9embre

C'est à l'haure où le paysage se pare d'une couleur ambre et où les signes nombreux attestent d'une prochaine mise en sommeil que mes craintes se réveillent. Comme un traumatisé qui passe et repasse devant l'nedroit qu'il l'a fait souffrir jadis, la plaie se rouvre avec une constance et une obstination qui me désempare surtout que j'ai vraiment l'impression de créer vraiment ce que je crains.

Oh oui, novembre, je te déteste. Tu n'as, à mon sens, rien pour toi.
Si étymologiquement tu t'appelles ainsi non pas parce que tu es neuf mais plutôt parce que tu correspondais au neuvième mois de l'année romaine, tu charries avec toi les odeurs rances et tenaces de ce que je passe l'année à enfouir bien profondément et chaque coup de rein en la matière me fait croire que cette fois cela ne remontera pas, naïvement.

Ce n'est pas que je voudrais que je dansasse tel Fred HASTAIRE ... euh non, Fred Astaire ... sur les tables d'une vie endiablée, je voudrais simplement que tu ne ramènes pas avec toi ces inquiétudes qui me rongent quand je perçois le faisceau d'indices hélas concordants d'un éloignement de Zolimari, que je ne regarde plus avec pétrification quelques signes pointer le bout de leur nez crochu de diablotins ou que tu me donnes envie d'apprécier cette période où les couleurs sont flamboyantes alors que moi, à l'intérieur, je suis comme une chambre magmatique qui atteint son seuil de tolérance maximum avant une éruption qui pourrait bien être dévastatrice.

J'aimerais, avec mon javelot, être cet HASTAIRE dextère et musclé qui arrête net ce mouvement lourd et sourd qui mange lentement mais inexorablement les foyers de vie qui m'éntouraient jusqu'à présent. Pour filer la métaphore initiée plus haut, j'aimerais pouvoir stopper la progression de cette coulée de lave qui feint d'être éteinte et qui pourtant progresse et brûle aveuglément tout sur son passage ... il parait que le terrain n'en sera que plus fertile ensuite. En attendant, plus rien ne tient debout.

Novembre, ce n'est pas que je ne t'aime pas pour la fête des morts ou je ne sais quelle autre commémoration funeste à laquelle tu obliges périodiquement. Je te déteste et ce n'est pas exagéré que je considère invariablement depuis des années [particulièrement depuis 2008] que tu es le pire mois de l'année. Novembre comme 9, pour sûr, tes qualités numérologiques me font tous les ans redouter le pire : si tu es symbole d’idéal, de savoir, de spirituel, et d’altruisme, tu es aussi celui du repli, du manque de sociabilité, de la timidité, de l'austérité et l'exacerbation de la sensibilité. Je ne vois en toi que le côté obscur des journées plus courtes, du temps pluvieux, de la fatigue généralisée et du froid qui s'empare de tout comme la fumée se propage dans une pièce hermétiquement fermée.

Hier matin, avec tout ce qui se bousculait dans ma tête, je me suis effrayé à constater que l'affreuse farandole avait repris, que je revenais fouler ces chemins difficiles où la confiance s'effrite comme les feuilles d'un arbre qui tombent inéluctablement en poussière. J'ai dit des choses maladroites mais qui traduisaient une angoisse impossible à dissimuler de voir ressurgir de vieux démons avec leurs queues tendues et leurs couilles bien pleines. Je suis pleinement conscient d'une chose : il y a des combats que je mènerai toute ma vie durant, sans que la moindre vigilance minorée ne soit permise. C'est épuisant, c'est éreintant, c'est presque décourageant mais en 2008, j'ai eu trop mal pour la plaie ne suinte pas encore, hélas.
Zolimari m'a expliqué que les problèmes se résolvent selon la façon dont on les envisage, comme s'il fallait bien prendre les choses avec un angle favorable pour que les sujets s'effacent. C'est à mon sens une allégorie de l'autruche qui confine quasiment à l'auto-hypnose. J'ai trop les pieds sur terre pour procéder ainsi et je ne parviens pas à me persuader que novembre est un mois agréable parce qu'esthétique et paradoxalement chaleureux. Non ... novembre m'a trop trahi, novembre me l'a enfoncée bien trop profondément alors que je ne le voulais pas, novembre n'a eu aucune mansuétude ni même le moindre égard pour le garçon laminé et échoué que j'ai pu être par le passé. Novembre est donc une bataille et j'espère pouvoir en sortir debout et surtout pas trop abîmé.

J'ai demandé à Zolimari de m'aider à traverser cette tempête annuelle, sans minorer l'enjeu que cela représente pour moi, ... aussi pour nous. J'espère [et je crois en être persuadé] qu'il l'a compris.

Tto, qui se passerait bien de ces trente jours là

2017 - LOGO MOT DU PREMIER

HASTAIRE : subantif masculin
Dans l'Antiquité,  soldat romain qui portait un javelot.