2018 - Dans mes rêvesJ'ai souvent rêvé de choses étranges, certaines se sont réalisées; d'autres resteront [et c'est tant mieux] iréelles ... l'avantage est que je me souviens assez bien de mes rêves.

C'est un rêve assez inédit qui m'est tombé dessus il y a plusieurs jours et il continue à me travailler : j'ai rêvé de la mort de mon père.

Tout y était : je suis arrivé chez lui, le corps devait être encore chaud, je l'ai vu inanimé, figé pour l'éternité [je suis très partagé sur le fait de regarder les gens morts, partagé entre le fait d'avoir à leur dire au revoir alors qu'ils ne nous voient plus et le fait d'effacer toutes les autres images pleines de vie que l'on avait du mort par cette dernière qui justement n'en a plus].  Décrire l'ambiance m'est impossible tant j'avais l'impression d'une lourdeur incroyable, de sons sourds [des pleurs certainement] et moi qui lui faisait face ainsi.

Je rêve très peu de mon père et il faut que, lorsque cela arrive, cela soit pour constater son trépas.
Je me souviens avoir tout géré, donné des consignes ici et là, surveillé tel ou tel détail ... et tout naturellement nous sommes arrivés au jour de l'enterrement.

Ce fut triste, évidemment mais je n'ai pas pleuré [l'habitude, certainement], il faisait beau et je me souviens avoir parlé à plein de gens qui me confiaient qu'ils étaient très péinés. En réponse, j'avais un masque de cire tant je trouve toujours les pleurs des journées d'obsèques peu sincères, on trouve toujours soudainement la force de surpasser des obstacles que l'on n'est pas parvenu à franchir avant alors que c'est précisément avant qu'il aurait fallu le faire. Là, tant mon père a accumulé au cours de sa vie les fâcheries et autres froids avec les uns et les autres, il y avait de quoi faire !

Une image me reste de cette journée : bien qu'il fasse beau, à un moment, j'étais seul en plein vent. Des feuilles tournaient follement, et moi je regardais au loin ... assommé de prendre conscience que jamais plus il ne serait là, qu'à présent lui et moi qui nous ressemblons tant j'étais à présent seul avec ce que nous partagions. Jamais plus non plus il n'y aurait d'explication.

J'ai aussi pensé que j'avais à présent une réponse à ma question : depuis très longtemps, je m'interroge pour savoir quelle situation sera la pire d'entre le fait que ma mère parte la première ou que mon père meurt avant. Là clairement, je n'avais plus le choix et il allait bien falloir faire avec, avec les sanglots, avec ce vide, avec ce silence qui promettait d'être désormais éternel.

En fait, c'est cette sensation de solitude qui m'a beaucoup frappé, solitude avec poids d'assumer la suite.

Je me suis réveillé ...
J'étais un peu à côté de mes pompes, un peu perdu, un peu embué entre le plaisir de voir que ce n'était qu'un rêve, entre le côté rassurant de se dire que rêver de la mort de quelqu'un ne signifie pas un trépas prochain [sinon, je serais mort depuis bien longtemps] mais troublé aussi parce que je venais de ressentir des choses dont je ne voulais pas avoir, déjà, la sensation.

On ne choisit pas ses rêves ...

Tto, dreaming machine