Vignette 17 mai

Si ce 17 mai revient tous les ans, cette année la journée internationale de lutte contre l'homophobie prend un relief particulier en raison de ce qui se passe, sous nos yeux, en Tchétchénie. A moins de 4.000 kilomètres de Paris et des rues confortables de la capitale française, l'homophobie traque, torture, tue en toute impunité ... au seul motif qu'un dictateur a décidé un génocide reposant sur les pratiques sexuelles de ses concitoyens.

Pour un motif aussi futile que celui de coucher avec un autre homme, Ramzan Kadyrov [l'autocrate soutenu par Vladimir Poutine, lui même en pointe de la répression contre les russes homosexuels] a décrété qu'il n'y aurait plus d'homosexuel sur le territoire tchétchene ... et c'est d'autant plus certain qu'après la publication de l’enquête de Novaïa Gazeta, la classe politique et la société civile tchétchènes ont même nié "l’existence même de l’homosexualité en Tchétchénie" pour se défendre de toute répression massive. "C'est impossible de persécuter des gens qui ne sont pas dans la République", a objecté Kadyrov, cité par le média d'État Russia Today.

On n'est pas au bout du vertige ... les témoignages qui reviennent difficilement du pays font état d'une politique génocidaire claire et évidente qui passe par la déportation des homosexuels traqués et repérés, leur torture pour parvenir à en identifier d'autres puis leur élimination. On parle clairement de pratiques proches de celles que le régime nazi avait institué lors de la Seconde Guerre Mondiale : cette fois, ce ne sont pas les juifs qui sont visés, ce sont des homosexuels sans que cela ne provoque d'émoi au sein d'une population qui a marqué sa désapprobation au sujet de toute visibilité LGBT. Le dictateur surfe donc sur du velours pour asseoir brutalement et avec une sauvagerie qui révulse son autorité et jouer les bons suppots de Vladimir Poutine.

L'extermination est à ce point cruelle que les témoignages rapportés concordent tous : comme le rapporte Novaïa Gazeta, les détenus [exclusivement des hommes de 16 à 50 ans] sont rassemblés par dizaines dans une même pièce : ils sont alors battus toute la journée, électrocutés, violés, victime de sévices corporels insupportables, humiliés pour les contraindre à dénoncer d’autres homosexuels de leur entourage. Certains sont libérés contre une rançon ou faute de preuve, quelques uns ont réussi à fuir.  Mais c'est vraiment d'un camp de concentration [localisé en banlieue de la capitale tchétchène, dans la ville d’Argoun, dans une ancienne caserne militaire] qu'il s'agit avec tout ce qui va avec ... "Plusieurs fois par jour, nous avons été passés à tabac" racontent des rescapés. Arnaud Gauthier-Fawas, délégué international de l’Inter-LBGT, a détaillé à Europe1.fr que "c’est une vague de répression massive avec des tortures électriques, les geôliers rackettent les détenus pour les nourrir… Les réseaux sociaux sont aussi passés au peigne fin pour traquer les homosexuels. On n'a jamais rien eu de tel en Russie ces dernières années. Il faudrait sinon remonter aux goulags à l’époque de l’URSS". 

"Ils torturent à l'électricité et privent de nourriture. Le soir, au lieu de jeter les restes de leur nourriture aux ordures, ils les jettent dans les cellules. Ce n'est pas pour nourrir les prisonniers, c'est pour les voir humiliés à se repaître de leurs restes. Ils les mettent en rang, et les forcent à s'inventer un prénom de femme. Certains gars auraient préféré qu'on les tue tout de suite plutôt que d'avoir à subir cela. Beaucoup résistaient. Ils les battaient alors horriblement et leur envoyaient des décharges électriques. Ils finissaient par obtenir ce qu'ils voulaient parce que nous ne sommes pas des héros pour supporter ces douleurs et ces humiliations." rapporte un détenu qui est parvenu à s'échapper. Mais le pire est ailleurs ...

Dans la plupart des cas, les geôliers convoquent la famille au terme de la détention, et parfois, c'est là que le drame arrive. Car on demande aux proches de participer à la répression : "Ils disent aux parents de tuer leur enfant. Ils disent : ‘Soit vous le faites, soit nous nous en chargeons.’ Ça s'appelle : ‘laver l'honneur par le sang’. Ils ont torturé un homme pendant deux semaines. Ensuite, ils ont appelé ses parents et ses frères. Ces derniers sont venus. Ils leur ont dit : "votre fils est homosexuel, réglez cela vous-mêmes ou on s'en charge." Ils ont répondu : ‘c'est notre famille, on s'en occupe.’ Ils l'ont emmené et l'ont tué dans la forêt. C'est là qu'ils l'ont enterré. Il n'y a même pas eu de funérailles. Les gens qui l'ont appris et sont venus leur présenter des condoléances, ils ne leur ouvraient même pas les grilles de leur maison. Ils disaient : ‘on ne veut pas de funérailles. Il a eu ce qu'il voulait’. Si je rentre chez moi, ma propre famille me tuera."

Vladimir Poutine a diligenté une enquête sur ce qu'il ne considère être que des rumeurs à ce stade et a fait arrêter les russes qui ont pemris l'exfiltration récente de quelques détenus. Voilà ... A ceux qui hurlent en permanence à l'homophobie pour un rien sur les réseaux sociaux, ces hommes tchétchènes méritent le respect d'un martyr douloureux qui rappelle que les luttes passées ont, hélas, conservé leur nécessité. 

La France peut s'honorer de faire appliquer l'article 225-1 du Code pénal :

Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques sur le fondement de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de la particulière vulnérabilité résultant de leur situation économique, apparente ou connue de son auteur, de leur patronyme, de leur lieu de résidence, de leur état de santé, de leur perte d'autonomie, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur capacité à s'exprimer dans une langue autre que le français, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une Nation, une prétendue race ou une religion déterminée.

Constitue également une discrimination toute distinction opérée entre les personnes morales sur le fondement de l'origine, du sexe, de la situation de famille, de la grossesse, de l'apparence physique, de la particulière vulnérabilité résultant de la situation économique, apparente ou connue de son auteur, du patronyme, du lieu de résidence, de l'état de santé, de la perte d'autonomie, du handicap, des caractéristiques génétiques, des mœurs, de l'orientation sexuelle, de l'identité de genre, de l'âge, des opinions politiques, des activités syndicales, de la capacité à s'exprimer dans une langue autre que le français, de l'appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une Nation, une prétendue race ou une religion déterminée des membres ou de certains membres de ces personnes morales.

Aujourd'hui, je pense aux tchétchènes qui n'ont pas la chance d'être protégés par un texte équivalent, ni même les leurs et encore moins la communauté internationale qui les regardent mourir parce qu'ils ont le tort d'aimer un homme ou de préférer s'étourdir dans des amours masculines. Ce 17 mai ne me pousse pas à autre chose qu'à leur rendre hommage, à la veille de mon mariage qui témoigne du fait que sucer une bite n'est pas encore devenu aussi anodin où que l'on se trouve dans le monde. C'est bien triste ... Mes larmes n'y changeront rien mais je pense beaucoup à eux qui sont au bout des ténèbres, qui sont des martyrs frappés par la cruauté aveugle de bouchers sanguinaires et probablement refoulés [comme à chaque fois].

Tto, profondément triste