La bouteille à la mer

Précédemment dans "la bouteille à la mer"

C'était inévitable en fait ... Après que nous ne nous soyons pas parlés pendant plus de quatorze années, il y avait des questions dont dire qu'elles étaient en suspens procède du doux euphémisme. Et c'est bien pour cela que je m'attendais à ce que ma petite cousine [généalogiquement parlant, c'est comme cela qu'il faut l'appeler] revienne sur ces sujets puisqu'au final, aujourd'hui entre elle et moi, sa grand mère qui était également ma tante était notre trait d'union.

Alors oui bien sur, je n'ignorais pas que les circonstances avaient été spéciales et particulières, qu'elles s'étaient perdues de vue pour des raisons dont j'étais dans l'ignorance ... La vie et les caractères font que, parfois, les choses vont mal, les comportements dévissent jusqu'à l'dxtrême sans plus qu'aucune rationnalité ne soit au pouvoir. Moi, j'avais regardé cela d'un peu loin en prenant avec des pincettes ce que les gens racontaient de tout cela : je les connais trop dans cette famille, à inventer et sur-interpréter tout jusqu'à l'extrême pour se donner une importance démesurée.

C'est ainsi que lorsqu'elle m'a demandé si je me souvenais de sa grand-mère, je n'ai pas éludé, j'ai pris la question comme elle était et je lui ai dit ce que je ressentais vraiment en lui confiant que de nombreuses pièces du puzzle me manquaient. Nous avons échangé des impressions, des souvenirs ... elle m'a demandé si j'avais gardé des photos. Elle m'a surtout demandé de lui rendre un service.

Lorsque nous nous étions croisés lors de l'enterrement de ma tante qui était son aïeule, l'émotion était intense et finalement trop forte pour permettre que le dialogue fut retrouvé à ce moment. Les visages tuméfiés du chagrin résultant de ce deuil n'ouvraient définitivement pas la place à ces confidences qui apaisent sans vraiment y parvenir : on se fait toujours du mal à se rappeler des choses inutiles dans ces moments là, on se torture sciemment comme pour conjurer le départ déjà intervenu, comme si cela pouvait changer quelque chose. 
C'est illusoire mais humain ... Ainsi donc, en ce jour de juin 2003 où le vent soufflait très fort, nous nous étions salués, un peu impressionnés de nous revoir certainement mais nous n'avions pas échangé.

La reprise de contact chaleureuse et finalement décomplexée allait forcément amener à reparler de cela, ré-évoquer le fait qu'elle n'avait plus eu de contact avec sa grand-mère alors que moi j'étais resté relativement proche de ma tante jusqu'à être l'un des derniers à lui avoir parlé avant son décès. Et c'est précisément cette proximité que ma petite cousine essayait de percer, de comprendre afin que je lui donne des détails sur cette grand-mère qui l'avait abandonnée selon ses propres mots. Des conversations que j'avais pu avoir eu avec ma tante, je me suis permis d'expliquer que, nonobstant le fait que je comprenne ce ressenti, il ne fallait pas exactement voir les choses ainsi puisque dans son esprit, tel n'avait pas été le cas. En réalité, les personnalités s'étaient échauffées et les rancoeurs avaient pris une importance disproportionnée au point d'arriver aveuglément vers une rupture définitive dont ma petite cousine était une victime collatérale.

Refaire l'histoire plus de treize ans plus tard n'est finalement pas aisé et m'a un peu chamboulé parce qu'il a fallu que je me replonge dans des souvenirs pas agréables dont beaucoup m'arrachent encore le coeur. La mort de ma tante demeure une plaie ouverte pour longtemps, à plus forte raison quand j'envisage de certains membres de ma famille à cette occasion, leurs belles déclarations dont ils n'ont pas respecté le début de prémices de commencement de la première lettre. Il m'a fallu me remettre dans cette ambiance difficile où j'ai ressenti un vide, celui de n'avoir plus l'oeil bienveillant et confiant de ma tante sur le jeune homme que j'étais dont elle était persuadée qu'il était plein de promesses qui ne tarderaient pas à se réaliser.

Pour douloureuse que fut cette entreprise d'explication avec les briques dont je dispose, j'ai été heureux de lui rendre service en lui offrant quelques impressions de cette femme qui lui a manqué cruellement aussi.
D'ailleurs, elle a résumé tout cela en me disant :
" Tu vois, je ne peux pas m'empêcher de me dire que c'est elle, tout là haut, qui a fait en sorte que le lien entre nous puisse recommencer à se tisser ... Elle doit être heureuse là où elle est de voir ça !"

Paradoxalement, le cartésien que je demeure souscrit assez à cela. Mais notre dialogue n'allait pas s'arrêter là, les confidences allaient venir ...

To be continued

La bouteille à la mer
LUNDI PROCHAIN : Dernier épisode de "la Bouteille à la mer"