Requisitoire Salamé

Je n'avais déjà pas beaucoup d'estime pour la cagole de l'information qui distille depuis des années son style "décomplexé" mais terriblement formaté et prodigieusement ennuyeux. Léa Salamé a, encore une fois, donné la mesure de son talent dont tout France Inter se délecte tous les matins, à chaque interview toujours plus inaudible à force d'éclats de voix de la journaliste très occupée à couvrir les éructations d'un Nicolas Demorand frustré d'être, un temps, le passeur de plats de la donzelle [lui qui vaut, à l'en croire, tellement mieux].

"Vous êtes sérieux ?" lança-t-elle à Nicolas Hulot alors que ce dernier venait de lui offrir le scoop de la rentrée, au deuxième jour de la rentrée radio, terrassant ce qu'il reste d'Yves Calvi et renvoyant bien loin Nikos Alliagas et son Europe1 moribonde. Pour un scoop, c'en fût un et, hélas, je ne parle pas présentement du professionnalisme de la meneuse d'interview auto-proclamée pugnace et qui donne du fil à retordre aux vieux matous de la politique. La déménageuse Salamé inonda de lumière noire l'instant exceptionnel consistant, pour un ministre, à annoncer une décision lourde tant politiquement que personnellement [faisons lui cette grâce] et, comme si cela n'avait pas suffi et qu'il nous eût été permis d'oublier le style gras et pesant de la dame flanquée d'un Demorand galvanisé d'avoir enfin un scoop, les deux loustics de la station phare de la maison ronde se commirent par la suite à nous "débrieffer" cet "instant de grâce".

L'infatuosité de Salamé, on connaît déjà en se souvenant des postures très "pétassières" de l'ex-anchorwoman d'I-Télé comme de la conscience starlétisante boboïsée montée en épingle par l'infatigable Ruquier qui n'en finit plus de nous épuiser. Aussi, cette vidéo de publi-reportage, destinée à montrer à tout le monde comment on est forts à Inter parce que là, on était pile au bon endroit au bon moment et ouh la la on ne l'a pas vue venir celle-là mais qu'est ce qu'on est balèses quand même pas vrai Nicolas, m'a fait la journée, la semaine, le mois et peut-être même l'année. L'immodestie le dispute totalement à la condescendance et il n'est pas le moindre gramme de vergogne qui puisse venir troubler la contemplation des nombrils de Salamé comme Demorand lorsqu'ils se félicitèrent, dans une vidéo putassière qui en dit long sur l'esprit de service public régnant dans les deux ciboulots concernés, d'avoir fait un tel coup ... pour lequel ils ne sont pour rien. A aucun moment, Salamé n'expliqua qu'elle fut un peu désarçonnée ou tellement stupéfaite qu'elle a manqué d'à-propos. Jamais ... Demorand [journaliste de gauche qui réussit par la passé à se mettre à dos les caciques de la rédaction de "Libération" ... c'est dire l'abîme en lequel consiste le mec à la voix si nasillarde], je préfère ne pas en parler.

Même les éditorialistes maison, Thomas Legrand en tête [pour lequel j'avais un peu de respect, le croyant éloigné de tels ressorts dignes d'une sous-BFM TV], y sont allés de leur cirage pour magnifier le coup, le séisme radiophonique qui enterre la concurrence ringardisant derechef RTL, Europe1 et RMC faisant depuis du caca-Bourdin. Qu'on ne s'y trompe pas, ce n'est pas le scoop en lui-même qui mérite un tel emportement, quand bien même il conviendrait deux minutes de revenir sur la méthode Hulot qui privilégie, comme toujours, les effets d'annonce et la force de l'image [en bon animateur producteur de TF1 qu'il est] plutôt que le fond. Non, ce qui est navrant, c'est le narcissisme de Demorand et surtout de Salamé dont la jactance m'exaspère depuis qu'elle fut propulsée intervieweuse star à la faveur de l'entretien présidentiel pitoyable qu'elle conduisit flanquée de Pujadas avec François Hollande au Musée de l'Homme le 14 avril 2016. Toute auréolée des années I-Télé [pourtant très perfectibles], d'un passage quasi discret sur France 24 et du fait qu'elle fut désignée intervieweuse de l'année 2015 [après avoir été "femme de l'année 2014" slon GQ !!!], la compagne du tellement subversif Raphaël Gluksmann [récemment viré du "Magazine Littéraire" pour manque de macron-compatibilité par le très habile Claude Perdriel] se pique d'être la nouvelle Elkabbach des années 2010, avec son sourire prétentieux qui ne doit plus provoquer de révérence que chez Lipp ou dans je ne sais quel salon intellectuel où l'on cause avec un entre-soi rassurant. Léa Salamé n'a pas de rigueur, elle est faussement mordante, servile lorsque l'on gratte et, surtout, elle n'imprime rien d'autre que son petit nombril boursouflé. A l'instar de Bourdin qui trouve amusant d'appeler le Président de la République exclusivement par son patronyme pendant plus de deux heures dans une interview télévisée, elle ne fait que chercher le coup, la petite phrase qui sera reprise et dont la vidéo n'oublira pas la montrer très pénétrée de ce qui se raconte mais toujours avec le bon angle, le stylo à la main avec le menton sur le poing serré histoire de figurer la détermination intellectuelle. 

Il est loin le temps des Christine Clerc, Catherine Nay et autres Christine Ockrent [qui ne sont pas exemptes de reproches ni de défauts mais auxquelles je prêtais néanmoins la grâce d'avoir de la rigueur de ne pas jouer les cagoles de tapis rouge]. Bourdin joue le père fouettard sur RMC, Calvi fait semblant ne pas voir qu'il a décroché depuis des années sur RTL, Europe1 a sacrifié Patrick Cohen et France-Inter se caresse tous les matins en laissant Salamé aligner les sottises avec suffisance et vanité, au point de n'avoir pour seule répartie quand un ministre la surprend en annonçant sa démission "Vous êtes sérieux, là ?". Au delà de l'immaturité de la réaction, elle traduit surtout le fait qu'elle sonne comme le reproche salamesque de ce que Hulot ne l'avait pas prévenue et a donc cassé le code établi de la connivence, du jeu de rôles. Salamé n'a pas pu jouer sa partition à la Huster, toute emplie des trémolos et lourdeurs auxquels elle habitue son auditoire bien patient.

La mode Salamé passera, du moins je l'espère. Elle finira un jour par lasser, se caricaturer davantage qu'elle ne le fait déjà, cessera de parler culture dans un "Stupéfiant" paresseux et superficiel [produit par Yann Barthès, comment aurait-il pu en être autrement ?] et finira d'achever le grand show politique de France 2 dont les audiences dégringolent depuis qu'elle est aux commandes. Un jour, elle succédera à Lapix au 20h. D'ici là, la cagole continuera à nous vendre son saucisson reconstitué comme s'il s'agissait d'une merveille.
Pourtant, même au Café de Flore à la terrasse duquel je l'ai déjà aperçue, le Salamé est un bien mauvais saucission [le salami aussi].

Tto, ulcéré