Je bande donc je mens

Contrairement à ceux qui voient dans leur capacité à bander une preuve d'existence, j'en connais un qui assimile la raideur du membre avec l'absence de franchise. En d'autres termes et comme j'ai déjà pu ici y faire allusion, "la vérité d'un mec qui bande n'est jamais celle du même mec qui ne bande plus".

Depuis fort longtemps [la première nuit sauf erreur de ma part], je me heurte à ce postulat dont j'estime être la preuve incarnée de la réfutation manifeste. Toutefois et parce qu'on en a tous connu [voire même que certains disposent de suffisamment de recul pour pouvoir faire preuve d'auto-critique], je n'ignore pas qu'un tel axiome soit dénué de fondement.

Oui clairement, tu connais [de près ou de plus loin] des garçons qui, lorsqu'ils sont turgescents, sont capables de dire tout et surtout n'importe quoi pourvu qu'ils parviennent assez vite à la jouissance qui aura l'avantage de les rendre moins durs. Au delà du simple aspect anatomique, il faut aller plus loin et englober aussi le fait qu'on dit beaucoup de choses lorsque l'on désire, on dirait même des trucs hallucinants, à l'instar de ce qui peut se proclamer sous l'empire d'un état alcoolisé, que l'on ne reconnaitrait pas de façon normale.

Le fameux "Je bande donc je mens" existe, c'est vrai mais, ici et comme ailleurs, je réfute le fait qu'il puisse en être fait une généralité au même titre que "les roux sont comme ci et comme ça" ou qu'une vérité première soit inventée pour tel et tel particularité. Naturellement, l'euphorie du désir [qui se traduit souvent par une érection chez le garçon] permet de dire des choses excessives ou qui ne reposeraient sur pas grand chose. Qu'importe le flacon pourvu qu'on en ait l'ivresse dirait l'autre ... 

C'est vrai que, comme tout le monde, dans un état second lié à l'enthousiasme hormonal ambiant, il peut m'arriver de dire des choses un petit peu au dessus de ce que je pense, de traduire certains sentiments avec une emphase un peu exagérée, tout dépend aussi de quoi l'on parle, tout dépend surtout de quelles paroles il est question.

Le jeu, entre Zolimari et moi, consiste quand il me dit "je t'aime" à tâter son entrejambes pour déplorer que cela soit trop mou et conclure derechef "Mouais, pas tant que ça en fait !". C'est de la provocation gratuite et infantile mais il s'en suit toujours une petite discussion qui nous ramène sur ce différend initial qui est le nôtre : faut-il croire un mec qui dit "je t'aime" en bandant ? Lui conclut que non considérant que tout ce qui est dit dès lors que les corps caverneux du sexe sont gonflés ne vaut pas tripette. Moi, j'exige qu'on me fasse crédit de ce que je peux dire, dans cet état, des choses parfaitement sincères et totalement irréfutables.

C'est bien différent que de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein, et s'il est certes question d'interprétation, il faut surtout se garder à mon sens des effets pervers d'un axiome si tranchant qui :
- reviendrait à dire que tout ce que j'ai entendu dans sa bouche alors qu'il était dans un état d'excitation manifeste ne vaudrait rien ;
- éluderait, de façon trop rapide, le fait qu'on puisse aussi dire des choses inconséquentes sans bander ;
- nierait que l'on puisse dire "je t'aime" même lorsque l'on est excité et le penser vraiment :
- permettrait de décider une bonne fois pour toute que l'on est sérieux que quand on ne désire pas.

De tout cela, je ne suis pas convaincu et j'incline même à penser le contraire, même si je n'ignore pas qu'il soit facile de rogner sur le sens des mots pourvu qu'une éjaculation suivre prochainement. C'est le fait de faire d'une circonstance particulière que chacun a pu rencontrer dans sa vie sexuelle une généralité qui me dérange, qui m'offusque parce que l'on ne me fait pas crédit du fait que le désir que je peux ressentir, le sentiment d'amour qui peut être le mien ou encore le regard émerveillé que je jette sur lui alors que la chair me taraude demeurent intacts une fois les endorphines libérées. Oui, je peux murmurer des "je t'aime" tandis que nos corps se bousculent et que ma bouche dévore son cou [avec ou sans accent latino ...] et continuer à l'aimer une fois la descente achevée. Je peux le trouver magnifique alors que je suis dans une ivresse proche de celle du satire et persister tandis que nous sommes passés à autre chose. Ce n'est pas parce que certains se comportent mal que tout le monde se comporte de la même façon. Non, tous les mecs ne sont pas des salauds et, même si tu pleures sur mon épaule alors que tu viens de te faire larguer, je ne te donnerai pas raison pour autant.

Je te rassure, ni l'un ni l'autre n'a cédé un millimètre de ce qu'il pense et nous continuerons à en discuter à chaque fois que j'exprimerai quelque chose en étant excité, à chaque fois qu'il me dira qu'il m'aime et que j'irai vérifier qu'il est tout mou. Au delà d'un jeu, cela m'a interrogé hier soir parce que c'est venu en écho à une autre conversation que j'ai eue récemment au sujet de la consistance des paroles balancées ici et là. L'hypocrisie d'un jeu immature consistant à dire des choses que l'on ne pense pas me blesse toujours à un moment quand j'en suis la victime. Je m'efforce de ne jamais y tomber [et quand c'est le cas, ceux qui me connaissent voient à quel point j'en fais des caisses], oui je m'assigne l'exigence de ne pas souvent dire des choses à la légère surtout quand il s'agit de sentiments.

Tto, pour qui les mots ont un sens ... que je bande ou non