LOGO 2017

"Déjà que tu n'écris plus le dimanche ...", c'est par ces mots qu'un message direct m'a été envoyé hier, comme pour souligner que mes publications sont de plus en plus irrégulières. Difficile de le contester, pire je le revendique et me targue d'avoir gagné une certaine liberté à cet égard.

Ma relation à cet exercice est complexe, ambiguë, carthartique, jouissive, nombriliste, avilissante parfois mais indubitablement nécessaire. Lisant ce message bienveillant, je suis passé ensuite à une sextape dont je connais très bien l'un des protagonistes. Rien à voir ? Peut-être pas.

Je suis un peu fasciné par la diffusion de plus en plus massive des sextapes des uns et des autres, jadis tout cela se faisait en douce, par messagerie privée [et c'est ainsi que j'ai dans mes cartons de quoi témoigner d'une époque]. C'est d'autant plus certain que j'avais monté une série de billets avec quelques acteurs du phénomène qui avaient vocation à expliquer, au travers d'une InTtorview, le pourquoi du comment. Pour l'heure, le projet est suspendu à l'un d'eux, et son accord [étant ici précisé que je ne l'ai pas relancé non plus]. Voilà qui est donc à ranger provisoirement je l'espère sur l'étagère déjà bien remplie des projets bloguesques.

Parce que c'est bien le lien qu'il faut faire, il y a une vie ici et je ne me résigne pas à écrire mécaniquement. Sur le chemin du retour hier soir, tout submergé par la chaleur ambiante d'un printemps enfiévré subitement, je me disais qu'imperceptiblement, je suis arrivé à ce vers quoi je tendais il y a deux ans : m'affranchir de la dictature du quotidien et du statut de dernier dinosaure qui publie tous les jours encore quelque chose, pourvu qu'il y ait quelque chose. Pour certains c'était vain sinon le signe supplémentaire d'une infatuosité caractérisée, pour moi c'était un fil d'Ariane avec néanmoins l'honnêteté intellectuelle de reconnaître l'intérêt plus que fluctuant de la production en découlant. Et puis, je me souviens très bien avoir annoncé que la ligne allait évoluer, que j'allais être plus authentique.

La plume est un masque et j'en abuse depuis douze ans, en choisissant de me déchaîner outrageusement parfois ou de taire des choses qui pourraient faire le sel de notre relation à distance, plus ou moins incarnée. Pour autant, j'ai eu envie de me détacher des rubriques plaquées avec régularité et susceptibles d'assurer de bonnes audiences puisqu'on créé ainsi des habitudes et c'est ce qui fonctionne le mieux. Sauf que les audiences, ça m'en touche une sans faire bouger l'autre.

Petit à petit, en rognant le principe de la quotidienneté, en déconstruisant la grille que j'avais fixée, en mettant encore moins de filtres que d'habitude, un virage a été pris au point que Matoo m'adressa un petit mot il y a quelques mois, m'expliquant que mon écriture était plus dure, moins enrobée. Cela avait probablement à voir avec une humeur des plus exécrables, une pression dont j'ai cessé d'avoir envie de me lamenter ou que sais-je encore. Mais oui, comme j'ai passé l'envie d'être un serial fucker et m'adonner à faire des sextapes ici et là, l'envie du masque de ma plume s'est estompée.

En marchant, j'en suis venu à me demander si c'était vraiment une question d'envie ou de besoin. Parce qu'en fait, des envies de te raconter tels ou tels trucs, j'en ai. Des projets, j'en fais ... [la preuve, il y en a toujours autant qui sont abandonnés] ... Le moteur à envies ne s'est pas grippé. La question, c'est finalement de savoir si j'en ai besoin, si j'ai besoin de tordre encore davantage mes journées [comme celle d'hier] pour produire, éjaculer un billet dont l'intérêt serait discutable sans que le plaisir ne soit associé à une telle production. Elle est là la vraie question.

En lisant le message de ce lecteur fidèle hier soir, je me suis arrêté subitement dans la rue, j'ai regardé autour de moi et je me suis dit "Mais finalement, ça ne m'a pas manqué de n'avoir pas écrit aujourd'hui". Certes, si j'en avais eu le temps, j'aurais bien trouvé un truc à raconter. Mais je n'ai pas eu le besoin de dégager trois minutes par ci et douze minutes par là pour pondre une vingtaine de lignes. J'avais quelqu'un à visiter à l'hôpital, beaucoup de travail, un truc à organiser et des gens à qui je devais répondre. Continuant ma marche, j'ai fait le parallèle avec cette sextape : oui, avant, j'aurais peut-être fait pareil si j'avais encore été dans le délire de coucher avec tout le monde comme ce fut le cas un moment, je me serais amusé à mettre en valeur mes performances ... sauf que j'ai rencontré l'homme de ma vie et je me suis marié avec. Nous sommes convenus que tel ne pouvait être notre mode de fonctionnement. Pour mes écrits, c'est finalement pareil : j'ai évolué. Je tiens à conserver le lien ici installé mais pas pareil. En gros, je suis le même mais en différent et c'est tant mieux sinon je raconterais finalement toujours la même chose, au point de me singer et donc de te fatiguer autant que moi je me fatiguerais.

Le dimanche est la démonstration par l'exemple de cet état d'esprit : dédié à une page plus personnelle de mon histoire, je n'ai plus envie de raconter quoi que ce soit. J'ai fait le tour de mes "premières fois", même si je te concède qu'il doit bien en exister encore une cinquantaine à raconter et probablement des plus excitantes. Oui mais non, l'envie a cessé et le dimanche reste depuis mon retour de vacances invariablement consacré à autre chose, donc à une page blanche.

Cependant, parler de moi n'a pas fini de me plaire !

Tto, qui s'excuse de l'alternativité mais qui t'avait prévenu