Les dégats des mots

En échangeant avec quelques proches ces derniers temps, j'ai exprimé une certaine lassitude, celle d'être confronté à l'inconséquence de déclarations, de proclamations ou même de sentiments qui sont rarement suivis d'effets. On peut dire des choses à la cantonade, avec une légèreté qui confine à la désinvolture ... sauf que moi, je me prends ça en pleine poire et, parce que je fais ce que je dis, je me sens un peu floué voire même j'envisage, à raison puisque c'est toujours confirmé, que l'on a joué avec moi et la confiance que j'avais donnée.

"A force de promesses non tenues, il ne faut pas s'étonner que ta parole ne vaille pas grand chose" ai-je envoyé à Zolimari récemment qui, une fois encore, expliquait sans y parvenir des renoncements et autres fuites piteuses vis à vis desquelles il trouvait une justification grotesque et finalement peu honorable. Sauf que c'est Zolimari et, hélas pour moi, je lui fais crédit de pouvoir le faire davantage que d'autres [même si le crédit n'est pas illimité comme il l'a récemment bien compris ... ma patience et mon abnégation a une limite]. Donc oui, tous les jours, je suis confronté à des mots qui sont vides de sens, qui n'ont pas la portée que l'on pourrait légitimement leur conférer pour autant que le sens qu'on leur attribue soit partagé. Zolimari est un spécialiste de la parole inconséquente destinée à assurer un gain de temps à court terme, ces paroles qui rassurent mais se révèlent être des couteaux aiguisés comme des lames de rasoir sur lesquelles mon épiderme se déchire. J'ai dit oui, pour tout y compris cela.

Oui mais voilà, d'autres s'occupent de faire exactement la même chose. On assiste à des velléités de vouloir faire de choses, de le proclamer haut et fort ["ah non mais là, j'ai compris hein ... tu vas voir, ça va changer"], et puis finalement, il ne se passe rien, rien de plus qu'avant. C'est pour cela que je prends toujours le temps d'expliquer, de circonstancier mon sentiment ... comme un dernier avertissement de ce que j'exige et réclame que les mots soient autre chose que des maux en devenir parce qu'on les prononce comme cela, avec légèreté. Libre à ceux qui s'adonnent à cet exercice égoïste et finalement périlleux pour toute relation avec moi, même mon frangin [qui n'est pas exempt de tout reproche en la matière] en subit tous les jours les conséquences. Dernièrement, c'est un de mes cousins qui devait me rappeler la semaine suivante ... il y a 4 ans qui n'a visiblement pas compris de ne pas être invité à mon mariage, comme si le lien du sang l'exonérait. Désolé ... je fais le vide au bout d'un moment. Mon oncle qui promet de faire les photos dudit mariage mais qui, jamais en face, fait en sorte de faire le tri dans mes invités et donc m'explique qu'en raison de la présence d'un gendarme ne viendra pas et me lâche donc l'un des jours les plus importants de ma vie ? Les mots prononcés avant ne valaient donc rien, toute relation avec lui non plus et c'est "irrévocable" comme il me l'a indiqué dans un message pour me faire part de sa décision n'appelant aucune discussion.

On peut trouver des circonstances à tout et tous ... je pense laisser suffisamment de temps aux uns et autres pour cela, mettre un joli mouchoir blanc sur tel ou tel renoncement quand il le faut. Oui mais voilà, le problème c'est que les gens velléitaires en profitent pour croire qu'on peut continuer indéfiniment ainsi. C'est là que je m'insurge et que je siffle la fin de la partie ... Me promettre de communiquer davantage pour ne pas le faire alors que je vois bien qu'on tweete des conneries à longueur de temps ou que je sais que des conversations particulières ont eu lieu, c'est finalement le meilleur message de ce que la promesse en question ne valait pas grand chose. Je choisis d'évoluer avec des gens dont la parole a de la consistance : je ne peux me résoudre à composer avec l'aléa de mots démonétisés, qui ne permettent d'être sûrs de rien, ce d'autant plus quand j'ai fait l'effort, sur sept pages, d'expliquer que le déficit de communication me pesait. Visiblement, cela ne servait à rien.

Les handicapés de la communication qui balancent des mots comme ça, pour faire bien ou se donner une contenance qui s'évapore aussi vite qu'ils sont persuadés d'avoir échappé à la pression les ayant fait prononcer des paroles qu'ils ne pensaient pas tant que ça [ou, pire, des paroles dont ils savent qu'ils ne donneront pas les moyens d'en assurer la substance], bah oui j'en ai marre et je n'ai pas le loisir de ne rien avoir dans ma vie pour les supporter davantage. Du coup, oui ... ça va paraître brutal mais la superficialité résultant de tout cela, je n'en veux pas/plus. Du coup, comme je l'ai écrit à l'un de mes lecteurs, je prends le large [ce qui évitera, par conséquent, de croiser des gens qui se plaisent à ne pas me dire bonjour quand je les croise ... oui oui, ça aussi, c'est très classieux], je me protège de ces déceptions inutiles et je me consacre de fait à ceux qui le méritent davantage à mes yeux, ou qui du moins partagent comme moi le souci d'une certaine consistance dans ce qu'il font, dans ce qu'ils disent, dans ce qu'ils éprouvent vraiment pour moi.

Tto, qui dit les choses et les mots ainsi utilisés ont tout leur sens