Petit Paul

"Nous réfutons fermement et catégoriquement les accusations de pédopornographie dont "Petit Paul" fait l’objet. Aussi obscène et provocatrice qu’on puisse la considérer, cette œuvre de fiction n’a jamais pour vocation de dédramatiser, favoriser ou légitimer l’abus de mineurs de quelque manière que ce soit. Il s’agit d’une caricature dont le dessin, volontairement grotesque et outrancier dans ses proportions, ne laisse planer aucun doute quant à la nature totalement irréaliste du personnage et de son environnement." Telle est la défense de la maison d'édition Glénat s'agissant de la controverse qui colle à la peau de "Petit Paul" et  Bastien Vivès depuis la sortie de l'album dans la collection Porn Pop que Glénat veut lancer pour surfer sur la succulente tendance de la bande dessinée hyper sexualisée. Plutôt que de laisser les ligues de vertu, les associations de protection de l'enfance ou les avocats faisant de la retape me faire une opinion sur le sujet, j'ai pris le problème à bras le corps et je suis allé acheter, tant que cela est encore possible, cet album considérant qu'il n'est pour moi de si bonne opinion que celle que je me forge moi-même.

Petit Paul est un très jeune garçon de la campagne doté d’un sexe énorme et vivant "à l’insu de son plein gré" toujours d’étranges et naïves péripéties érotiques avec sa soeur Magalie qui, elle, est pourvue d'une poitrine qui aurait impressionné Lolo Ferrari. Forcément, toutes les aventures se soldent par une éjaculation digne du plus grand geyser possible ou des pénétrations vaginales dont l'orgasme se mesure sur l'échelle de Richter.

Le procès en pédopornographie est rapidement monté et les associations pourfendeuses de l'album brandissent l'article 227-33 du code pénal avec autant de virulence que Petit Paul son chibre monstrueux pour expliquer qu'il y a là transmission de l’image ou de la représentation d’un mineur présentant un caractère pornographique. Il faut rappeler que le texte en question a principalement été utilisé pour combattre les vidéos et photos pédopornographiques mais il est exact qu'il pourrait s'appliquer en matière d'édition papier [ce qui fut le cas].

9782344028971-L

Cultura comme Gibert ont annoncé avec fracas que la bande dessinée était retirée de la vente libre [quand bien même le livre est cellophané et comporte un sticker explicite ailleurs]. Cette première digue ayant cédé, le débat pouvait donc s'ouvrir et l'on n'a pas manqué de voir surgir des avis tranchés de ceux qui n'avaient surtout pas lu l'ouvrage, amalgamant beaucoup de choses et surlignant des dérives qui ne sont pas exactement celles que l'on pourrait reprocher à Bastien Vivès. Qu'elle soit réservée à un public adulte et averti, et se présente clairement comme telle, c'est incontestable et quasiment revendiqué par l'auteur qui, au détour d'un trait assez effilé et profondément suggérant, se plaît à transgresser avec excréments, inceste, sodomie anale, zoophilie, vomi et davantage encore. On pourra songer qu'il joue avec les délires des hentai [mangas pornographiques japonais hétérosexuels] mais cela rappelle surtout les délires orgiaques du Marquis de Sade comme des "Onze mille verges" d'Apollinaire. La seule différence et la transgression ultime, c'est qu'il s'agisse d'un enfant au sexe priapique démesuré [qui déchire même ses vêtements] dont l'abondance séminale procède de l'évidente caricature nonobstant son caractère pré-pubère. 

Pour Glénat, l'évidence de la caricature évacue toute critique et je ne veux pas me lancer dans ce débat qui, juridiquement, relève de la casuistique la plus incertaine tant on touche à la protection de l'enfance et à la liberté créatrice de l'artiste, deux planches glissantes lustrées au savon noir de la jurisprudence. Surtout et c'est indéniable, la question est finalement de savoir si l'on peut fantasmer [au sens premier du terme, c'est à dire une vision hallucinatoire] une sexualité irréelle tant elle est caricaturale à partir du moment où l'on met en scène un enfant d'une dizaine d'années. Les tribunaux répondront.

En attendant et hors cette polémique qui obscurcit tout, l'album n'a pas grand chose d'intéressant ni même d'amusant. Ce n'est pas spécialement drôle, ni même cocasse et encore moins jubilatoire. A l'instar de certaines productions pornographiques, il y a là une accumulation de verges hypertrophiées et surdimensionnées [pratiquement plus grandes que le personnage lui même], des litres de sperme déversés comme s'il s'agissait d'éruptions volcaniques, et des situations tellement rocambolesques qu'elles feraient passer le dernier "Marvel Infinity War" pour un doc-fiction. Si l'on a vu bien pire ailleurs graphiquement, le livre est finalement d'un intérêt assez nul. Les scenettes, annoncées à la manière des "Martine va à la plage" n'apportent pas rien d'autre des délires sexualisés dans lesquels le personnage est victime d'un sexe qui a pratiquement son autonomie orgasmique. Ici et là, on flirte avec la religion musulmane, les cours de judo qui se finissent en accouplements et on en ressort avec un "Tout ça pour ça ?" qui rappelle bien d'autres polémiques à l'effet Streisand [phénomène médiatique au cours duquel la volonté d’empêcher la divulgation déclenche le résultat inverse]. Le Point propose d'ailleurs une grille d'analyse très orientée sur la pédopornographie qui, en définitive, ne mérite pas les neurones agités pour la produire quand on envisage la qualité de l'ouvrage dont, j'en prends le pari, on ne parlera plus dans quelques semaines [à l'instar de "Rose bonbon" qui avait déclenché les foudres des ligues de vertu traditionalistes pour finalement tomber dans l'oubli ... le livre n'ayant pas franchement de flagrantes qualités littéraires].

Tto, qui attend surtout le nouveau titre de la collection Porn Pop de Glénat pour se faire une idée de l'ambition de la maison d'édition