KEEP CALM WEDDING IS COMING

C'est clair, simple et désarmant à la fois parce que cela me rend impuissant : oui, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. L'essentiel est toujours de parvenir à faire en sorte que ce soit possible au bon moment ou suffisamment tôt pour ne pas être en retard. C'est comme ça, et me mettre la pression au delà du réel n'apporte finalement pas grand chose sinon de scléroser encore davantage ce qui l'est déjà suffisamment. Bah oui, le presse-bouton n'est pas ma tasse de thé et, surtout, ce n'est pas de ce bois là dont je suis fait. Aussi, à mesure que le calendrier s'accélère, il est quasiment vain de me mettre encore davantage de stress pour essayer de me faire venir ... ah ça non, ça coupe pratiquement tout.

Au fond de moi, je me dis surtout que j'ai une conscience [assez inconsciente] de ce qui est possible de ce qui ne l'est pas. Sans vraiment maîtriser ce vers quoi je vais et je dois aller, le chemin est tracé malgré tout. Ce fameux sur-moi dont je doute [en bon cartésien que je suis et demeure] a de toute évidence davantage de clefs que j'envisage au point qu'en de pareilles circonstances, il me surprend toujours autant en déclenchant les vannes pile poil au bon moment, en me faisant retrouver le chemin vertueux des délices et en libérant cette énergie contenue qui déverse, telle une vague puissante et vigoureuse, sa substance dans les canaux ad-hoc ... me procurant ainsi une véritable jouissance digne des grands jours.

Ce n'est pas chose facile que de me faire face en de pareilles circonstances, je le sais ... me stimuler encore et toujours sans trop y aller pour ne pas paraître trop insistant ... me donner l'illusion que tout va bien se passer alors que le doute est partout dans mes yeux ... m'amener gentiment mais sûrement vers le point de libération en initiant le mouvement imperturbable d'un partage de sensations libératrices. Ce n'est pas chose facile et, j'avoue, que le chemin est semé d'embûches. Pourtant, il y arrive. Je vois bien pourtant dans ses yeux que tout n'est pas cousu de fil blanc, que lui aussi doute, qu'il est difficile de juguler aussi l'angoisse de son côté. Oui mais voilà, il tente de masquer tout cela pour me permettre de monter en régime, d'accélerer, de donner le meilleur de moi-même avec ce dont la nature m'a fait le cadeau, de pénétrer ces endroits réservés aux succulences rares mais délectables ...

L'effort n'est pas vain, la récompense n'en est donc que plus savoureuse et, finalement, agréable.
C'est toujours une fois que les coups de rein ont produit leurs effets que j'aime aussi à me retourner pour envisager le sommet gravi, le chemin parcouru, la labeur accompli. Ah ça oui, on peut le dire : je suis content de moi. Content pas seulement par narcissisme [qu'il ne faut jamais exclure avec moi], surtout ravi et comblé du résultat malgré le désordre apparent et l'ambiance un peu foutraque qui n'appelle pas à grand chose d'autre que "Mais qu'est ce qui s'est passé là dedans ???".
Un peu honteux mais pas tant que ça, j'affiche toujours alors un sourire de petit garçon qui a fait une petite bêtise qu'il sait vénielle, ce sourire de premier communiant ou d'innocent aux mains pleines.

On ne prête qu'aux riches mais mon statut d'agneau pur et innocent a vécu tant j'ai joué souvent de cette posture. Pourtant, cette fois encore, en regardant le résultat ma main dans sa main, j'ai ressenti de l'extase malgré quelques imperfections qui ne sont pas bien graves et dont il ne me tient pas rigueur tant le voyage est à la hauteur de ses aspirations dont il m'explique qu'il ne les mesurait pas vraiment. "Ça te ressemble vraiment ..." me lance-t-il alors, comme pour souligner tout ce que j'ai mis de moi-même dans cet exercice au cours duquel mon doigté entre autres a été de nature à provoquer les réactions que j'espérais secrètement. Définitivement, je me surprends encore alors que lui ne parait pas tant stupéfait que cela, juste émerveillé par la prouesse dont il parait convaincu qu'elle restera longtemps dans nos souvenirs communs.

C'est probablement cela que je cherchais, faire ce petit truc différent, totalement personnel, qui soit à la hauteur de ce que j'avais imaginé quand je lui ai demandé de devenir mon mari, ce petit truc qu'aucun autre ne pourra provoquer, cette étincelle qui fait briller autrement ce que j'ai au fond, cette lumière qui tapisse autrement ce qui me constitue. C'est peut-être cela d'être unique et quand j'ai fini de le monter, une fois notre tournage de ce wikende achevé, j'avoue que notre film m'a fait bien plaisir ... l'inspiration ne se commande pas, elle ne me trahit jamais. Nous serons donc prêts !

Tto, director