La ligne de crête

Finalement, l'image est assez juste : les pentes descendantes et impitoyables de chaque côté, le ciel bleu comme s'il ne fallait redouter quoi que ce soit, un chemin dessiné qui mène loin ...

Pourtant, le feu couve, les voyants sont au rouge, le vertige m'envahit inexorablement et je me dis que le précipice qui m'appelle finira bien par m'attirer à lui. Oui, la ligne de crête qu'est ma vie en ce moment n'est pas de nature à me rassurer et hier soir, j'avoue avoir vu ressurgir les fantômes du passé, ces démons qui n'attendent qu'une chose : te foncer dessus parce que les digues cèdent les unes après les autres, comme s'il n'y avait d'autre solution que de se résoudre pour arrêter de s'épuiser à résister.

Oui, j'arpente fébrilement cette ligne en ce moment, comme il y a quelques années en me disant que derrière ce sommet, j'y trouverais certainement la désolation, l'incertitude ou que sais-je encore. Mais encore faut-il y arriver ...

Hier, j'ai encore eu la manifestation d'un manque de confiance absolu nonobstant mon investissement dans mon travail. Je ne digère absolument pas qu'on m'explique qu'il n'est pas sécurisant de travailler avec moi alors que je me donne à fond [voire un peu trop pour une reconnaissance symbolique]. Je vis les derniers jours de préparation de mon mariage dans la douleur tant je me rends compte qu'il est compliqué de travailler avec Zolimari qui ne ménage pas grand chose en matière de communication collaborative. Je suis dégommé à chaque demande qui m'est faite [même un rendez-vous me submerge] parce que je pense avoir trop habitué les gens à répondre favorablement ou me mettre en quatre pour eux alors que l'inverse n'est pas à la hauteur de ce que j'offre. Je tente de trouver un peu d'air que je ne trouve pas. Je ne réponds même plus aux connards qui beuglent sur mes tweets au sujet de l'Eurovision alors qu'ils font chier le monde quand ils regardent Koh-Lanta ou je en sais quelle autre émission culinaire. Je me retire de tout un tas de choses pour lesquelles je n'ai définitivement plus goût et surtout plus celui de faire semblant. A défaut de trouver de l'air, j'essaye de me mettre en suspension.

Et comble du bonheur, c'est à présent mon avenir au sein de la Compagnie chérie qui devient impossible, comme s'il fallait rajouter une strate de complication à ce mille feuilles qui n'en manquait pas et qui provoquait déjà chez moi les pires indigestions. Oui, je n'envisage plus de poursuivre ma collaboration avec ces dindes écervelées, ces donzelles qui ne méritent pas les efforts déployés pour les supporter, ces pintades qui me traitent comme le paillasson de leurs états d'âme mal placés ou de leurs divagations puériles ineptes. Trop c'est trop et la gifle affichant tout le mépris et l'absence de confiance qui m'est consacré dans un contexte où j'ai tenu à bout de bras un dossier que je connais parfaitement, c'est probablement la goutte d'eau qui fait déborder un vase dont je ne voulais pas voir qu'il était plein. Il y a des sacrifices que je ne veux plus faire ce d'autant qu'on s'obstine à ne rien me proposer de motivant, sauf des remontrances qu'on devrait réserver à un enfant de 10 ans parce qu'infantiliser est toujours plus rassurant pour ces mères frustrées qui jalousent trop ce que je représente à leurs yeux.

Le prix à payer de ma liberté, de ma vie devient onéreux. Ma place est incertaine ... chaque pas sur ce chemin de crête me faisant redouter de déraper. Heureusement, à la faveur d'une discussion franche et virile pointant le fait que j'en ai assez de me prendre des murs érigés par ceux qui ne savent pas travailler avec les autres [finalement, c'est peut-être moi qui ne sait pas faire passer les messages pour que travailler avec moi soit possible], Zolimari a compris que les limites avaient été dépassées et il a remis du liant, il a intégré qu'il fallait casser cette idée persistante que pour mon mariage tout ce que je propose est systématiquement rejeté. Il a même admis ne pas être cablé pour travailler avec quelqu'un ou prioriser correctement. Donc oui, j'ai entendu qu'il a besoin de mes bonnes idées, de mes suggestions et que je suis une boite à fulgurances géniales pour trouver des solutions et des voies de passage là où on ne croit plus qu'il y en a.

En attendant, mes chevilles tremblent ... En attendant, je dois continuer d'avancer sur cette ligne de crête avec chacun des versants qui m'annonce une dégringolade dantesque.
Une fois le mariage passé, qu'en sera-t-il de tout cela ? Ce projet qui me vampirise certes est néanmoins celui qui me fait tenir. Quid après ? La dépression sera-t-elle supportable ? Rien n'est moins sur ...
Personne n'en sait rien, même pas moi.

Tto, fébrile