2015 - PREMIERE FOIS

Best of 2016Ce matin là, dans le train, je suis comme tous les autres matins ...

J'emmerge petit à petit, je suis l'oeil rivé sur mon téléphone à écluser les emails reçus pendant la nuit ... les pubs pour les jockstraps, les commentaires nocturnes, les twittos qui ont décidé que j'étais si ennuyeux qu'il fallait ne plus me suivre [grand bien leur fasse et moi donc] ... oui, y a quand même près de trente e-mails à se taper mais attention, ce n'est pas le bagne. Je suis toujours assis puisque je m'arrête au bout de la ligne.

Fidèle à moi-même en bon misanthrope que je suis, je regarde du coin de l'oeil certains de mes contemporains dont le comportement m'afflige mais qu'importe : je ne peux rien pour eux tant nous n'appartenons pas au même monde en dépit de ce que les apparences, hélas, tentent de faire accroire. J'avoue que c'est ce qui fut le plus dur pour moi lorsqu'il s'est agi l'année passée de reprendre les transports en commun ... les gens. Y a toujours un connard qui écoute de la musique trop fort, une bonne femme qui téléphone en faisant profiter tout le monde du fait que "Nan mais Eric m'a dit qu'il me kiffait trop ... J'te jure et il m'a niquée comment c'était bon", un vieux con qui lit son journal comme s'il était tout seul bras grands ouverts ... bref, la cour des miracles en forme de comédie humaine. Moi, je suis barricadé dans ma bulle, je mets des écouteurs même si je n'écoute rien [ça dissuade ceux qui auraient l'ambition de m'adresser la parole de ne pas céder à un tel dessein] et j'écris à mon Zolimari ...

Vers 9h, c'est un rituel, on s'envoie un petit mot ... D'encouragements la plupart du temps, de regrets quand un truc n'a pas bien marché la veille, une question pratico-pratique quand elle conditionne une échéance de la journée ... ou quelques fois, juste un "je t'aime profondément" auquel il me répond toujours par un autre mot qui m'ensorcelle : oui, il a ce chic de savoir m'écrire.

Ce matin là, je venais de lui écrire ...
Je t'<3
Il m'a répondu :
Moi aussi mon chéri [avec un smiley qui envoie un bisou en forme de coeur]
J'ai répondu :
J'suis trop happy de notre journée ensemble hier, de notre voyage et de tout

Notre échange s'est arrêté là faute  de réponse de sa part, réponse que je n'espérais pas non plus, tout étant dit.
Je suis allé regarder mes parties d'Angrywords en cours, mes parties de Wordcrack ... et puis j'ai été interrompu à Courbevoie ...

Une femme venait de s'asseoir pas exactement en face de moi ... Le train repart, je continue à errer dans mon meilleur téléphone du monde quand elle me fait un signe.
N'ayant pas mes écouteurs, je ne peux simuler le fait que je n'entends rien ou ne vois pas. Je lève alors les yeux, l'invitant alors à me dire ce qui la préoccupait. Elle prend alors un large sourire et me dit :

- Excusez-moi de vous déranger Monsieur ...
- Je vous en prie
- Puis-je vous demander quelque chose ?
- Oui
- Quel est le nom de votre parfum ?
[La surprise s'est alors certainement lue sur mon visage ... j'ai esquissé un petit sourire [celui qui tue parait-il chez moi, un peu malicieux, un peu calculé et j'ai essayé de me souvenir de celui que j'avais mis ce matin là tout en me disant que j'avais du en mettre une sacrée dose alors pour qu'elle le sentit à ce point]
- Grey Flannel [dis-je avec un sourire carnassier]
- Ah ... c'est bien cela ... vous avez très bon goût. Merci beaucoup.

[Premier parfum du célèbre couturier américain Geoffrey Beene et datant de 1976, Grey Flannel affirme avec esprit la personnalité et la distinction de l'homme d'aujourd'hui. En verre, sobre et pur, son flacon habillé de sa flanelle grise en fait un symbole d'intemporalité et d'élégance, destiné aux hommes qui savent s'affirmer avec distinction. La fragrance est un savant mélange, à la fois raffiné et sophistiqué. Grey Flannel est le sillage d'un esprit authentique avec des notes de Galbanum, Petitgrain, Néroli, Citron, Violette, Rose, Sauge Sclarée, Géranium, Musc, Bois de Cèdre, Mousse de Chêne, Fève Tonka.]

Notre échange s'est arrêté net puisqu'après l'avoir remerciée à mon tour, je crois qu'il n'y avait plus grand chose à dire.

Alors oui, je me suis dit que c'était marrant tout ça, que pour un parfum que l'on sent peu [et je m'en félicite] communément chez mes contemporains, je sois ainsi apostrophé par une jeune femme qui y était sensible. Je me suis demandé aussi ce que cela lui rappelait et je me suis dit que c'est finalement plus simple d'être celui que je suis parce que cela évite, à la faveur de sa question, de rentrer dans un jeu de séduction dans lequel on fait toujours des petites bêtises.
Au surplus, c'est la première fois qu'une inconnue me demande le nom de mon parfum, dans le train.

Tto, qui sent bon

Publié le 13 janvier 2013