2018 ETE - nouvelle star

L'Histoire choisira mais je te file mon billet qu'elle retiendra de cette folle épopée russe [en la matière, il est assez rare que nous puissions nous targuer d'un succès en ces terres] le visage juvénile et quasiment bluffant de maturité de Kylian Mbappé.

On va même pouvoir se dire un truc : ça tranche un peu avec les réactions hystériques des uns, des autres, de ceux qui sont si prompts à donner des leçons de maintien ou distribuer des cartes dites d'appartenance à telle ou telle communauté. Les Tartuffes seront toujours des imposteurs de la pensée.

Que la France s'énivre et qu'elle le fasse vite afin qu'on en finisse de tout cela. Les phénomènes d'hystérie collective comme ceux auxquels on assiste depuis plusieurs jours me font, à titre personnel, extrêmement peur au point qu'hier, il était bien entendu que je n'allais pas bouger de mon salon afin d'éviter de croiser des supporters beuglant comme des demeurés [ah mais non, c'est la joie d'un sport parait-il]. Oui, je n'aime pas ces mouvements de foule aussi soudains qu'irrationnels, ces gens qui font n'importe quoi parce qu'au seul motif que la France a gagné une compétition [ce qu'elle fait régulièrement mais on t'en parle moins ... euh on t'abrutit moins en te prenant ton temps de cerveau disponible pour te vendre des v oitures, des sodas et du poulet javélisé] on peut tout se permettre.

C'est le propre de l'hystérie collective que de balayer les fondamentaux d'une société, le seul avantage étant que c'est passager. 

Que Johnny Hallyday meurt et des gens menacent de se tailler les veines, que la France remporte une seconde fois la Coupe du Monde de Football et on casse sur les Champs-Elysées parce qu'on est content ... non vraiment, c'est une façon d'être et de faire que je ne comprends pas et qui n'est pas mienne. Qu'on ne s'y trompe pas, je ne dénie à personne le droit d'être heureux voire de fêter cela mais qu'on vienne me foutre dans la gueule "Qui n'est pas content n'est pas français" mardi soir parce que je sortais du cinéma, oui là je t'emmerde mon gars et tu ne courras jamais aussi vite que je t'emmerde à me coller telle ou telle étiquette. Moi, je vibre pour autre chose et je ne trouve pas génial d'aligner les verres de bière, d'alcool ou quoi d'autre pour être bourré et dire qu'on a bien enculé les croates. Il parait que je ne sais pas m'amuser ... c'est bien connu ! Non, je n'ai pas de leçon de citoyenneté à recevoir de la part de crétins qui se foutent à poil dans les rues et montent sur des bus, alors que quelques jours plus tôt ils expliquaient que ces pédés qui défilent le jour de la gaypride, c'est écoeurant parce qu'indigne.

A l'instar de 1998 [où j'étais allé dans un bar parce que je trouvais que c'était festif], l'hystérie est généralisée au point qu'on a pu entendre Jean-Luc Reichmann [grand sociologue devant l'éternel] nous expliquer que ça y est, on en avait fini des problème et qu'on assistait à un grand retour des valeurs sociales et familiales, sur TF1 devant un Denis Brogniart qu'on aurait dû laisser sur ses plages désertiques depuis des années. Encore une fois, je ne dénie pas le droit d'être heureux et j'avoue avoir été ravi de la victoire de l'équipe de France hier soir. Mais assister à cette catharsis en direct autorisant tous les excès au motif qu'on est champions du monde [de football !!!], ce lavage de cerveau faisant en sorte que toutes les radios tirent la ligne à l'unisson pour ne rien raconter et remplir du vide avec du rien, ça non.

L'aspect catharsique me trouble même. On s'hystérise en oubliant toutes les difficultés et ce n'est pas comme si, en ce moment, des bateaux avec des gens qui fuient leur pays coulaient tous les jours en Mer Méditerranée. Ce qui me gène, ce n'est pas de fêter une victoire dont la symbolique est énorme parce qu'il est question du sport roi, de milliards de dollars et de projections psychanalytiques multiples de symboliques machistes voire homophobes. Je n'aime pas le football mais je conviens qu'il draine une émotion qu'on ne retrouve pas ailleurs. Je participe d'un engouement national [la preuve, j'écris à ce sujet ce matin alors que j'avais prévu de te parler d'un miel hallucinogène ... curieux clin d'oeil] mais je récuse le droit de chacun d'être braillard, sauvage, animal, associal et égoïste au motif que son équipe a remporté sept matches au cours du mois qui vient de s'écouler. Prends toi en photo cul nu si cela te chante mais on doit pouvoir éviter de l'imposer à tous, on doit avoir malgré tout la décence de rester dans certaines limites que la société exige malgré toute l'euphorie fugace du moment.
Le prétexte euphorique et hystérique véhicule la violence, les casseurs et petites frappes de tous bords ne s'y trompent pas à chaque fois. Mais ça, il parait que c'est à la marge.

Le miel hallucinogène devait t'étonner aujourd'hui [ce sera lundi prochain], l'opium du peuple qu'est ce ballon rond ne me surprend plus. Une chose m'a interloqué : Kylian Mbappé. Il symbolise, finalement, toute la rupture qui est la mienne avec ce sport. Bien qu'heureux et infiniment pouvait-il l'être [à 19 ans, donner à la France le dernier but qui cloue définitivement les espoirs de leurs adversaires], il a fait preuve d'une évidente maîtrise de lui-même, d'une incroyable tempérance qui contraste avec les délires de ses supporters. Loin de faire preuve de pithiatisme, il affiche un sang froid impressionnant alors qu'il est évident qu'il sera le grand footballeur des années à venir, le potentiel du garçon étant énorme. A 19 ans, il est maintenant plus côté que Neymar. Il semble solide comme un roc même si je ne doute pas que les pièges seront nombreux pour le détourner d'une ligne de conduite pareille, le sexe et l'argent pouvant largement faire tourner la tête du plus sobre. Oui, c'est cette sobriété qui m'a étonné parce que même s'il ne boudait pas son plaisir, il annonce tout de même quelques minutes après avoir remporté la Coupe du Monde de Football 2018 qu'il veut faire encore mieux. On est loin des stupidités balancées par Ribery et consorts ...

Nouvelle étoile sur le maillot, nouvelle étoile sur le terrain ... la France hier a gagné sa seconde Coupe du Monde de Football et elle s'est probablement trouvé un nouveau héros courant après un ballon. Elle ne l'a pas encore réalisé, elle est trop occupée à s'aviner et se déchaîner stérilement, pour le seul plaisir de se dire qu'elle peut encore se le permettre, pour le seul plaisir de se défouler [comme si la société était trop liberticide] ... Vivement que tout cela se termine et qu'ils partent tous en vacances s'entasser sur les plages pour revenir déprimés en septembre. D'ici là, ils auront acheté des maillots à 100€ avec une étoile en plus, n'auront pas fini de payer leurs excès de juillet qu'il sera déjà tant de se faire rattraper par la réalité. C'est la règle : après l'hystérie vient toujours un brutal retour à la réalité.

Tto, légèrement en marge