logo pres 2017Le résultat est tombé. A plusieurs titres, ce scrutin sera mémorable et nous n'avons pas fini d'en goûter les fruits.

Déjà, Marine Le Pen loupe la première place tant espérée qu'elle souhaitait devenir sa rampe de lancement pour torpiller le reste de la campagne et asseoir ses positions lors des prochaines législatives. Finalement, ce que l'on avait perçu était bien vrai : la fin de campagne est difficile pour l'héritière, à bout de souffle dans ses positionnements hasardeux qui ne peuvent plus se soutenir. Le Front National est certes en croissance mais là où le scrutin présidentiel devait porter celle que tous les événements favorisaient autour des 30%, elle consolide à 22% mais on est loin du raz de marée espéré. La faute à ? A elle et ses circonvolutions, ses atermoiements hasardeux pour ménager la chèvre et le chou dans un parti où la synthèse procède davantage du maniement de la nitro et de la glycérine simultanée sur un tapis recouvert de savon noir. La sortie sur le Vel d'Hiv se paye également cher ...

emmanuel MACRONmarine LE PENLa seule planche de salut pour Le Pen est de mobiliser clairement et fondamentalement sur les terres de droite, où ses réserves de voix sont les plus fortes quitte à se couper d'un électorat populaire, remettant distinctement le FN à droite de la droite d'où Philippot n'aurait pas du essayer de sortir ce parti d'extrême-droite. Et cela annonce la curée au soir du 7 mai, sauf si Marine Le Pen dépasse clairement les 40%.

Parce qu'il ne faut pas s'y tromper : elle est difficilement en position d'être élue mais elle peut encore faire du mal et on rêve depuis hier soir quand on entend certains "responsables" [ou ce qui en tient lieu] de droite venir évoquer l'idée de ne pas aller voter, de s'abstenir comme s'ils avaient oublié le principe de l'élection présidentielle au suffrage universel direct à deux tours : au premier tour, on choisit ; au second tour, on élimine. C'est ça la tradition gaulliste institutionnelle mais j'entends certains membres des Républicains dauber un peu à la manière d'un Fillon qui feignait de vouloir s'accomoder de certains principes selon ses intérêts particuliers.

Fillon justement ... le bouc-émissaire est tout trouvé et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il ne l'aura pas volé. Forcené, aveugle et sourd, obstiné ... les substantifs ne manquent pas pour affubler le leader de la droite qui avait élection gagnée fin novembre et a réussi à perdre ce qui ne pouvait pas l'être. A l'image de 2012 où sa brouille fratricide avec Copé avait précipité l'UMP dans les limbes de la honte, Fillon est donc le looser absolu qui ne sera, au yeux de l'histoire, pas autre chose qu'un fossoyeur persuadé que la réalité n'était pas celle que tout le monde lui rapportait. L'enfermement était donc total et les urnes auxquelles il se remettait comme un désespéré achèvent définitivement un parcours marécageux qui laisse, pour la première fois depuis le début de la Vème République, le bloc de la droite gouvernementale dans un état d'implosion sidérant. Si au soir du rassemblement du Trocadéro il s'était retiré au profit d'Alain Juppé, il est bien évident que le résultat d'hier soir aurait été totalement différent ... Nicolas Sarkozy a donc fait la démonstration qu'il n'est pas le gardien d'un camp dont il ne maîtrise plus les foucades et les ruades.

De l'autre côté, le PS est au delà de la ruine ... Hamon aura perdu le sens des priorités en négociant avec les Verts plutôt qu'en essayant de rassembler son camp à la manière de ce que François Hollande avait fait en 2012. Les combines si chères à la Rue de Solférino auront laissé libre champ à Mélechon qui a siphonné le PS comme un rapace dévore sa proie, sans ménagement ni la moindre compassion : la vengeance avant tout. Hamon est grillé, les frondeurs ne représentent donc que 6% de l'électorat ... 6%, c'est donc ce que représentent ceux qui ont parasité tout le quinquennat qui s'achève. C'est le paroxysme de la minorité de blocage ...

Mais en matière de blocage, Mélenchon est vraiment un orfèvre. Mauvais joueur hier soir, traître des positionnements du camp duquel il se réclame, il est finalement le césariste qu'on avait deviné, personnel à souhait mais couard quand il s'agit de prendre ses responsabilités : fuyant comme un notable installé de la politique dont il vomit un système qui le nourrit si bien, il a donc refusé d'expliquer que le barrage au Front National était primordial en ce qu'il fallait désormais voter pour Emmanuel Macron ! D'un coup, le bolivarien a trouvé opportun de se réfugier derrière la masse militante à laquelle il se plaisait à expliquer qu'il était le chef et puis c'est tout. Le pauvre Corbière, boursouflé d'idéaux déçus puisque l'OPA n'a pas réussi, ne sait plus comment gérer et on le serait à moins : Mélenchon est un sectaire qui ne roule que pour lui, et après lui le déluge. Son programme est une impasse infinançable, un coup d'état institutionnel programmé juridiquement impossible à soutenir ... mais comme c'est mâtiné de bons sentiments [un peu niaiseux à défaut d'être vraiment lyriques] et d'un écologisme soudainement révêlé, c'est être réactionnaire que de ne pas adhérer : le sectarisme ordinaire des donneurs de leçons proclamés de principes de gauche !

Du coup ... Macron n'a pas de mal à confirmer les attentes que les sondages mettaient sur lui. La déflagration est totale et le dynamitage furieux : les français ont décidé d'un saut dans l'inconnu qui doit être confirmé dans 15 jours. Et c'est là que l'homme va devoir convaincre en essayant de poser les bases d'une future majorité aux contours délicats. Héritier de Hollande, il l'est dans une certaine mesure puisqu'il est l'architecte du virage du 15 janvier 2014 par lequel le Président de la République a mis en marche la sociale démocratie réformiste. Macron pousse le bouchon plus loin, plus fort mais la trajectoire est la même. L'héritage s'analyse donc dans ce sillon sans pour autant qu'il ne puisse être réduit qu'à cela. Les législatives seront difficiles à gagner, le renouvellement passera ou cassera et selon l'hypothèse, la crise institutionnelle promet d'être rude.

Rien ni personne ne sait ce qui va se passer dans ce pays désormais fracturé en cinq blocs politiques : la situation n'est pas sans rappeler la fin du Pompidolisme ... Giscard a cru parvenir à imposer une troisième voie, Macron veut croire que les cinq blocs n'en sont que trois en réalité. Mélenchon pourrait ne bien être qu'une fièvre, le ménage chez les Républicains va être costaud, le PS est en coma artificiel et le FN ne va pas tarder à imploser. Décidément, l'alignement des planètes est favorable mais attention à la marche des vents solaires : ils pourraient bien tout bouleverser, les français comme les autres prennent goût à jouer au chamboule-tout électoral.

Tto, qui est bien curieux de voir comment tout cela va évoluer