Les 7 mercenaires

Faut-il s'en réjouir ou continuer de s'en affliger ? La primaire de la droite et du centre est lancée et l'on connait la ligne de départ du sprint qui conduira à désigner le 27 novembre prochain le candidat de "la droite et du centre" ... à ceci près que Guaino comme d'autres sont en embuscade pour venir troubler la fête en menaçant de déclarer leur candidature en dépit de la primaire. Ca promet ...

Ah la primaire ! Que n,'a-t-elle suscité de jalousie de la part de cette droite qui moquait les efforts du Parti Socialiste de la conduire en 2011, pour au final jalouser la terrible dynamique qu'elle imprime au profit du vainqueur ! La railleries ont cédé le pas à l'envie, et c'est bien naturellement qu'elle s'est mise en place pour la compétition de 2017. Hélas ...

En effet, je le dis sans ambages : la primaire, c'est vraiment une connerie sans nom. C'est conjuguer tous les désavantages de la primaire à l'américaine sans en retirer le moindre avantage. Et cela vaut tant pour la gauche que pour la droite, la présidence Hollande étant grevée des difficultés que la primaire a fait surgir. Au premier rang de celles-ci, il y a quand même que le candidat n'est pas maître de son programme et doit s'approprier celui de son parti, sur lequel il n'aura pu peser qu'à la marge s'il n'était pas chef de parti. Ainsi, Martine Aubry en son temps comme Nicolas Sarkozy aujourd'hui disposent d'une carte maîtresse en ayant les clefs du parti puisqu'ils tiennent, dans cet exercice, la plume du programme. On bascule dès lors dans le simple concours de beauté, le casting présidentielle ou la séance d'audition type "Nouvelle Star" dont chacun des votants aux primaires peut se piquer d'être un temps l'André Manoukian de service [avec circonvolutions absurdes en moins].

Cela étant, la primaire existe et il faut bien faire avec, comme en 2011. Et pour la droite, la sélection est appétissante ! Il va donc falloir choisir entre les sept mercenaires auréolés d'avoir passé les barrages, Mariton n'étant pas parvenu avec sa gouaille et ses oeillades aux partisans de la Manif pour Tous à obtenir les signatures convoitées. Quel dommage ... Mariton a toujours été un figurant assis sur un strapontin, on n'échappe pas à son destin.
Mais qui choisir ?

Nicolas Sarkozy ? L'ancien Président suinte de l'envie obsessionnelle d'en découdre et de défaire celui qui l'a humilié en 2012, oubliant un peu comme le claironne ses partisans que François Hollande a surtout gagné en considération du rejet de Sarkozy. Qu'importe, il multiplie les outrances, les approximations, les raccourcis [ça lui va bien] et les mensonges les plus accablants avec une solennité aussi factice que la promesse de changement sur lui-même dont il se targue à longueur de temps, un peu comme les gens qui répêtent "franchement" ou "honnêtement" à longueur de phrases pour convaincre qu'ils ne sont pas en train de tromper leur interlocuteur.

Bruno Le Maire ? C'est la carte "renouveau" de la droite, le nouveau souffle de la jeunesse ... Le quinquagénaire pantouffle tout de même dans les arcanes du parti depuis plusieurs années, dispose déjà un curriculum vitae de ministre qui ne milite pas pour un perdreau de l'année et applique consciencieusement la méthode de vente Colgate pour jouer de dents blanches censées polariser l'attention plutôt que sur un positionnement mouvant sur nombre de thématiques si chères à son camp dont on sait qu'il ne l'aime pas. Tout l'oppose à cette droite nationaliste et dure incarnée par Wauquiez, sorte de Rémus quand Le Maire s'espère être le Romulus d'une droite semblable à Rome qui brûle sous les assauts d'une Marine Le Pen dont la promesse d'implosion aura été trop hâtive.

François Fillon ? La droite dure, fière d'elle, thatcheriste à souhait voire poutiniste ... Là où Madelin a échoué, De Villiers s'est cassé les dents, Fillon espère réussir considérant que la plaque tectonique de l'électorat dérivant à droite, il pourrait incarner un FN light en reprenant finalement le programme du RPR du début des années 90 ... C'est oublier qu'il a été co-auteur de la politique calamiteuse de Nicolas Sarkozy contre lequel, en creux, il n'a pas de mots assez durs ... La pâte à modeler Fillon aurait tellement de caractère qu'il se serait écrasé docilement pendant cinq ans ? On lui aurait mis bien profond des choses qu'il ne voulait pas ? Curieux général de bataille que François Fillon qui me rappelle le Général Lyautey dont on disait "Voilà un homme admirable, courageux, qui a toujours eu des couilles au cul… même quand ce n'étaient pas les siennes".

Alain Juppé ? C'est l'immobilité heureuse et contente d'elle-même en apparence avec un programme dur et drastique en sous-marin. C'est même ce qui est troublant quand on envisage les soutiens d'Alain Juppé : voilà un homme d'état que l'on nous présente comme aguerri aux épreuves et avec un vrai sens de l'Etat, cabossé par les épreuves ... voilà aussi quelqu'un qui nous explique qu'il ne fera qu'un seul mandat, c'est censé être rassurant alors que les français attendent des perspectives un peu plus larges que cinq petites années d'un mandat décidément trop court étant rappelé qu'au terme de la quatrième année, on est déjà en campagne et qu'il ne se passe plus rien. Juppé joue les anguilles, feint de prendre de la hauteur quand il n'a rien à dire ou proposer et n'est absolument pas un chef, se dernière expérience de chef de parti on s'en souvient ...

Jean-Frédéric Poisson ? C'est le franc tireur du lot, celui qui va passer pour le réac' de service mais qui jouer les poils à gratter en posant des questions qui n'en sont pas ou plus, en feignant de croire à une société qui n'existe plus depuis 1905 voire bien avant, en jouant les poissons pilotes d'une Christine Boutin qui n'existe plus qu'en faisant comme Dieudonné : hurler des horreurs teintées de communautarisme jusqu'à provoquer la nausée. Le Poisson n'est pas frais mais ce n'est pas ce qu'on lui demande : il suffit juste qu'il soit là pour dynamiter une candidature autonome post-primaire de cette droite réactionnaire qui n'attend plus qu'un signe pour tomber dans les bras d'un Front National qui serait bien embarassé de la récupérer, sauf peut-être la néamoins divorcée Marion Maréchal-Le Pen.

Nathalie Kosciusko-Morizet ? La caution oestrogène du casting promet tout et son contraire, multiplie les contre-pieds y compris à elle-même, sourit comme Mona Lisa avec le vide sidéral en plus et estime qu'elle incarne le changement alors que, comme Le Maire, elle occupe le terrain depuis plus de dix années. C'est l'alibi féminin voulu par Sarkozy sinon cette primaire aurait vraiment trop ressemblé à un repas de chasseurs. Comprenant très bien qu'elle n'a aucune chance si ce n'est celle de disposer d'une marge de négociation pour le coup d'après, celui de la distribution ces marocains. Pour le reste, savoir ce qu'elle ambitionne pour le pays et quelles sont ses convictions ? C'est comme pour la Mairie de Paris, une chose et tout son contraire.

Jean-François Copé ? Celui qui a survécu aux sept plaies d'Egypte, à la vendetta, le Highlander de l'UMP est de retour malgré son meilleur fait d'arme : avoir réussi à faire perdre toute crédibilité à son parti dans une élection interne à ce même parti ! Il fallait le faire et les chinois s'interrogent même sur la brevetabilité du truc. Qu'importe là aussi, il revient et dégaine tout ce qu'il peut pour prendre le créneau de son réel adversaire, François Fillon : la droite libérale et réformiste. C'est oublier toute son inaction durant le quinquennat de Sarkozy dont il a décidé la perte par ricochet, rien que pour se venger là aussi considérant qu'il n'avait pas vocation à jouer les Juppé de circonstance. Copé prépare les esprits à un gouvernement d'alliance avec le Front National de Philippot, voilà qui n'étonnera personne tout comme sa baignade dans la piscine de Takieddine n'avait pas surpris grand monde.

Voilà voilà ... et donc on fait avec tout ça ? On s'en fout, on n'y va pas ? On reste planqués sous les draps ? On commandera des pizzas, toi la télé et moi ?
Bah non, moi je vais y aller. Comme pour la primaire 2011, je veux peser sur cette primaire 2016.

Mais alors, tu vas me dire qu'y aller c'est bien mais il faut savoir pour qui voter. Et c'est là que j'ai encore un dilemme :
- soit je joue d'une certaine forme de machiavélisme et je vote pour Sarkozy afin d'éliminer Juppé [qui, selon moi, est à certains égards aussi nuisible que Sarkozy parce que c'est le retour d'un chiraquisme dispendieux et inutile à la tête de l'Etat] et je favorise le maximum de chances pour François Hollande de pouvoir être réélu [ma conviction est totale : les français rejettent davantage Sarkozy que Hollande]
- soit je choisis par conviction et c'est plutôt Bruno Le Maire qui emportera mon vote.

Quoi qu'il en soit, on a la droite qu'on mérite et ne me parle pas du centre ... Juppé est censé le représenter mais je pense que Lagarde comme Bayrou n'ont toujours pas compris quel était le programme défendu par Juppé. De toute façon, Macron est en train d'hypothéquer tout cela ...

Tto, en primaire