Homophobie

S'il est bien un mot qu'il faut retenir ces derniers jours [j'écris ce billet le mardi 14 juin au matin, sans savoir si les propos qui vont suivre seront encore cohérents ce vendredi, j'ai hélas la faiblesse de penser que oui], c'est bien celui d'homophobie.

Quelle ne fut pas ma stupeur lorsque j'ai réalisé, après quelques recherches, que le Dictionnaire de l'Académie française ou encore le Littré ne proposent aucune définition de cela, ... en 2016 ...

Oui parce qu'avant de parler d'homophobie dont je dénonce ici depuis longtemps qu'il est galvaudé par nombre de ceux qui l'utilisent à tort et surtout à travers, je voulais revenir à la définition du mot, comme pour nous mettre d'accord sur ce dont il est question. Quoi de mieux que le dictionnaire pour cela ... sauf que deux de mes références principales n'en parlent pas du tout.

Pour le Larousse, la définition est un brin simpliste mais elle a au moins le mérite d'exister : Rejet de l'homosexualité, hostilité systématique à l'égard des homosexuels.
Simpliste en effet parce qu'il convient tout de même d'être un peu plus précis et c'est pourquoi je t'invite à aller consulter le Code pénal qui, pour réprimer un tel délit, a proposé une définition.

C'est l'article 132-77 créé par la loi du 18 mars 2003 qui explique ainsi que "dans les cas prévus par la loi, les peines encourues pour un crime ou un délit sont aggravées lorsque l'infraction est commise à raison de l'orientation sexuelle de la victime.

La circonstance aggravante définie au premier alinéa est constituée lorsque l'infraction est précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, utilisation d'images ou d'objets ou actes de toute nature portant atteinte à l'honneur ou à la considération de la victime ou d'un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de leur orientation sexuelle vraie ou supposée."

Plus précisément, SOS Homophobie donne une définition finalement la plus claire : Le terme homophobie, apparu dans les années 1970, vient de «homo», abréviation de « homosexuel », et de « phobie », du grec phobos qui signifie crainte. Il désigne les manifestations de mépris, rejet, et haine envers des personnes, des pratiques ou des représentations homosexuelles ou supposées l'être. Ce n'est pas une construction étymologique puisque « homo » ne renvoie pas au radical grec. Est ainsi homophobe toute organisation ou individu rejetant l'homosexualité et les homosexuel-le-s, et ne leur reconnaissant pas les mêmes droits qu'aux hétérosexuel-le-s. L'homophobie est donc un rejet de la différence, au même titre que la xénophobie, le racisme, le sexisme, les discriminations sociales, liées aux croyances religieuses, aux handicaps, etc.

Voilà qui est donc déjà plus clair ... 
Et ainsi donc le caractère homophobe de l'attentat terroriste d'Orlando ne fait aucun doute. Plus largement, il convient aussi de mettre en perspective la série d'actes homophobes perpétrés sur le territoire américain.
Que les fondamentalistes ou autres fascistes religieux islamistes s'en prennent aux homosexuels n'est pas nouveau ... j'ai toujours choisi de ne jamais montrer ces homosexuels que les barbares jettent de toits au motif qu'ils sont hérétiques et ainsi promis à la négation la plus définitive. L'abjection est totale, ce d'autant que certains hommes sont également utilisés comme esclaves sexuels dans ces groupes militaires prêchant le chaos sur l'autel d'une religion qu'ils desservent et dont ils se servent comme d'un prétexte.

Mais l'homophobie ne se limite pas à massacrer des gays dans une boite réputée pour les rassembler [on rappelera l'histoire particulière du Pulse d'ailleurs ...] ou encore les jeter comme des êtres déshumanisés d'un toit après les avoir violés ... L'homophobie, c'est aussi expliquer comme le fait Houria Bouteldja que l'homophobie serait une forme de résistance face à l'impérialisme occidental. Le choc de civilisation en quelque sorte ... C'est assez brillamment expliqué dans cet article où il est rappelé que l'essayiste communautariste auto-proclamée indigène théorise [et légitime] le rejet et la violence à l'endroit de l'homosexualité [étant ici rappelé que de nombreux musulmans sont homosexuels ou pratiquent une sexualité en présentant de nombreuses caractéristiques]. 

"Il serait temps, une bonne fois pour toute, de comprendre que l’impérialisme – sous toutes ses formes – ensauvage l’indigène: à l’internationale gay, les sociétés du sud répondent par une sécrétion de haine contre les homosexuels là où elle n’existait pas ou par un regain d’homophobie là où elle existait déjà (…) C’est pourquoi, de façon analogue, les quartiers populaires répondent à l’homoracialisme par un virilisme identitaire et… toujours plus d’homophobie. Quelle que soit la laideur apparente des réactions, elles ont une motivation commune : une résistance farouche à l’impérialisme occidental et blanc et une volonté obstinée de préserver une identité réelle ou fantasmée, ou en tout cas une identité qui fait consensus."

Expliquer que résister à l'impérialisme occidental légitime la violence à l'endroit des homosexuels du fait de leur différence, c'est bien ce que l'on appelle de l'homophobie. A raison de la différence résultant d'une orientation sexuelle considérée comme un facteur d'appartenance d'une population blanche [les noirs, arabes, métis, asiatiques et autres apprécieront ce constat d'une soumission colonialiste d'un autre temps], on excuse finalement tout et surtout la terreur que Bouteldja dénonce pourtant sur la base d'un prisme qui lui est plus confortable dans nombre de ses écrits par ailleurs. C'est le syndrome consistant à reproduire ce que l'on a subi à l'égard d'un autre groupe dont on considère qu'il est d'une valeur inférieure ... L'imposture intellectuelle est totale et l'auteure matine cela d'un vernis culturel et vaguement religieux censé faire passer la pilule.

La question de l'homosexualité dans l'Islam est à elle seule un sujet qui mériterait de développer avec calme les arguments en présence, étant clairement rappelé que quelle que soit la religion, l'homosexualité n'a jamais été une pratique favorisée par un culte plutôt qu'un autre. Les homosexuels ont été au mieux cachés, au pire exterminés. Toutefois, il n'est pas inutile de (re)lire les propos de l'imam Ludovic-Mohamed Zahed ... J'ai le secret espoir d'y revenir plus tard : il y a tant à dire.

J'ai simplement envie de terminer ce billet sur l'homophobie, dans ce qu'elle a eu de plus spectaculaire ces derniers jours, par un hommage à ceux qui sont tombés, ceux qui avaient des vies, des envies, des projets de mariage ou que sais-je encore. Ceux qui sont sacrifiés pour une cause dévoyée, simplement barbare. Comme le dit Anderson Cooper, ces jeunes gens sont plus que des noms sur une liste ...

Tto, affligé très profondément