La congruence

Au delà du fait que la vie et UNE VIE DE TTO me permet parfois de nouer contact avec des lecteurs ou des gens que je trouve particulièrement intéressants, il arrive parfois qu'une petite musique commence et que je sois, sans m'enflammer, assez émerveillé de la sensibilité, de la douceur et même du sommet d'intelligence avec lequel j'interagis.

C'est ainsi qu'au détour d'une conversation épistolaire au cours de laquelle nous devisions, il employa un mot qui me fit plaisir. Oh, ce n'est pas qu'en lui-même je le trouvai particulièrement joli ou harmonieux [bien que ...], c'est simplement que je ne l'avais pas vu employé depuis bien longtemps. Et moi, j'aime les mots, je te prends aux mots régulièrement et, pour traiteur divers maux, je les utilise parfois comme un chameau les agitant comme un chalumeau afin de disperser les doutes infinitésimaux que l'affreux marmot aurait pu suggérer. Je cherche les mots optimaux ... ok, j'arrête cet homéotéleute qui te saoule, je vois bien qu'il n'y a, en l'espèce, aucune congruence entre nous à cet égard.

Et pourtant, l'emploi de ce mot m'a clairement interpellé et j'avoue en être resté quasi interdit. "Fichtre !!! Wahoo, ... j'adore" me suis-je écrié à l'intérieur de moi ! Aussi, je ne résiste pas au plaisir d'en faire un beau billet et de t'expliquer le contexte qui a permis son emploi.

"CONGRUENCE" est un substantif féminin. dont on retrouve la première trace en 1374 pour désigner un accord, une convenance. Le Larousse expliquera, au XIXème siècle, que le vocable est qualifié d'inusité. Oui mais voilà, il est revenu par d'autres biais et notamment à la faveur du fait qu'il appartient aussi et désormais au lexique mathématico-scientifique. Mais prenons la définition en tant que telle : La congruence, c'est le fait d'être adapté, de coïncider. En cela, tu trouveras dans "justesse" son meilleur synonyme. "La crainte des motivations inclina toujours aux justifications. Mais ces jeunes gens se moquent de la justesse, de la congruence de leurs justifications, ... " écrivit Nizan dans "La Conspiration" en 1938.
Les mathématiques se sont emparées du mot et l'on parle de "Rapport de congruence" pour désigner un rapport qui existe entre deux nombres congrus. Tu veux bien entendu savoir ce que sont deux nombres congrus ? Deux nombres entiers sont dits "congrus modulo n" si leur différence est un multiple de n, n étant un nombre entier [ça te fait une belle jambe hein ?].
Le plus intéressant et c'est précisément dans cette acception qu'il fut employé dans le dialogue auquel j'ai participé, c'est que la congruence s'entend également au sens sociométrique. On l'utilise alors pour désigner la concordance entre l'attitude d'un sujet envers un autre et l'attitude similaire qu'il en attend en réponse. Et c'est exactement ainsi que je l'ai compris entre les doigts de celui qui m'a adressé ce mot alors qu'il me parlait de l'équilibre d'un couple sur divers sujets.

Ah le couple ... vaste sujet et il en est bien un où la congruence doit exister, au moins sur une majorité de sujets sinon c'est à se demander pourquoi ou comment. J'ai passé beaucoup de temps à détailler le fait qu'on peut aimer quelqu'un, vivre avec et se marier sans pour autant être d'accord sur tout [cette série, qui va reprendre bientôt, s'appelle "Les contraires s'attirent"]. Pour autant, il n'est pas question ici de parler d'identité de vue ou d'opinion. La congruence, à mon sens, procède d'autre chose : la concordance d'attitude. Elle peut s'exprimer sexuellement, amoureusement, sentimentalement, comportementalement ... mais elle ne peut pas ne pas être. C'est ainsi que je l'ai toujours envisagée sinon, on retombe dans l'aphorisme classique d'Oscar Wilde : "Être en couple, c'est ne faire qu'un. Oui mais lequel ?".

Vraiment, j'affectionne particulièrement ces dialogues qui préfigurent d'autres petits bonheurs du genre.

Tto, congruent à souhait pour autant qu'on le soit tout autant