Lundi midi, parce que je suis perforé de douleurs toutes plus insupportables les unes que les autres [bien que je prenne un malin plaisir à n'en laisser rien apparaître, ce n'est finalement pas du plaisir mais simplement une règle que je m'impose], j'avais décidé d'aller voir une nouvelle ostéo. Nouvelle mais introduite par mon ancien ostéo qui était génial mais qui a eu l'idée saugrenue d'aller exercer à Vancouver ... Bah oui, prendre un billet Air Canada pour aller se faire rectifier le dos, je veux bien mais cela ne va pas arranger mon bilan carbone déjà désastreux aux dires des jaloux qui ne partent pas en vacances avec moi.

Il m'avait indiqué qu'il avait trouvé quelqu'un qui exerçait comme lui, avec des méthodes comparables ... j'ai donc décidé d'aller la voir.

ostéo

Le contact a été très bon, on a discuté de plein de trucs comme d'habitude [les ostéos m'adorent parce que mon corps réagit très bien et parle bien plus que moi, en sorte qu'ils s'amusent à me voir me décomposer quand je réalise que je ne maîtrise pas du tout les indiscrétions que mon corps de rêve se plait à dévoiler] et surtout elle m'a manipulé sans me faire craquer ce qui me terrorise toujours alors que j'adore jouer aux castagnettes avec mes articulations [ouais je sais, on est paradoxal ou on ne l'est pas].

Au gré de la discussion et tandis qu'elle me manipulait, elle m'a confirmé que je devais clairement souffrir énormément pour atteindre un tel état de sclérose de certaines parties de mon dos ... au moins, je ne suis pas une chochotte mais ça je le savais déjà. Mais pour résistant à la douleur que je suis, elle m'a expliqué qu'il allait falloir trouver une issue parce qu'à ce rythme, j'allais finir par m'épuiser vraiment. Ca tombe bien, j'étais venu la voir pour trouver une solution ...

Ravie de voir que ses manipulations auxquelles je ne comprends rien produisaient un effet favorable dont j'éprouvais néanmoins quelques sensations surprenantes, nous avons commencé à discuter de ma vie ... Comme son prédécesseur, elle s'est amusée à constater qu'il y avait un lien évident entre mon métier et ma façon de voir la vie, les autres, les choses et ma place dans tout cela. "M'enfin, c'est quand même évident" m'a-t-elle dit en rigolant quand je lui ai confié que moi je n'avais pas fait le lien ! 

A la question du sport, j'ai évidemment répondu que ma morphologie témoignait du fait qu'il était évident que je n'en étais pas adepte mais je lui ai expliqué que j'avais d'autres soupapes et notamment celle de consigner quotidiennement un billet sur tout et n'importe quoi pourvu qu'il me ressemble. C'est là qu'elle a commencé à me dire un truc ...

- Plus de dix ans que vous faites ça ???
- Oui ... j'aime cet exercice qui me permet de dire tout et n'importe quoi, avec une liberté assumée. Ca me libère en quelque sorte
- Mais vous écrivez tous les jours ?
- Oui ... ce n'est pas forcément une contrainte d'ailleurs parce que j'ai l'écriture facile ...
- Mais vous voyez le truc ? Vous clamez la liberté tout en vous enfermant dans un cadre. En fait, vous me faites penser à un bateau : tout est précis sur un bateau, chaque chose a sa place mais c'est fait pour aller n'importe où, au gré du vent et de vos envies. Vous me semblez être un peu comme ça : avoir un outil assez performant parce qu'il est très encadré pour finalement user de votre liberté.
- C'est vrai ça ... Et vous pourriez rajouter que je suis tellement endurant qu'on se rapproche de l'insubmersible parce que pas grand chose ne me fait couler.
- Oui on dirait ...
- Et pourtant ... j'ai le mal de mer !

Ainsi donc, après m'avoir expliqué que je n'étais pas modeste avec moi-même, que j'étais un euphémisme vivant, que j'étais incroyablement lisible si l'on rapproche des choses que j'éloigne avec patience pour que l'évidence ne soit pas trop saisissante, qu'il faut que je m'affranchisse des gens qui abusent de ce que je leur offre, voilà maintenant que je suis un bateau ! Décidément, les ostéos m'auront tout fait ! Et moi, j'en redemande ... me parler de moi est un sujet que je trouve personnellement passionnant.

Tto, bateau sur l'eau