Encore une dans Mémé

C’est le rituel de la mi-septembre … cet exercice d’agilité mentale devient de plus en plus compliqué, un peu comme les niveaux supérieurs du Docteur Leyton où plus ça va plus tu te demandes comment réussir à surpasser, intellectuellement, la gymnastique cognitive proposée. Oh oui, un peu comme quand Mémé trouve, entre ses mains râpeuses, le corps d’un jeune éphèbe échoué dans je ne sais quel cabine des toilettes d’un centre commercial de la proche banlieue … « Mais comment cela a-t-il été possible ? » se demande-t-il régulièrement alors que le gérontophile regarde les vieux pornos Citébeur dont Mémé lui avait expliqué que ça c’était vraiment du cul de sa jeunesse [tout est relatif].

Ainsi donc, c’est lorsque sonne la rentrée que Mémé surgit, tel Zébulon sans tounicotis mais avec torticolis, pour se rappeler au bon souvenir de tous parce qu’il est avide de cadeaux. Forcément, il prend déjà une bûche supplémentaire [à ce niveau, ce ne sont plus des allumettes ou des bougies, ce sont des bûches … et puis il préfère se prendre des bûches, c’est plus adapté à ses goûts personnels, une sombre histoire de bûcheron qui l’a poursuivi un soir alors qu’il était en porte-jarretelles dans une forêt réputées pour les amours masculines]. Et l’exercice cérébral dont j’évoquais la teneur précédemment consiste bien à essayer de se souvenir … Se souvenir de lui ? Oh la la, il laisse toujours un souvenir impérissable. Se souvenir du moment où l’on a fait sa connaissance ? Les petites caillasses des cités du 78 dans lesquelles il sévissait ont préféré s’engager dans la légion plutôt que d’avoir à affronter le funeste spectre de tels égarements. Se souvenir du nombre de bougies ? Précisément … et c’est là qu’on ne remercie pas Pfizer qui permet encore à Mémé de s’adonner aux délices de la chair [enfin, « délices » … il parait que, pour ce soit partagé, il vaut mieux que la lumière soit éteinte sinon la vision de la pipe sans dentier est un truc qui rappelle trop un épisode de « The Walking Dead »].

Là où l’on souhaite un nouveau printemps généralement, Mémé c’est toujours un automne de plus. La question est de savoir à combien on en est avec tout ça ! Depuis bien longtemps, les mains réunies d’une équipe de handball ne suffisent pratiquement plus … il faut dire que dans les vestiaires, Mémé préfère qu’ils utilisent tous leurs mains à autre chose que compter ses automnes. N’ayez pas peur amis ailiers et autres pivots, la chance est avec vous puisque les tirs au but sont quasiment tous assurés de succès. Le gardien est très ouvert mais faut quand même pas y aller aussi nombreux : trois par trois ça ira déjà très bien pour la mettre au fond [il parait que les cages ont été agrandies récemment, et toutes refaites de l’intérieur … du beau travail du Dr Trifouillard, proctologue émérite qui ne pensait quand même pas voir cela dans sa carrière lui qui avait déjà soigné Steevy Boulay, Magloire et Jarry].

Or donc, c’est aujourd’hui que tu peux te déchaîner sur Mémé, il adore ça que les jeunes gens [on l’est tous quand on envisage le fossile dont s’agit] se défoulent sur lui-même si cela rend encore plus imprécises les datations au Carbone 14 de certains de ses membres plus très actifs. Des archéologues retrouvèrent, au fin fond d’une rame du RER B, des bouts de cheveux dont Lova Moor avait déclaré la disparition en 1974 et que Mémé portait jalousement depuis comme pour rappeler à la jeunesse ignorante que « Crazy Horse » avait été trouvé par Alain Bernardin en souvenir de leurs chaudes nuits câlines de l’avant-choc pétrolier [oui oui, c’est presque Stéphane Bern qu’il faudrait convoquer pour ce « Secret d’Histoire » mais je crois que leur dernière partouze s’est mal terminée quand Mémé a essayé d’éprouver la solidité d’une véranda Akena au gré des coups de boutoir d’un chti-amant trop zélé qui ressemblait à un croisement entre Line Renaud et Dany Boon en pleine paralysie faciale]. Plus tard, on mit la main sur la hanche qu’il avait achetée conjointement avec Richard Anthony [un prix de gros] sur laquelle était encore gravé « Crie crie d’amour !! » en référence aux grands auteurs des studios AB Productions dont Mémé se fit une spécialité jadis « histoire d’apprendre un peu la vie à tous ces puceaux qui ne demandent qu’à être les premiers baisés », avec son miel mais sans les abeilles puisqu’il avait son dard à lui. Tu m’étonnes …

Je ne peux évidemment faire l’inventaire des prouesses et joutes auxquelles Mémé participa depuis sa prime jeunesse, les grecs regrettèrent amèrement qu’il ne naquit que 24 ans après la chute de Sparte tant c’eût été bien marrant et cela aurait bien vidangé quelques divisions militaires qui en avaient cruellement besoin. L’Histoire est cruelle … Qu’importe, les vikings furent heureux de le croiser, gambadant nu et la fleur au vent sur les côtes de Normandie avant une énième invasion. Ils l’affublèrent du sobriquet « Taupière moite et accueillante ». Ravalé [au sens architectural du terme] pendant le Moyen Âge, c’est à la Renaissance qu’il fit de même, recouvrant une vigueur de tous les diables et qui fut le gage de ce qu’il nous parvint en l’état à ce jour. Bien sur, y a des travaux et personne n’ignore que des bouts se cassent la figure voire même que certaines arrêtes sont menaçantes. Y a pas que du côté inverse de son appendice qu’il y a une sacrée fissure [celle-ci confinant quasiment à la faille tectonique de San Andréas] … Pour autant, Mémé est un peu comme ce vieux meuble auquel on s’est habitué : il prend la poussière, il gagnerait à passer entre les doigts d’une relookeuse [Cristina va faire un AVC ma chéwwwie] mais pourtant, on le garde parce qu’il fait partie du paysage, il met en confiance et, au-delà de l’habitude prise de sa présence, il rassure parce qu’on se dit qu’avec tout ce qu’il a traversé, il est encore là et pour longtemps. On y transfère toute l’affection que l’on peut avoir parce qu’au fond [moi, je n’y suis jamais allé mais les survivants m’ont raconté], on l’aime bien notre Mémé, il est atemporel et inoxydable : il nous enterrera tous !

C’est pourquoi, prépare-toi aujourd'hui à lui faire sa fête : il en frétille d’avance du croupion. Souffle lui ses nombreuses bougies [il vaut mieux que ce soit toi parce que s’il s’y met et avec le nombre de celles-ci, il est probable que le dentier vienne avec et comme ta montre n’est pas étanche …] et dis lui que même frippé, même dégradé, même un peu attaqué, on l’aime beaucoup notre Mémé !

Tto, qui aime bien donc châtie bien [quand bien même à ce niveau, ce n’est plus de l’amour mais presque de la rage]