Les quatre fantastiques

Regarde bien cette vignette : le prochain Président de la République est l'un des quatre ...

Bah oui ... aussi inédite qu'elle soit, l'élection présidentielle [et non pas "les élections présidentielles" comme le proclame Marine Le Pen régulièrement] se soldera par l'élection d'un des onze et de toute évidence de l'un de ceux là.

Autant le dire, mon choix est fait depuis maintenant un mois et chaque jour avançant, mon choix ne varie pas. Cela étant, je te concède que le menu ne fait pas rêver au point de galvaniser. Mais finalement, l'élection présidentielle est-elle un télé-crochet au cours duquel il faut voter pour celui qui procure le plus d'émotion ? Sommes-nous condamnés à devoir, tous les cinq ans, rechercher celui qui se travestira le mieux en papa noël pour électeurs gogoïsés avides d'idéaux qui ne sont que des leurres ? Bah non ...

Entre la radicalité adoucie de façon purement factice, la malhonnêteté compulsive et le délire césariste de celui qui n'a pas compris que la France n'est pas un pays d'amérique du Sud, il reste donc l'incantation d'un homme de 39 ans qui abreuve de mots et de jolies phrases plutôt que tracer clairement un dessin. Ce wikende passé en famille a permis de débattre de tout cela et le désarroi est perceptible chez tout le monde : on sait pour qui on ne votera pas mais entre Macron, Fillon et Mélenchon, rien ne suscite l'adhésion.

Voilà ce que récolte un pays qui a joué au punching ball avec un Président démonétisé plus rapidement que n'importe quel autre, qui s'enflamme pour des combats qui sont autant de feux de paille, qui aime à se détester sur des luttes de castes ou des jalousies soudaines alors que l'enjeu est ailleurs. Le quinquennat est vraiment la pire des choses et les primaires l'accompagnant sont furieusement délétères en ce que l'articulation des deux conduit à la faillite d'un régime qu'une sixième République aux contours incertains ne saurait compenser. C'est d'ailleurs cocasse de noter qu'on targue Macron d'imprécision quand le programme de Mélenchon est on ne peut plus flou sur la politique étrangère ou la mise en oeuvre de nouvelles institutions [les bons juristes semblant faire défaut au camp de la France insoumise ... nous exposant dès lors à un coup d'Etat institutionnel évident]. Alors oui, on peut promettre des augmentations du Smic fantaisistes en mettant la sourdine sur les augmentations massives des impôts et le retour désastreux d'une inflation qui sanctionnera les plus modestes ... Oui, on peut agiter les fantasmes comme Marine Le Pen qui coche les cases des mots à employer dans ses discours quitte à se contredire d'une journée à l'autre. On peut aussi promettre du sang et des larmes pour redresser le pays alors qu'avant même d'avoir à exercer le pouvoir les #rendsl'argent s'accumulent et que la parole ne vaut plus tripette. Devant un tel désastre, forcément, Emmanuel Macron même inconsistant à certains égards ne peut que s'imposer comme le seul choix raisonnable. 

emmanuel MACRON

Oui parce que pour mon pays, j'ai envie de raison et non de délires aventureux, de croisades personnelles et bornées quand il ne s'agit pas d'un sectarisme népotique. Finalement, en regardant clairement les choses, la solution est toute trouvée. Et qu'on ne me balance pas que Macron est un suppôt de la finance, Georges Pompidou ayant eu un parcours plus clair dans les banques d'affaires sans que cela n'offusque le quart de la moitié de ceux qui grommellent aujourd'hui [surtout à droite].
Le pire dans tout ça, c'est que la soirée électorale de dimanche sera clairement l'une des plus incertaines qui soit, à l'image de celle qui permit de savoir si la France ratifiait le traité de Maastricht en 1992.

Et à ce jeu là, rien ne dit que l'électeur demeure maître du jeu, rien ne permet de se dire que le résultat du premier tour ayant vocation à qualifier les deux finalistes ne soit pas un jeu de massacre à l'issue duquel les désillusions seront sinon aussi déroutantes qu'en 2002, en tout cas vertigineuses. Le PS n'existe déjà plus, la gauche devra se trouver un champion ... et je suis horrifié d'avoir à envisager qu'il me faille choisir entre Mélenchon et Le Pen. Quatre fantastiques pour deux places, ça fera très mal chez ceux qui n'auront pas de ticket pour le 7 mai ... très mal au point que le renouvellement est probablement pour maintenant, sonnant le glas d'une ivresse dont la France ne peut davantage se payer le luxe.
L'essentiel est finalement d'aller voter : la droite va mobiliser son électorat en dernière minute et je pense que Fillon n'est pas aussi bas qu'on le pense. Mélenchon devrait ne plus continuer son numéro de claquettes. Le Pen est à bout de souffle mais ses troupes sont les plus sédimentées. Macron sera le vote refuge, par nature insatisfaisant, mais c'est là l'inconnue majeure du scrutin : à combien finira-t-il ?

Quoi qu'il en soit, dans un mois, François Hollande sera parti, la passation de pouvoirs devant avoir lieu le dimanche 14 mai 2017 [une première depuis 111 ans : c'était le dimanche 18 février 1906, pour le président Armand Fallières]

Tto, qui est décidé