poches à leur détriment et qui mandatent Donald Trump pour faire le ménage, alors que celui qui les saigne en réalité est le bourreau qu'ils se sont choisis. Je plains ce monde où la notion de vérité ne signifie plus rien, où l'on peut dire une chose et son contraire pourvu que ce soit avec hypertrophie et violence, où dire "Quand vous êtes une star, [les femmes] vous laissent faire, vous pouvez faire tout ce que vous voulez, les attraper par la chatte, faire ce que vous voulez." n'empêche pas de devenir Président des Etats-Unis.

J'ignore si les Démocrates sont prêts ou s'ils n'offriront pas le ticket du renouvellement de son mandat à Donald Trump en le bloquant dès à présent, je sais simplement que cet homme est une atrocité scélérate qui n'aurait jamais dû sortir du seul rôle pour lequel il était supportable, une pauvre vedette de télé-réalité donnant des conseils de gestion alors qu'il a multiplié les faillites et accumulé les ardoises en milliards de dollars. Mais s'il se trouve encore des dégénérés pour le croire quand il se targue d'être un homme du peuple, il n'y a plus qu'à désespérer ... J'espère que ce soir, il y en aura davantage qui choisiront de le museler que le contraire.

Tto, pas rassuré