InTtorview 2017

Bonjour Tto ... nous voilà au terme de la saison XII que tu as commencé le 12 septembre 2012 en expliquant que tu voulais qu'elle corresponde à "Une année plus personnelle, une année plus surprenante, une année plus pleine de sens, une année plus qualitative [même si la quantité quotidienne demeure], une année plus romancée aussi, une année plus curieuse et probablement une année plus intime." Au bout du compte et avant de commencer vraiment cet entretien, est-ce qu'on y est ?
Pour personnelle qu'elle puisse être, elle l'a été. Surprenante, probablement pas assez à mon goût. Pleine de sens, j'ai essayé avec un effort marqué sur le qualitatif et les audiences s'en ressentent. Plus intime, oui pour peu qu'on fasse l'effort de décrypter le second niveau de lecture que je mets dans tout ce que j'écris, même les billets les plus insipides racontent quelque chose.

Je te propose donc de découper cet entretien en trois parties : on parlera d'abord du bilan de cette année, puis de ta vie aujourd'hui et enfin on dressera les perspectives à venir. Commençons donc par le bilan : il est comment ce bilan ?
Il y a toujours deux façons de voir les choses : on peut se réjouir que je sois parvenu à finaliser cette douzième saison, on peut aussi s'affliger que j'en ai fait ce que j'en ai fait.

Tu as loupé tant de choses que cela ?
A mon sens et au regard de ce que j'avais prévu oui. J'avais posé les bases de plein de choses au regard d'une année que je savais dense, incroyablement. Par exemple, j'avais envie de diversifier un peu en faisant des interviews de Virginie Martin [politologue] par exemple, d'ouvrir sur d'autres champs avec Xavier Mauduit [historien], j'avais même préparé une lettre pour l'ancien Président de la République. Je voulais brasser davantage d'opinion, me confronter à de nombreux profils, aérer un peu et je me rends compte que j'ai échoué là dessus. Après, oui ... il y a eu des choses intéressantes, des billets que je qualifie volontiers de jubilatoires mais le virage que je voulais imprimer en changeant quelques marqueurs n'a pas été pris. Peut-être aussi qu'on ne vient pas me voir pour cela mais ça, ce n'est finalement pas une bonne façon de poser le problème : j'écris d'abord pour moi.

Et pour être un peu reconnu, non ?
Oui évidemment ... c'est toute l'ambiguité de l'exercice. Je refuse d'être une pute-à-clics et pourtant j'adore quand on m'explique qu'on me lit. C'est d'ailleurs singulier de se dire qu'avec le temps, je corrige les erreurs du passé mais je ressens pas le souffle nouveau qui devrait en résulter, comme si j'étais condamné à devoir rester là où je suis. Les audiences en sont finalement la traduction : elles se tassent parce que la ligne du pédéblogueur initial qui faisait des billets aguicheurs est aujourd'hui brouillée. Je ne suis pas un pédéblogueur, je ne suis pas que ça. Je ne suis pas seulement l'étiquette que chacun aime me mettre, et pour certains bien profondément. Je ne suis pas que le grand frère, je ne suis pas qu'un militant des causes que je défends à ma façon, je ne suis pas qu'un amortisseur des hystéries auxquelles je fais face. Je suis bien plus complexe que cela ...

La saison XII comme les autres ne parvient pas à en rendre compte, tu penses ?
Franchement, la saison XII a eu un intérêt : elle a donné l'occasion de suivre le feuilleton de la préparation de mon mariage et cette série était très agréable à faire, elle fut même un pic d'audience ce qui veut dire que le ton et l'angle étaient les bons. Pour le reste, je pense que la meilleure saison a été la saison 5 : c'est celle qui a exprimé le maximum de choses mais j'étais tellement par terre que c'était facile. Pourtant, ce n'est pas celle qui a le mieux fonctionné, la saison 10 ayant été la meilleure à ce niveau. J'avais alors atteint un degré d'efficience jamais atteint : tout était coordonné, les concours fonctionnaient, pas de problème d'inspiration, beaucoup d'interactions.

C'est peut-être que tu es passé de mode ou que le média l'est ?
Je pense qu'il y a de cela. J'ai 42 ans, je suis attaché à livrer mon quotidien qui ne fait plus rêver autant. J'ai tellement découragé ceux qui pensaient pouvoir coucher avec moi parce qu'ils pensaient que j'écrivais pour ça que ça doit jouer au final. Tous ceux qui écrivaient n'écrivent plus. Aujourd'hui, on tweete, on clashe, on like mais franchement, je suis l'un des derniers producteurs réguliers de contenus. Et pire aujourd'hui, je suis marié et je revendique d'être fidèle ! C'est absolument l'antithèse de ce qu'il faut faire ...

T'es pas pute-à-clics quoi  !
Mais avant, je ne l'étais pas non plus. C'est juste qu'il y avait une part de mystère, une volonté de titiller l'imaginaire. Et puis bon, être hors système et me constagner régulièrement sur des questions identitaires si propres à une communauté qui définit des principes auxquels je ne souscris pas me batardise à fond. Mais ça, je m'en fous, c'est juste que ça explique un positionnement qui n'est pas lisible aisément et qui donc a un impact sur les saisons d'UNE VIE DE TTO. Du coup, ça rejaillit aussi sur le goût que j'ai à les construire.

Du coup ... tu vas réussir à tenir jusqu'à la date que tu t'étais fixé pour arrêter ?
Tu sais, UNE VIE DE TTO devait s'arrêter le 3 juin dernier. J'avais décidé depuis 2012, depuis que j'avais demandé à Zolimari de m'épouser, que ce jour là serait l'épilogue. Le billet final est écrit depuis longtemps et pourtant, j'ai continué.

Pourquoi ?
Je pense qu'on n'imagine pas à quel point j'ai besoin de ce rendez-vous matinal qui consiste à coucher des mots les uns à la suite des autres. Oui, c'est du travail et oui je n'ai pas le temps. Peut-être que je m'en lasse mais pas tant que cela. Le 3 juin, je n'ai pas arrêté parce que je ne voulais pas donner à mon mariage la signification de la bascule que certains donnent à cet événement. Oui, ça change tout mais au final, c'est la même vie mais en pas pareil. Cela dit, je maintiens que j'aurais adoré conclure ce jour là parce qu'en terme d'épilogue, c'est exactement ce qui me ressemble le plus, c'est grandiloquent. J'ai continué parce que je crois que j'ai beaucoup de choses à exprimer. "Les contraires s'attirent" est une série commencée il y a bientôt deux ans et qui est déclinable encore sur de nombreux thèmes. Bah voilà, être marié c'est aussi ouvrir sur un autre quotidien et j'ai la faiblesse de croire que mon couple est remarquable à ce niveau là. C'est juste que ce n'est plus à proprement parler ma vie mais notre vie. Ça explique pourquoi j'avais songé qu'il était opportun d'en terminer d'UNE VIE DE TTO.

Et donc, pourquoi continuer si tu dis tout ça ?
J'ai fait l'expérience d'arrêter l'année dernière pendant cinq semaines. Oui, on m'a demandé de revenir et ça m'a fait plaisir. Mais c'est aussi et surtout parce que cette tribune m'est nécessaire, cette activité qui parfois me cause des tourments et occasionne des soucis, j'en ai un cruel besoin parce que c'est un échappatoire, c'est ma bulle d'air ... On en parlera plus tard dans l'équilibre de ma vie mais j'ai besoin d'écrire le roman autobiographique de ma vie et de mon époque. Le sous-titre d'UNE VIE DE TTO n'est pas anodin : ce sont des chroniques nombrilistes et facétieuses.

Le bilan est tout de même moins noir que tu le dis donc ...
La saison XII n'est pas à la hauteur des espoirs que j'avais mis en elle. Le tout est à présent d'en tirer les leçons. J'ai beaucoup dédramatisé en cette fin de saison le fait de ne plus avoir la force d'écrire quotidiennement.

C'était un problème ?
Oui, c'était la ligne : écrire tous les jours. Sauf que j'ai toujours évité de faire du remplissage et à un moment cette saison, j'ai fait du remplissage. Ça a été curatif : je me suis dit qu'il vallait mieux ne rien écrire que de faire ça. Du coup, j'ai suspendu les :CU/LT/ et autres billets que j'avais commencés. De toute façon, j'étais physiquement dans l'impossibilité d'écrire en juin. Mon corps a dit stop. Et ça m'aide ... le pari du quotidien est finalement un peu vain puisque les lecteurs qui viennent tous les jours ne sont pas légion : la plupart lisent en rafale. Tu vois, on parlait de mode tout à l'heure : on regarde des séries en binge-watching. Je pense qu'on me lit aussi comme ça, en se faisant une grosse série de billets. Le côté feuilletonnant des choses n'est pas généralisable à toute la saison et n'oblige plus à venir tous les jours. Ca réduit sévèrement la pression. D'ailleurs, j'avais pensé reprendre à mon seul compte "UNE FOIS PAR MOI", comme une rubrique ou un autre blog, pour donner un rendez-vous mensuel à ceux qui le voulaient bien et revenir aux sources du bulletin paroissial intital.

To be continued