2017 - LA PREMIERE FOIS (2)

J'étais en CM1 je crois. La fête de l'école était annoncée et, comme cela arrivait parfois, un spectacle avait vocation à se dérouler avec la généreuse participation des élèves. Ah, il faut dire que les beaux jours arrivant, l'ambiance était un peu plus légère, les jeux quasiment faits pour ceux qui passeraient en classe supérieure tandis qu'un faux suspense alimentait encore les relations de certains avec l'institutrice essayant de les sauver des eaux. Ainsi donc, on allait danser sur une grande scène ...

Le choix de la musique permit d'inscrire ce qui fut ma première prestation dans l'univers pop française des années 80, celui qui bercera la suite de ma vie, qui marquera du fer rouge certaines émotions. Chanson rythmée, des choeurs qui ne le sont pas moins, y a pas à dire, c'est facile. Pour la chorégraphie, il fut fait appel à l'une de mes camarades, pas n'importe laquelle. C'est celle pour laquelle j'avais plus qu'un gros coup de coeur : elle était belle comme un jour, sa mère avait un charme incroyable et nous nous entendions bien. C'est ainsi qu'elle me prit sous son aile et essaya de rendre la souche que j'étais [et que je suis demeuré être] un peu plus fun, un peu plus vivante et surtout un peu plus en phase avec les percussions.

Dans le dispositif, elle insista pour que je fus juste derrière elle qui se trouvait tout devant comme pour donner le la à tout le monde. Nous étions une vingtaine, tout le monde était disposé en pyramide dont elle était le sommet en pointe vers le public.

Les répétitions furent chaotiques mais j'étais motivé : je ne voulais pas la décevoir. Elle faisait de la danse, moi pas du tout et déjà, j'entendais les autres railler le fait que j'étais nul mais que je bénéficiais d'une aide providentielle, celle du regard complice et bienveillant de celle dont j'étais amoureux. Le spectacle achevé, j'apprendrai que je ne la reverrai plus, les déméngaments de parents divorcés c'est destructeur.

En attendant, c'est sur les mesures d'une "Africa" que je me suis dandiné en faisant miennes les "j'ai envie de danser comme toi". Je revois encore, le jour J, mes jambes bouger avec précision en fonction des mesures, sous le soleil éclatant avec un tshirt blanc ... les presque 4 minutes que dura la chanson passèrent très vite et la pression ressentie en montant sur la scène s'évanouirent comme par magie en redescendant.

En apprenant lundi le décès de Rose Laurens, je me suis souvenu de cet épisode, je me suis remémoré le fait que cette chanson a, pour moi, une signification toute particulière. Et je me suis demandé ce qu'elle est devenue cette belle fille aujourd'hui ... je ne le sais pas et peut-être ne le saurais-je jamais. En quelque sorte, un sorcier vaudou m'a peint le visage, son gris-gris me suit au son des tambours, parfum de folie, magie de l'amour.

Tto, dancing machine