LE PRESIDENT

Quand je me suis levé cette nuit à 2h25, je ne sais pas pourquoi j'ai eu cette boule au ventre en allumant CNN et en me préparant à dévorer 5 heures de soirée électorale américaine.

Dans quelques minutes, le résultat sera incontestable [même si les Démocrates annoncent déjà ovuloir recompter plusieurs États] : Donald Trump sera le 45ème Président des États-Unis. Bah oui, aussi incroyable que soit ce que je viens d'écrire, la convulsion populiste continue son ouvrage et propulse dans le fauteuil du mec le plus important de la planète un homme qui aura passé son temps à insulter les minorités, aligner les mensonges plus caricaturaux les uns que les autres, un animateur de télévision qui aura joué de la défiance pour les élites pour agréger un vote populaire jusqu'aux latinos qui, en Floride, ont voté à près de 30% pour lui !

Le pape du marketing a pulverisé celle qui ne pouvait pas perdre l'élection et Hillary entre de la pire manière qui soit dans le cimetière de l'Histoire, suivie par Barack Obama dont le successeur va méthodiquement déconstruire les rares progrès que deux mandats sont parvenus à réaliser.

Le monde a la gueule de bois ce matin, les marchés financiers s'effondrent, les perspectives de mondialisation sont remises à plus tard et les populistes de tous bords peuvent se chauffer les mains pour applaudir la grande revanche qu'ils attendent depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Parce qu'il ne faut pas s'y tromper : l'élection de Donald Trump après le Brexit, c'est le même message. Les "opprimés" qui apportent leurs voix à ceux qui disent leur ressembler [ce qui est évidemment tout le contraire] vont faire le peau à ce monde de l'après-guerre, à ses alliances diplomatiques et géostratégiques, à cet équilibre certes libéral et globalisé mais porteur de croissance. L'heure de cette revanche, qui ne sera qu'un feu de paille, a sonné et les PYRAUSTES sont légions à vouloir faire le ménage de tout ce qu'ils abhorrent. Les prochaines échéances électorales en Europe peuvent commencer à nourrir les cauchemars des uns et des autres.

Plus de 50 millions d'américains ont voté pour un homme incarnant un programme que l'on peut, sans faire de raccourcis, résumer en cinq tweets. Les promesses sont nombreuses, les désillusions seront probablement encore plus violentes que la campagne dont on sort enfin ne l'a été. C'est le jeu de cette nouvelle démocratie, celle de l'illusion de la parole directe, celle d'un populisme fait de punchlines et de mensonges. Oui, Donald Trump matérialise le fait qu'aujourd'hui, on peut dire n'importe quoi, on peut conspuer les élites et se jeter dans les bras de ceux qui disent les combattre alors qu'ils en font partie, on peut afficher des positions réactionnaires sans plus choquer personne, on peut appeler à des mouvements pseudo-révolutionnaires en mettant à terre l'équilibre savamment construit d'une société certes imparfaite mais qui a le mérite de fonctionner, on peut se faire élire sur le thème de la liberté ou du repli sur soi alors qu'on va assumer la destinée du pays le plus ouvert qui soit sur le monde.

Ce matin, je suis triste parce que je sens le sol se dérober sous mes pieds, je sens ce monde basculer dans autre chose, je sens que ce que je redoute prend corps, j'entrevois ces lendemains lugubres et incertains qui ne sont que le gage du désordre et de l'arbitraire, quand les principes sont démonétisés à l'image du concept même de vérité. Donald Trump est le symptôme supplémentaire d'une convulsion qui s'exprime depuis plus de dix années, que je chronique ici régulièrement : l'émotion est au pouvoir, la raison n'y est plus.

Je n'aime pas ce monde.

Tto, sidéré

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PYRAUSTE : susbstantif féminin 
1 - (Zoologie) Insecte lépidoptère du genre Pyrausta, de la famille des pyrales.
2 - (Mythologie) Phénix, oiseau de feu.