C'est en allant me coucher dans la nuit de samedi à dimanche que, débarquant dans la chambre où se trouvait djà Zolimari tout étendu [et dans le plus simple appareil ... et quel appareil !!!] que j'ai entendu une chanson que je n'avais pas entendu depuis longtemps.

Ouh la la oui, bien bien longtemps ! Mais comme certaines musiques sont fortes, le fait d'en réentendre quelques mesures suffit d'un coup à te faire voyager loin ... très loin ... très très loin de sorte que j'i eu le sentiment que tout s'était arrêté. Sortie en avril 1969, voilà un voyage de 5 minutes qui m'a rappelé bien des choses mais pas franchement ce que tu penses. Au creux de la nuit, Europe1 m'a fait m'asseoir sur le bord de mon lit et je suis resté là, quasiment immobile, hébété.

C'est l'histoire d'un jeune homme qui arrive à New York et n'arrive à trouver ni travail, ni amour, ne trouvant du réconfort qu'avec les prostituées de la Septième Avenue. Aux prises avec la solitude et la pauvreté, il raconte son désespoir à la première personne pour finir par utiliser la troisième personne du singulier, plus impersonnelle, et décrire un boxeur qui continue le combat malgré tous les coups qu'il reçoit, affirmant qu'il va abandonner mais se refusant à le faire. Métaphore ...
Si je te dis que le plus fort est le refrain qui ne comporte aucune parole mais un "lie-la-lie" envoûtant arrangé de manière incroyablement émouvante, tu auras reconnu "The boxer de Paul Simon et Arthur Garfunkel.

Comment peut-on ne pas aimer Simon & Garfunkel, et quand on s'est intéressé à l'histoire de cette chanson, ne pas y voir la partie autobiographique évidente concernant Paul Simon ? Comment faire l'impasse sur la sidérante nostalgie que l'écoute de ce morceau provoque ? Comment ai-je pu m'afranchir depuis tant d'années du souvenir de ces longues balades dans le Parc de Sceaux où j'ai déambulé pendant des heures, revenant de rencontres parfois inachevées et tout perdu que j'étais en me demandant ce qu'il allait bien falloir que je fasse de cette vie pour laquelle je semblais décidément le seul à m'inquiéter de la tournure qu'elle prenait ? Oui, "The boxer" c'est l'hymne du tunnel dans lequel je me suis souvent retrouvé à des périodes plus ou moins diverses, en proie aux doutes, aux arbitrages incertains, aux sentiments non-exprimés, aux plaisirs refusés comme pour mieux me castrer et m'interdire de vivre pleinement ce qui était évident. C'est ce "lie-la-lie" que j'ai tant entendu en repensant à cette nuit passée avec cette fille qui voulait m'utiliser pour la sortir d'une impasse encore plus oppressante que les miennes, c'est à ce garçon blond que je n'osais pas regarder tellement il me plaisait et dont je sublimais qu'il puisse m'embrasser derrière cet arbre ci ou celui-là. C'est pendant la reprise du refrain au cours des 90 dernières secondes que je me revois marcher le regard dans le vide mais au loin en me disant que vraiment on peut peut-être louper sa vie à ne jamais faire face, quelques larmes venant alors me pousser encore plus à terre. Les voix parfaitement accordées de Simon & Garfunkel m'accompagnèrent longtemps, me tenant par la main comme pour m'aider un peu à me maintenir en dehors de l'eau ... comme pour me dire qu'avoir foutu mon père dehors après qu'il eût encore fait une connerie était quelque chose qui n'était pas normal mais j'étais dans le vrai a priori bien que rongé par la culpabilité et le doute.

Et elle ... elle qui faisait semblant de ne pas comprendre pour laisser se poursuivre ce jeu de la séduction entre nous alors que moi, je basculais dans la destruction la plus évidente à mesure que cela se poursuivait. Je me suis toujours dit intérieurement qu'il n'y a pas beaucoup de hasard dans ma vie ... j'étais à quelques centaines de mètres de l'endroit où je suis venu au monde et je faisais difficilement mon chemin en foulant le sol un peu poussiéreux de ce parc où j'avais déjà fait des choses interdites mais qu'importe. J'ai toujours eu un rapport particulier avec ma propre histoire. Il faut dire qu'à ce moment là, j'étais un peu le boxeur de la chanson, je prenais tous les coups, j'étais dans le noir, écartelé entre mes désirs masculins et mes envies stériles de réconcilier les deux faces paradoxales qui cohabitaient en moi ... je voulais simplement que l'on m'aime et que l'on comprenne que j'étais déjà très cabossé par la vie alors que tout le monde semblait se satisfaire de croire à la force inaltérable que je vendais en retour comme pour me persuader que je n'avais pas fini d'encaisser et que je finirai par me relever.

Au final, tout le monde a eu raison ... je me suis relevé. Mais les "lie-la-lie" et les violons de la fin masquent mal le bruit des coups qui m'ont été infligés et tu peux tous les compter : ils ne correspondront jamais à tous ceux reçus. Samedi soir, le martèlement de ces percussions m'a fait me souvenir à quel point j'ai été pilonné à ce moment là. Oui, tout le monde avait raison, je suis peut-être plus fort que ce que je veux bien m'avouer. C'est donc d'une nostalgie très mélancolique que j'ai été pris au creux de la nuit, en regardant tout cela avec un oeil attendri comme rassuré de voir tout le chemin parcouru : avec le temps, j'ai tout assumé, je me suis réconcilié avec moi-même et quelques autres dont mon père. J'ai fait la paix avec cette vie qui s'amuse tout de même à me jouer des tours de temps en temps. 
Rien ne m'autorise à parler de choses que je ne connais pas. Mais "The boxer" m'a fait me souvenir que je suis allé très loin dans les ténèbres. C'est aussi pour cela que j'affirme pouvoir expliquer comment on en revient ...

Tto, dark