Première partie de l'entretien, ici

InTtorview 2017

Puisque tu écris pour parler de ta vie, parlons-en de la vie de Tto ...
En fait non, je ne parle pas de ma vie. C'est toujours la méprise initiale ... UNE VIE DE TTO n'est pas LA VIE DE TTO. C'est exactement ce que j'expliquais : je suis multiple et je fais le choix de ne pas tout exposer, à commencer par mon visage. Ma vie est probablement très riche mais je n'ai pas fait l'effort d'accepter de livrer ici mon journal intime qui reprendrait alors l'exhaustivité de ce que j'accepterais d'y consigner. C'est un angle de ma vie dont il est question ici même, et cet angle évolue en fonction du prisme que j'accepte de déplacer.

Ok, mais peut-on parler de ta vie alors dans cet entretien ?
Rien n'interdit de poser des questions, rien ne m'oblige non plus à y répondre avec la précision attendue.

Comment vas-tu ?
J'ai 42 ans, je suis un garçon en pas trop mauvaise santé même si des trucs ne vont pas. J'ai un mal de dos dont je pense on méconnait la douleur, mais comme je ne me plains pas c'est comme ça. Je dors mal. Je vis avec un homme qui n'est pas au mieux et qui me bouscule parfois un peu trop même si je reconnais que l'une de ses qualités est de savoir ne pas me laisser dérouler mon petit cinéma ...

C'est à dire ?
Bah c'est facile : je prends énormément de place. Alors que je suis d'une timidité avérée, je surjoue toujours l'extraverti pour mieux dissiper le regard. C'est une vielle technique qui me permet de percer très rapidement. Je suis un vrai manipulateur et qui, circonstance aggravante, au delà d'en être conscient, sait parfaitement comment faire et est doué pour faire parler les autres et convaincre. En d'autres termes, c'est assez redoutable. Donc oui, il faut quelqu'un pour challenger tout ça sinon, si on me laisse la place, c'est l'autoroute pour moi et je m'ennuie à terme puisque tout est trop facile. Le seul avantage à cela, c'est que je suis un garçon fidèle et gentil, faute de quoi ce serait l'horreur.

Tu parles souvent de ton âge ... c'est devenu un problème ? Avant, tu clamais que tu t'en foutais ...
C'est surtout une réalité chéri ! Avant, mon corps était mon copain donc c'était facile de dire que je m'en foutais. Je suis comme tout le monde, j'ai passé un cap et mon corps me rappelle que je n'ai plus vingt ans. A moi d'accepter les limites physiques, à moi de composer avec le fait que je récupère moins bien, à moi d'apprendre à regarder dans le miroir quand je m'écroule ou que je n'arrive plus à faire face. Donc non, l'âge en lui-même ne me pose pas de problème : je n'ai pas l'immaturité de m'obséder au sujet de la péremption sociale que le nombre de printemps qui est le mien devrait impliquer. J'ai la chance de faire plus jeune que mon âge, mais au fond des choses moi je vis une réalité. Je ne suis pas encore au stade de me dire que le décompte qui me rapproche de la fin a démarré ... enfin je veux dire, je sais bien qu'il a démarré mais je n'entends pas encore son "tic tac".

Tu aimes toujours plaire autant ?
Oui, je pense mais mon carburant n'est plus de plaire à tout le monde comme cela a pu l'être à un moment. Rencontrer Zolimari et parvenir à construire quelque chose avec lui alors qu'il m'a tant découragé, ça rend plus serein à cet égard. J'ai besoin de lui plaire, j'ai besoin de continuer à entendre la petite musique qui existe entre lui et moi depuis le premier soir, j'ai besoin de savoir qu'il me désire et moi de me dire que j'ai envie de lui. Mais au delà de lui, j'aime plaire dans le sens où j'aime que l'on m'apprécie quand j'apprécie. Ceux qui m'ont déçu ou qui m'ont fait du mal ne sont plus au programme.

Tous ? Il n'y a pas de pardon possible ?
C'est le système du purgatoire. Il faut savoir racheter sa peine. C'est très présomptueux que de dire cela mais c'est ainsi : les noms, on les connaît. Y a-t-il eu le moindre geste d'appaisement, la moindre tentative d'explication ou d'excuses ? Même pas ... Je suis un garçon gentil mais je ne suis pas idiot. Oui, je me suis trompé sur des gens. Oui, j'ai été trahi. J'ai peut-être aussi sur-interprété mais là, je m'en fous : quand on m'aime, on m'aime complètement et moi j'accepte tous les défauts de gens jusqu'à une limite et je préviens toujours du fait que la limite se rapproche. Il se trouve qu'il y en a toujours qui croient qu'ils bénéficient d'un statut particulier, que la règle rappelée ne s'applique pas à eux. Pas de chance, c'est cet orgueil qui fait que je tranche de façon impitoyable même si cela me fait du mal. Avec le temps, le pardon est de plus en plus impossible et je préfère cela que de m'encombrer de personnes qui n'ont pas compris qu'avec moi, l'équilibre prime. On peut tout me dire, je peux tout entendre, pour autant qu'il y ait un équilibre.

Tout te dire ?
Oui. Après, je réponds ... tu vois, quand ce crétin lyonnais a cru nécessaire de m'expliquer que Zolimari était un con et que je méritais mieux parce qu'il était immature, j'ai répondu et expliqué qu'il était mal placé pour proférer ce genre de réquisitoires. Il recommence et je m'aperçois qu'il me prend pour un con voire même qu'il raconte des conneries dans mon dos et prend l'un de mes amis pour un con uniquement pour coucher avec lui et semer la zizanie ? Bah voilà, ce gars, je l'efface et je confirmerai à tout le monde qu'il n'est pas le grand coeur qu'il dit être, qu'il est malsain et qu'il est de ces gens qui sont toujours source de problèmes.

Est-ce qu'on peut te dire que tu te berces d'illusions en pensant qu'il y a des gens que tu apprécies qui t'aiment ?
Non seulement on peut me le dire mais on doit me le dire. Rien n'interdit d'en discuter. Je ne suis pas bête : je sais bien qu'il y a des gens qui tournent autour de moi par intérêt ou pour ce que je représente voire ce que je peux leur apporter sans qu'il soit question de renvoyer l'ascenseur. Sans être paranoïaque ni ultra méfiant, je n'ignore pas tout cela. Pourtant, j'ai la faiblesse de croire que je ne me trompe pas sur les gens, sauf ceux à qui j'avais cru et qui m'ont déçu et cela arrive. Donc oui, je me fie à mon instinct. Dans cette mesure, je doute qu'on puisse dire que je me berce d'illusions. Et quand bien même, tant pis : quand je donne mon amitié, c'est complètement. Celles et ceux qui parviennent à ce palier savent bien qu'ils peuvent m'appeler à tout moment. Ceux qui veulent y parvenir et que je vois faire des choses que je n'aime pas doivent se dire qu'ils n'y parviendront jamais.

Et tu leur dis à ces gens là ou tu fais semblant ?
Généralement, quand on m'approche et qu'on commence à discuter avec moi, j'agis de telle façon qu'il est clair que j'en sais davantage sur les intentions finales qu'on ne l'imagine. Regarde : combien de mecs essayent de faire copain copain avec moi, me parlent un soir comme ça et m'envoient des messages dans tous les sens en feignant de jouer au plus malin avec moi, en ne me disant pas directement les choses ? Rien que depuis le début de l'année, j'en compte déjà 4. Le seul truc, finalement, c'est d'entrer dans un jeu qui ne m'intéresse pas : faut s'envoyer des photos de bites, faire comme ci et comme ça et bla bla bla. Je préfère mille fois quelqu'un qui me dit clairement les choses, qui assume et auquel je réponds avec la même franchise. Ceux qui se dissimulent, je me dissimule. On peut me dire qu'en fait ils sont super gentils, qu'il ne fallait pas penser ça ou que sais-je encore, je constate juste qu'au bout d'un moment il y a des gens qui décident de ne plus me parler donc plus besoin de faire semblant et quel intérêt d'aller leur dire ? En revanche, j'ai un défaut : je n'oublie pas ...

A ton boulot, on dirait que c'est plus compliqué qu'avant. Je me trompe ?
Je ne sais pas trop si c'est plus qu'avant. Le fait est que oui, c'est très compliqué. Le boulot en tant que tel est dur mais je suis payé pour cela. En revanche, l'atmosphère de travail est un facteur supplémentaire éprouvant. Disons les choses clairement : je bosse avec des femmes, ce qui implique certains modes de fonctionnement particuliers auxquels il m'est difficile de souscrire. De plus, ma hiérarchie directe est une femme qui s'est mis dans la tête qu'elle me ferait plier comme elle a fait plier ses enfants. J'ai donc droit à toute la palette du chantage affectif, de la bipolarité et de la sévérité qu'on peut trouver en la matière. J'arrive même à un point où cela va devenir physique entre elle et moi, de sorte que la seule solution qui vaille soit que je m'en aille. Tout est fait dans mon dos et je commence à voir revenir les spectres de la déconstruction professionnelle dont la Compagnie chérie est si friande pour mâter les esprits rebelles dont je suis. Je suis donc en opposition depuis deux ans, ça monte de plus en plus et comme je suis un véritable combattant, il est possible que cela fasse des étincelles d'autant qu'elle me donne régulièrement des munitions. Contrairement à ce que l'on pense, je n'aime pas ce genre de climat et je sais ne pouvoir m'y épanouir durablement. On est dans une forme de harcèlement très insidieux et totalement pervers, basé sur une jalousie évidente à mon égard.

Heureusement que tu as ton couple alors ...
Oui, heureusement même si rien n'est évident. La vie à deux, c'est une guerre de conciliation quotidienne. Quand tu as compris cela, tout va déjà mieux.

Ça veut dire que c'est la guerre aussi là dessus ?
Ça arrive oui, et plus souvent qu'on ne l'imagine. Contrairement à ce que l'on pense ou ce que l'on peut dire, Zolimari et moi ne sommes pas le couple Disney guimauve. On a traversé des crises, on a vécu des moments d'une exaltation incroyable, comme tout le monde. On a un atout formidable : on s'aime. Je sais bien que cela ne suffit pas mais c'est la condition sine qua non. Donc comme on s'aime et qu'on a toujours envie de vivre l'un avec l'autre, on parvient toujours à raccommoder ce qui doit l'être. Mais deux caractères très forts, ça fait aussi des étincelles. Mais en conclure que c'est la guerre non ... Le mariage nous a mis à l'épreuve et ceux qui n'y sont pas passés ne peuvent savoir ce que c'est. Pourtant et au delà des mots et des maux, lui et moi c'est une évidence.

Pourquoi tout ce que tu dis là, aujourd'hui, ne se retrouve pas dans ce que tu écris tous les jours ? C'est peut-être ça qu'il faudrait faire passer plutôt que de vouloir apparaître comme un Superman au sang et au coeur froid ...
Je trouve injuste de me résumer à un Superman au coeur de glace. Qu'on me fasse ce reproche avant, je l'admets. Mais depuis 2009, c'est impossible où alors c'est ne pas vouloir voir ce qui est clairement exprimé. Qu'on me trouve insupportable de prétention, à baffer à cause de tout un tas de choses, exaspérant de suffisance ou que sais-je encore, je ne peux en vouloir à certains de s'arrêter à l'image pré-machée que leur sert sans avoir le courage d'aller voir un peu plus loin. Il n'est de pire sourd que celui qui ne veut entendre. Le seul truc qu'on peut me reprocher, c'est la distance. J'accepte qu'on me dise que je mets trop de distance en tout et particulièrement avec celles et ceux qui voudraient qu'il y en ait moins. C'est d'ailleurs pour cela qu'on me dit souvent que je devrais en dire davantage, parler plus clairement de ma vie. Sauf que non, je n'en ai pas envie non pas pour garder des petits secrets mais parce que j'ai besoin de sas de décompression, j'ai besoin de zones de confinement. Je n'ai pas vocation à parler de tout, ni à raconter la vie de mon frigo ou de mon lit par le menu. Je ne donne que ce que je veux bien livrer, ce d'autant plus que je ne suis pas seul. Cela m'oblige.

To be continued