Ah que je n'aime pas ça ... quand il s'agit de me rendre compte trop tard d'un truc vachement bien, ça m'énerve ! Allez hop, en route vers les chemins égarés.

Ah mais je le vois ton oeil dubitatif ... encore un truc de cul où on va nous raconter une histoire poussive de baise entre mecs derrière des dunes ou à l'intérieur de forêts, comme dans "L'inconnu du lac" ! Et bien oui mais non pas du tout. Le propos n'est pas de savoir si les labyrinthes que constituent certains endroits dédiés à la consommation de corps entre garçons [que ce soient des backrooms, des sex-clubs ou des aires naturelles permettant cela] sont des lupanars où le stupre et la lubricité suintent tellement que ça colle aux pieds. Non, le projet d'Amélie Landry auquel je fais référence a consisté à s'interroger sur le fonctionnement des lieux où les hommes se draguent, où ils laissent libre cours à certains ébats avec une discrétion et une pudeur qui pourrait surprendre ceux qui fantasment.

Bruno

Et c'est l'article de Rue89 qui en dit plus long sur la chose
Cette nature dédiée qui donne "accès à quelque chose de sauvage, d'animal" mérite tout l'intérêt que la photographe lui a porté au cours de son voyage exploratoire vers ces endroits, ces gens qui les peuplent et les pratiques en vigueur. Parce qu'en fait et comme cela se pratique par ailleurs pour d'autres activités aux codes auxquels il n'est pas convenu de déroger, il y a des règles et c'est précisément cela qui est intéressant et la singularité en découlant est fascinante de mon point de vue. C'est pour ça que je ne décolère pas d'avoir loupé l'appel à projet pour m'associer un peu plus.

Oui, "fascinant" ... c'est le terme parce que loin d'un intérêt voyeuriste, j'y vois aussi la façon de vivre des pulsions, des envies et que tout cela soit construit à l'image d'une société aux rites spéciaux. C'est ça que je trouve génial dans ce genre de choses : que des mecs aillent s'envoyer en l'air n'a finalement pas beaucoup d'intérêt mais l'article explique assez bien comment on touche du doigt là une micro société fugace qui ne tient que le temps nécessaire à ce que les pulsions soient assouvies. Ca, c'est proprement fabuleux. Les cadres supérieurs qui viennent se faire sucer dans des sous-bois comme les SDF qui viennent tromper l'âpreté de leur existence pendant un instant ... je trouve cela vraiment saisissant. Toutes les cartes sont rebattues et cette merveilleuse alchimie qui permet aux uns et aux autres de concilier leurs envies se fait avec une spontanéité touchante, sans qu'un enjeu financier ne vienne rendre les choses sordides. Je n'idéalise pas, qu'on ne s'y trompe pas. Ce qui me fascine c'est vraiment ce qui est dit à un moment : "On est dans des lieux où l'on accède directement aux organes génitaux les uns et des autres sans se dire bonjour, et au contraire dire bonjour peut même faire fuir une personne". Le sexe à l'état pur, pour ce qu'il est sans autre artifice.

Les Chemins égarés

Fascinant est également ce constat : "Ce sont des lieux peu aménagés, à l'écart. Quand on s'écarte des villes, on remarque qu'ils se trouvent souvent sur des lieux qui ont fait l’objet d’une protection environnementale dans les années 1980-1990. La nature y a repris une partie de ses droits. La coïncidence entre la présence des dragueurs et des espèces à protéger dans les lieux périurbains ou ruraux est époustouflante : ce sont des lieux-refuge, pour certaines espèces animales ainsi que pour des usagers qui ont besoin du secret et de protection." Alors ça, ça me balaye.

Ajoute à cela le brassage qui veut que l'on croise des hétéros qui refusent d'avouer leur homosexualité puisqu'ils ne recherchent pas un homme mais simplement du sexe prodigué par un homme qui a le même but, des homos exhibitionnistes ou que sais-je encore ... oui, voilà bien un sujet digne d'intérêt qui a titillé ma curiosité et m'a décidé à acheter le livre qui est le résultat de ce travail

J'aime les choses simples et ces endroits le sont finalement, à la lumière de ma misérable expérience en la matière qui ne saurait me permettre de tirer à moi seul toutes les conclusions rapportées ci-dessus. J'aime la simplicité avec laquelle les corps sont utilisés au service du plaisir, sans distraction ni stratagème superfétatoire. C'est exactement ce qui était mis en scène dans "L'inconnu du lac", là où certains n'ont vu qu'un mauvais porno au mieux ou un truc décevant comme s'il s'était agi de montrer autre chose. Au moins, ce genre de choses changent des applications de rencontres dont l'effet dévastateur mérite largement d'être pointé du doigt comme le fait l'article trouvé hier, au sujet duquel je me félicitais n'avoir pas la fâcheuse nécessité de les utiliser.

Tto, immanquablement intéressé