J'ai 2 amours

Difficile de m'en cacher : je guette cette mini-série depuis des lustres, depuis qu'Arte avait annoncé la commande et qu'on avait eu connaissance du casting. En réalité, c'est au cours d'une seule et même soirée [ce soir] que la chaîne délivrera les trois épisodes de "J'ai 2 amours", série française par excellence sur les vicissitudes d'un quadragénaire écartelé par ses désirs qui sèment le désordre dans sa vie. Toute ressemblance avec ma vie est évidemment fortuite mais putain, ça fait bizarre quand même !

Médecin urgentiste à Strasbourg, Hector, 40 ans, est amoureux de Jérémie depuis cinq ans. Résolus à fonder une famille, les deux hommes projettent d’avoir un bébé avec leur amie Anna, homosexuelle en proie à un pressant désir d’enfant, qui s’est installée chez eux après une rupture douloureuse. Mais alors qu’ils viennent d’entamer un protocole d’insémination artificielle en Belgique, Hector recroise à l’hôpital son premier amour, Louise, qui s’est entaillé la cuisse. Vingt ans après leur séparation, ils retombent dans les bras l’un de l’autre. Aussi épris de la jeune femme que de son compagnon, Hector est incapable de faire un choix et s’engage dans une double relation à haut risque … Non non, cela ne me dit RIEN DU TOUT !!!

Tu peux déjà voir la série depuis mi-mars sur la plateforme vidéo d'Arte, en avant-première étant précisé que l'ensemble sera en ligne jusqu'au 20 avril 2018.
Et c'est vrai que cela a de quoi t'intéresser, quelle que soit ta vie, que tu sois homo, hétéro, bisexuel ou même asexuel. Homosexualité, bisexualité, multiparentalité … telles sont donc les thématiques explorées en seulement 3 fois 52 minutes. C'est peu, trop peu même, assurément indigent au regard du programme de choix que l'on nous met sur la table ! Résolument moderne dans sa mise en scène et sans que l'on tombe dans les écueils traditionnels du genre, en contemplant la mélancolie inévitable du personnage qui errera les yeux rouges sur les trottoirs d'une rue du Vème arrondissement de Paris, la bande son est colonisée par Yelle qui joue un rôle, et le flux des textos échangés par les personnages. C'est presque pop comme Clara Sheller avait su le faire au début, et l'humour n'est jamais loin pour balayer les chemins de l’amour au pluriel, de la famille et de la parentalité avec l'inexpuniable crise de la quarantaine. Feydau pourrait revendiquer quelque chose et on pourrait craindre de basculer dans la caricature, mais il faut bien avouer que la distribution joue les garde-fous, Camille Chamoux tirant à elle les respirations comiques nécessaires à certaines impasses. 

C'est en écrivant ces lignes et en me projetant dans mon histoire personnelle que je me rends compte que je n'ai finalement pas beaucoup parlé de cette période de ma vie. Qu'importe, ce n'est pas le sujet ici et le premier épisode que j'ai déjà vu [pour pouvoir t'en parler] m'a donné envie de regarder l'ensemble, même si je te concéderai que cela met un peu de temps à démarrer [à l'inverse de Clara Sheller]. C'est vrai ça, la bisexualité comme la parentalité contrariée, j'ai souvent éludé le sujet alors que j'assume tout et que je ne serais pas celui qui t'écrit aujourd'hui si je n'avait pas vécu une belle histoire de onze années avec une femme. Le triangle amoureux homo/hétéro est définitivement quelque chose qui devrait être davantage exploité scénaristiquement parlant tant ceux, dont je suis, savent qu'il est propice à explorer dans contrées incroyables desquelles on revient en se connaissant finalement d'une façon à nulle autre pareille. Moi j'avais 30 ans, François Vincentelli en a 40 ...

Si tu n'as rien à faire ce soir ou si trois heures ne t'effraient pas, fonce. "J'ai 2 amours" est un peu autre chose qu'une mini-série. Moi, j'y vois le fait qu'on ne mesure pas à quel point ce genre de tourments [parfois résumés par les gays comme de l'indécision, et les hétéros comme de l'aveuglement] est terrible. Seuls ceux qui y sont passés [pas seulement la bisexualité, la bisexualité, le triangle amoureux et la prentalité en question] savent ...

Tto, qui est très troublé de voir presque sa vie sur l'écran