49-3

L'avantage de l'indignation surfaite demeure qu'elle permet toujours et encore de vociférer des énormités et l'annonce par le Premier ministre hier du fait qu'il engageait la responsabilité de son gouvernement sur le vote du texte relatif au marché du travail n'en a été que la plus éclatante [et lamentable] démonstration.

Outre le fait que l'écrasante majorité de ceux qui hurlent à la mort n'ont pas lu le texte au sujet duquel il conviendra de revenir pour combattre les anathèmes fantasmés, ils alignent les contre-vérités et les caricatures témoignant d'une incurie démesurée en Droit constitutionnel suffisamment insupportable pour qu'il soit, à mon sens, nécessaire de rétablir quelques vérités tout de même dans ce concert vertigineux d'inepties.

L'utilisation de l'article 49-3 de la Constitution du 4 octobre 1958 serait "anti-démocratique" ... Ben voyons, au motif qu'un texte qui passe selon des règles prévues par la Constitution ne plaît pas, c'est tout de suite anti-démocratique. La Constitution serait donc anti-démocratique et l'on s'étonne que les procureurs du jour ne se réveillent que maintenant pour dénoncer un tel scandale. Or, les mots ont un sens : la démocratie est un système politique au sein duquel le pouvoir est exercé par le peuple. Par extension, il se caractérise souvent par une séparation des pouvoirs, un système représentatif parlementaire et un ensemble de contre-pouvoirs susceptibles de s'exercer dans le cadre d'institutions définies. La Constitution de 1958 ayant donné lieu à l'méergence de la Vème République a été votée directement par le peuple. La France est un régime au sein duquel la séparation des pouvoirs peut être perfectible mais existe et, même dans le cadre de l'article 49-3, des contre-pouvoirs peuvent s'exercer en ce qu'une ou plusieurs motions de censure peuvent être déposées à l'occasion de l'utilisation de l'article 49-3 pour censurer le gouvernement et le forcer ainsi à remettre sa démission. Où est l'anti-démocratie ? Nulle part.

On parle aussi de violence alors qu'il ne s'agit que de l'utilisation d'un moyen constitutionnel dans le cadre du travail parlementaire, au cours d'une session parlementaire. Elle est où la violence ?
"Oui mais, c'est honteux de priver le Parlement de s'exprimer" et là on explique que c'est le déni de démocratie parce que le texte ne pourra pas être discuté ou amendé au final. C'est peut-être un peu tard pour se rendre compte que le dépôt de plus de 5.000 amendements dont l'écrasante majorité ne sont destinés qu'à fair obstruction au travail parlementaire est la cause de ce 49-3. Et ceux qui s'indignent de la négation du rôle du Parlement sont évidemment les premiers fossoyeurs de celui-ci. Pare qu'enfin, on oublie un peu vite de se demander pourquoi cet article 49-3 a été intégré à la Constitution : c'est précisément pour pallier l'obstruction vaine et inefficace du Parlement qu'il a été offert au gouvernement de pouvoir s'affranchir de la discussion de tous les amendements considérés. Ceux qui ont un peu de culture historique constitutionnelle comprennent bien pourquoi en se souvenant des dérives de la IIIème et de la IVème République ! Je sais bien que Françoois Hollande lui-même a employé cette expression en 2006 à propos du 49-3 utilisé pour le CPE mais je n'ai jamais dit qu'il ne disait pas de conneries ni qu'il n'en faisait pas. Le déni de démocratie existerait parce qu'on agirait pour éviter que ne s'enlise sciemment l'examen d'un texte ... Etre efficace et gouverner serait donc anti-démocratique : ahurissant.

Le plus amusant est bien d'oser dire que la France aurait basculé dans la dictature permanente depuis que François Hollande est à l'Elyisée parce qu'il autorise l'utilisation de l'article 49-3 à nouveau ! Ben voyons ... Outre le fait qu'on peut légitimement douter qu'une dictature s'exerce sur la base d'un texte voté par le peuple avec un fonctionnement des institutions qui n'a pas varié depuis, c'est surtout là encore raconter des âneries dans la mesure où François Hollande utilise ainsi pour la seconde fois l'article 49-3 depuis quatre ans. Deux fois ... quand l'article 49-3 a été utilisé 84 fois depuis 1958. 84 fois ... Que n'ai-je pas entendu les hérauts des grands principes démocratiques hurler depuis longtemps ? Ils sont où les grandes consciences devant un tel constat ?

Pire ... l'utilisation du 49-3 serait un scandale parce qu'on ferait ainsi passer en force des textes totalement contraires à l'intérêt général. Ah si les gens mettaient plus d'énergie à travailler un peu les sujets sur lesquels ils s'indignent sur commande pour exister un peu, ils auraient noté que le poids militaire et diplomatique de la France procédant notamment de sa capacité à exercer la dissuasion nucléaire voulue par le Général de Gaulle procède d'une loi votée trois fois avec l'aide du 49-3 !!! Trois fois ... De Gaulle, tu sais ce grand dictateur ...
La CSG permettant de financer en partie le système de protection sociale, paf ! Votée au moyen de l'article 49-3 ! Vachement contraire à l'intérêt général tout ça ...

En réalité, ce qui m'exapsère, c'est autant l'imbécilité des propos qui ne reposent sur rien d'autre que des approximations, des erreurs et un savant mélange de tout qui donne n'importe quoi, que le jeu de postures ridicules et consternant de celles et ceux qui manient le double discours sans vergogne au mépris d'intérêts qu'ils prétendent défendre. Y en a marre de ces frondeurs qui se croient majoritaires alors qu'ils ne le sont même pas au sein du parti politique auquel ils appartiennent encore [et qu'ils devraient fuir si vraiment ils étaient en accord avec leurs paroles ... mais la soupe est bonne]. Les français qui veulent des réformes passent un temps formidable et quasi infini à faire en sorte de les torpiller les unes après les autres, au mépris de la considération d'un contexte qui s'impose pourtant à eux.

Il n'y a aucune majorité de français qui s'oppose au texte et les "Nuit Debout" peuvent s'ériger en ce qu'ils veulent, ils ne sont pas plus représentatifs ni exemplaires que ceux qu'ils pourfendent ... n'en déplaise aux déçus d'un grand soir qui ne viendra pas. Qu'on nous sorte un sondage où plus de 70% des français seraient contre la loi El-Kohmri est aussi peu convaincant ... Bah oui, quand on envisage la lessiveuse médiatique qui autorise n'importe qui à aller raconter n'importe quoi au sujet d'un texte prétendument hostile au prolétariat alors qu'en réalité les droits nouveaux sont légions, c'est un peu normal que les syndicats parviennent à intoxiquer Monsieur et Madame tout-le-monde !!

Et ce n'est pas un hasard ... parce qu'en réalité, dans ce texte remanié par rapport à la première mouture qui avait fuité bêtement à l'initiative du Premier Ministre, la seule hache de guerre n'est que l'inversion de la hiérarchie des normes. Je sens déjà que le mal de crâne pointe chez tout le monde mais en gros et en substance, la réforme prévoit qu'un référendum d'entreprise pourrait avoir une valeur juridique plus forte qu'un accord de branche et donc s'imposer à lui. En vrai, ça veut dire qu'une entreprise qui obtient par référendum [et moyennant quelques conditions qui garantissent aussi contre d'éventuelles dérives] une décision des salariés s'imposera face à la négociation syndicale corporatiste en place dans la branche d'activité considérée. En d'autres termes, le monopole syndical vole en éclat et forcément que la CGT, FO et autres crypto-syndicats soucieux de préserver leur monopole qui n'a plus de représentativité que le nom agitent le cocotier et dénonce le coup de force ! C'est d'ailleurs exactement le système qui existe en Allemagne et je ne crois pas que les syndicats allemands soient ratatinés, ils sont même plus matures et disposés à la co-gestion au bénéfice de ceux qu'ils sont censés protéger. Oui le chantage à l'emploi pourrait exister ... mais il me semble qu'aujourd'hui, il existe déjà même sans inversion de la hiérarchie des normes et j'incline à considérer qu'une majorité de salariés sont plus représentatifs qu'une oligarchie syndicale qui représente 8% des salariés du pays et qui n'est pas fichue de se faire élire avec des taux de participation dignes de ce nom à chaque scrutin.
Si cela c'est plonger la France dans la dictature libérale, que vont dire les "Nuit Debout" et autres étudiants idéalistes rougeauds pleins de certitudes qui se fracasseront sur les rochers de la vie réelle quand Juppé [si populaire aujourd'hui] leur expliquera notamment que les 35h sont terminées et que la dégressivité des allocations chômage va être sévère ? Ouais, Hollande c'est l'horreur ... mais j'ai toujours préféré cela à pire.

Que les pathétiques frondeurs et leurs consternants affidés aillent au bout de leurs convictions et votent la motion de censure avec la droite [puisqu'ils seront incapable de réunir les 58 députés nécessaires pour présenter leur motion de censure ... c'est dire s'ils sont majoritaires], qu'ils cessent de manier les anathèmes et mettent enfin des actes en face de leurs tribunes d'un autre temps. Qu'ils se suicident politiquement plutôt que de jouer les pompiers kamikazes immatures ... Ce 49-3 a aussi cette vertu : qu'on en finisse des cypto-socialistes qui vivent encore dans les années 70 et n'ont pas compris que le Congrès de Rennes a été perdu. Qu'ils rejoignent l'impasse Mélenchon et, à son unisson, déclament de façon stérile en associant leurs "louanges" à celles de Marine Le Pen qui dit finalement la même chose. Je préfère qu'on lessive une bonne fois pour toute ces fossoyeurs de la Gauche qui ne supportent pas d'avoir perdu les congrès du PS successifs et accusent à tout-va, sans se rendre compte qu'ils emmènent tout le monde par le fond et favorisent l'application de programmes clairement anti-sociaux qui dégommeront les classes populaires qu'ils se targuent de défendre. Le modèle social ne sera pas sauvé par des incantations d'un autre âge et témoignant d'une soif de revanche désespérée.

Tto, bien agacé