Ah Paris, la capitale des arts, la ville lumière où s'entrechoquent les idéaux, les courants de pensée, tout ce qui rend le monde plus beau, plus grand, plus civilisé ... la ville muséale par excellence où [presque] chaque rue donne le vertige d'un transport historique vers des époques passées, comme autant de témoignages d'une riche épopée consistutuant un passé commun. Ah Paris ...

Et combien de fois ai-je narré le plaisir que j'éprouve à arpenter Paris soit au coeur de la nuit, soit à l'aube quand le soleil commence à lécher les façades hausmaniennes ? C'est finalement ce qui rend la pillule amère d'avoir à se lever à 6h du matin moins difficile à digérer. Aussi, hier matin, ayant récupéré mon Autolib de compétition, je me suis garé tout proche du Pont de l'Alma. Ah quel plaisir d'arpenter les rues encore clairsemées de Paris, en envisageant la Tour Eiffel à gauche, le Trocadéro en face et le Grand Palais à droite ... et ... un gars qui me pointe du doigt et me regarde en beuglant.

"Dégage !!!!"

Mécaniquement, je me retourne pour me rassurer, il doit nécessairement s'adresser à quelqu'un d'autre que moi, on ne se connait pas et je ne vois rien qui permettrait d'expliquer qu'une connexion ait pu avoir lieu à un moment quelconque.

"Putain, sale pute, dégage !!!!"

Ah non non, c'est bien à moi qu'il en veut. Il traverse le Quai d'Orsay et tandis que moi j'avance pour traverser le Pont de l'Alma, il semblerait que nous fassions route l'un vers l'autre. Sauf qu'à la lumière de l'attitude sévèrement hostile qui semble être la sienne à mon sujet, voilà qui n'est guère rassurant.

"Sale pute ... dégage chez tes cousines va ... sale pute !"

Je crois bien qu'on en est au troisième, il y a donc quelque chose qui ne procède pas du hasard. Sauf que là, il a dévié et se dirige vers moi. Que faire ? Que dire ?
Bien évidemment, personne ne bronche et tout le monde semble totalement préoccupé de prendre son bus immédiatement, comme si c'était la seule urgence qui prévale. J'ai l'habitude et j'ai cessé de croire qu'il faille espérer quoi que ce soit en pareilles circonstances.
A l'image de ce que je fais d'habitude quand cela arrive [très rarement heureusement], je ne m'arrête pas : on m'a toujours appris qu'il vaut mieux gérer en étant en mouvement plutôt que s'arrêter, on se rend plus vulnérable en étant immobile.

"Dégage, sale pute de merde. Dégage ..."

Source: Externe

Je le regarde frontalement. Ne jamais baisser les yeux devant l'hostilité. Je n'ai pas accéléré, je ne veux surtout pas lui donner la possibilité d'avoir le sentiment qu'il m'impressionne. C'est probablement un taré qui a erré toute la nuit et qui en veut à tout le monde ... euh en fait non, juste à moi. Peut-être qu'il n'aime pas les rouquins, peut-être qu'il n'aime pas ma façon d'être habillé [un costume sombre, une chemise blanche, une cravate YSL et une étolle bleue ... c'est pas franchement décoiffant], peut-être qu'il n'y a rien à comprendre ...

"Sale pute" me lance-t-il encore tandis que je le dépasse ... je ne le calcule plus, il continue de vociférer et tandis qu'il avance rue Bosquet, il ne dit plus rien. C'est clair : il en avait après moi, ça arrive même si c'est incompréhensible. En tout cas, à 07:45, ça te met en forme.
Bon ce n'est pas comme si j'avais failli me faire tuer cinq minutes après, rue de Miromesnil quand un connard en camionnette blanche a manqué de me faucher alors que je traversais sur le passage piétons, grillant magistralement le feu qui était bien rouge. Quelques centimètres me séparant de son pare-choc, j'ai trouvé que le début de la journée était un peu costaud ...

Tto, highlander mais ni sale ni pute