Autolibus interruptus

C'est ainsi que s'achève notre belle histoire. Moi, les Autolib' je les aimais bien parce qu'elles me rendaient la vie plus pratique, sympa et même [j'ose le dire] agréable dans mes pérégrinations dans Paris.

Oh non, il ne faut pas compter sur moi pour railler l'état discutable de certains véhicules considérant que c'est là la traduction du civisme remarquable de ceux qui se foutent royalement des autres pour mieux vociférer dès lors que quelque chose les froisse un tantinet.

Oui, voilà plusieurs années que nous avions commencé à nous connaître. J'arrivais toujours à trouver une place, je m'amusais même à jouer avec l'interface de réservation pour, parfois, dans les derniers mètres parvenir à trouver une place en bas de chez moi puisqu'Autolib' avait eu la géniale idée de mettre six places juste en bas de chez moi.

D'ailleurs, comme Autolib' avait également permis que je puisse en prendre en sortant de la Compagnie chérie, j'avoue avoir été un client fidèle dont la constance fut récompensée quand Autolib' me fit le cadeau de m'offrir des déplacements puisque je ramenais le matin toujours des voitures dans Paris. Aider à la bonne rotation des véhicules me rendait service et me permettait d'éviter les difficultés de la SNCF et son amie RATP certains matins. J'avais trouvé, ce faisant, le bon mix pour gérer au mieux mes déplacements. Depuis hier, j'ai compris que c'était fini puisqu'Autolib m'a signifié que notre histoire s'achevait ainsi et même pas progressivement pour ce qui me concerne.

Dès aujourd'hui, je ne peux plus utiliser ma carte Autolib' toute verte [c'est bien le seul truc qui me dérangeait cette couleur alors que celle de Zolimari était toute bleue]. C'est fini pour moi d'escompter me retrouver Pont de l'Alma ou Trocadéro en quinze minutes. C'est fini aussi de me dépatouiller de mon retour lorsque je vais finir tard et que donc, je vais me coltiner des Uber. Oui, cela me rend triste d'autant que j'estime qu'on va me pénaliser parce que Bolloré et Anne Hidalgo n'ont pas réussi à s'entendre sur la poursuite du système d'auto-partage, pénalisant durablement [à l'instar des Vélib'] l'auto-mobilité des parisiens.

Elle est belle notre capitale made in 2018. Anne Hidalgo n'a pas forcément les moyens de tout gérer mais là, ça va finir par se voir qu'on conjugue l'amateurisme et les cafouillages à répétition. Que le système ne soit pas rentable, c'est un fait et c'est finalement en 2018 que l'on s'en rend compte au terme d'un bras de fer qui confine davantage à jeter le bébé avec toute l'eau du bain plutôt qu'essayer de corriger en douceur les choses. Les querelles d'égo sont toujours bien mauvaises conseillères.

Tant pis donc pour les Autolib' qui m'auront accompagnées pendant cinq années. On aura vécu des trucs marrants : des véhicules cabossés, des pneus crevés, du vandalisme ordinaire comme cette fois où il n'y avait plus de clef pour la démarrer, ce matin où les flics m'arrêtèrent parce que le cache de la prise ne tenait plus que par l'opération du Saint Esprit, ce véhicule que j'avais demandé à changer parce que le conducteur précédent avait carrément vomi dedans ...
Oui bien sur, il y avait tout ça mais il y avait aussi cette façon facile de griller les grosses Mercedes au feu de signalisation parce que les Autolib' avaient une sacrée reprise, il y avait cette facilité à pouvoir se déplacer un peu partout en étant certain de toujours pouvoir se garer dans Paris ce qui est un luxe, cette alternative quand les transports en commun se font rare à cause des rougeauds syndiqués de pouvoir quand même aller ici et là, ces stations que je découvrais un peu partout .... et cette Autolib' qui me ramena chez moi à l'issue de ma journée d'enterrement de vie de garçon conduite par Melle Isa qui s'est amusée à faire du rallye raid dans Montmartre. Oui mes petites Autolib', on en aura fait des kilomètres et je n'ai pas eu le courage de compter le nombre de locations réalisées ni les kilomètres que nous avons fait ensemble. C'est avec beaucoup de nostalgie que je vous pardonne de m'offrir aujourd'hui, en ce jour un peu particulier pour moi, la fin de notre aventure commune pour des raisons qui m'échappent et vis à vis desquelles il me semble être responsable de pas grand chose. Jamais plus je n'aurai recours à vous pour sortir d'une expo un peu tard, d'un concert ou même aller à l'autre bout de la capitale. Plus jamais je ne m'exapsérerai de votre GPS ou de l'imprécision de certaines stations. Oh non, je ne vous appellerai plus pour me dépanner parce qu'un connard a cru que c'était une place de parking comme une autre ou parce qu'une borne a décidé de jouer les récalcitrantes à côté des Invalides [je n'ai jamais compris que ce soit toujours là bas qu'elles soient les plus capricieuses]. Bah oui ... grâce à vous, je parcourais Paris tôt le matin et tard le soir. Merci Anne Hidalgo et Vincent Bolloré, je vais reprendre ma voiture pour revenir dans Paris. Ca doit être ça le sens de l'histoire ...

En ce jour personnellement particulier, je ne vous cache pas que ce n'est pas un cadeau.
Tant pis et merci Autolib', tu m'éconduis après que je t'ai tant conduite ...

Tto, orphelin des Autolib' depuis ce matin