Egoïstes malgré eux

Qu'on se le dise : Bianca Longpré est une connasse. Et encore, je pense que je suis bien loin de pouvoir trouver le mot qui qualifierait le mieux cette raclure qui, en écrivant mal et en utilisant des arguments - sinon nauséabonds - au moins complètement ineptes, a réussi à me mettre en rogne puissance 40. 

Ah ça oui, cette idiote en mal de reconnaissance et soucieuse de faire parler d'elle [comme s'il fallait que le monde s'inflige en plus ce genre de choses à côté des herpès vaginaux et autres virus Zika, bref que des trucs du même genre] n'a rien cru mieux que de balancer bêtement depuis le Québec un texte intitulé "L'égoïsme est ce qui se cache derrière les gens sans enfant". Tout un programme mais je veux, ce matin, aller plus loin dans l'ignomignie du propos en ne m'arrêtant pas simplement au titre réducteur [qui suffirait déjà amplement] mais en allant chercher au fond de ce que la blondasse vomit pour réfuter tout ce dont il est question.

Après nous avoir apitoyés en nous expliquant tout le bagne que c'est d'avoir des enfants, de se lever à pas d'heures, de changer les couches, de passer ses vacances avec, notre idiote conclut son propos introductif assez vide de sens par un "Finalement, je suis arrivée à la conclusion que j'ai des enfants surtout pour donner et partager." Le concours de Miss de celles qui n'aiment pas la guerre et détestent les maladies, c'est la première porte à droite ...

Plus loin, elle explique le partage en question en nous faisant de la belle ligne sirupeuse "pour nous c'était clair que nous avions tellement reçu de la vie, de nos parents, que de le partager avec plusieurs enfants allait de soi." Ok ok, c'est beau comme du dialogue intérieur de film de Meg Ryan [laquelle mérite franchement le Prix Nobel de littérature à côté de la cousine bête considérée]. "Le célibat n'est pas une contrainte, la carrière non plus. Je crois que l'égoïsme est ce qui se cache derrière les gens sans enfant. L'égoïsme et la peur des responsabilités. Parce qu'avoir des enfants c'est la seule façon de vraiment redonner au suivant, ou devenir travailleur humanitaire à plein temps, c'est la seule façon de partager ce qu'on a reçu de nos parents et de la société." Voilà voilà voilà ... Ne pas avoir d'enfant, c'est être égoïste parce qu'avoir des enfants, c'est la seule façon de partager ce qu'on t'a donné et d'ailleurs c'est tellement vrai qu'avoir des enfants c'est un travail humanitaire. Bien sur, bien sur ...

A ce degré de densité de stupidités alignées, la stérilisation se justifie. Mais ne t'inquiète pas ... elle en a d'autres comme ça ! "Mes enfants sont ce qu'il y a de plus important pour moi. Mais même si je le fais par amour, j'offre énormément à ceux qui n'ont pas d'enfant... Je travaille pour eux. Je contribue au futur de la société." Tu la vois arriver ?? Non ? Vraiment ??? "Je travaille, je paie des impôts et en plus j'élève des enfants. Sans enfant, sans relève, la société ne fonctionne plus. Ça prend des kids. Ça prend des gens qui décident d'avoir des kids. Pourtant, je ne retire aucun bénéfice de la part de l'État pour mon travail de parent. Comme je gagne bien ma vie, financièrement l'État ne me donne rien. Sans compter que la société ne valorise pas vraiment le statut de mère et de père." Ah bah là, tu vois quand même, non ? Attends, comme les cons ça ose tout, elle va être encore plus précise ... 

"En tant que mère et contribuable, je considère donc que j'ai droit d'être reconnue comme une contribuable supérieure, comme tous les parents. Oui mesdames et messieurs, l'élite, ce sont les parents. Pendant une vingtaine d'années, les hommes et les femmes qui ont décidé d'avoir des enfants font des sacrifices qui leur apportent fierté et amour, mais ils fournissent aussi à la société ce qu'il y a de plus précieux: les kids. Donc ceux qui choisissent de pouvoir dormir le matin et de ne pas redonner tout ce qu'ils ont reçu nous en doivent une. En gardant pour eux tout leur temps, tout leur argent, toutes leurs valeurs, tout leur sommeil, les «sans enfant» devraient cotiser davantage que ceux «avec enfant»." ... Ah oui je sais, elle pulvérise les plafonds de l'imbécilité pure mais elle vient, finalement, grossir les rangs de celles et ceux qui, à raison de leur statut de parents, expriment de plus en plus l'idée qu'ils ont, par là, subi ce que juridiquement on appelle une "perte de chance" dans le sens qu'ils n'ont pas pu profiter comme les égoïstes n'en ayant pas eus des mêmes facilités, loisirs et plaisirs de la vie. En gros, les enfants qu'ils ont fait pour les autres leur ont volé une partie de leur vie rêvée. Aberrant ? Définitivement ...

C'est même d'autant plus révélateur d'un abrutissement profond que ce sont les mêmes qui, lorsque les couples homosexuels réclament la possibilité de pouvoir à leur tour avoir des enfants, se braquent en expliquant qu'il en va de l'intérêt de l'enfant de ne pas permettre une telle abomination qui doit être réservée aux couples hétérosexuels "normaux" enfin ! Tu sais, ces couples si normaux aux dires de Monseigneur Philippe Xavier Ignace Barbarin, archevêque de Lyon et Primat des Gaules qui a protégé les prêtres pédophiles en même temps qu'il conspuait la capacité d'hommes et de femmes respectables d'avoir des droits équivalents aux autres, ce qui leur est refusé au seul motif qu'ils ont une sexualité différente ... Bref, notre dégénérée québécoise du jour relaie ainsi ce courant traditionnaliste, finalement assez anti-féministe, qui veut nous faire admettre qu'être parent, c'est un vrai métier, qu'il devrait donner lieu à une rémunération indirecte ... et donc finalement, générer un vrai statut à part entière. La femme au foyer, c'était tellement mieux ...

Pour stupide que soit le propos de Bianca Longpré, il n'en demeure pas insultant pour celles et ceux qui n'ont pas d'enfants et même pour ceux qui ne veulent pas en avoir. Parce qu'enfin, en creux, cette nigaude nous explique que c'est être égoïste que de ne pas en avoir et c'est surtout être ingrat vis à vis de tout ce que nos parents nous ont donné en leur temps. Mais, mille fois "mais", cette folle s'est-elle demandé trente secondes si des gens n'ont pas d'enfants parce qu'ils ne le peuvent pas physiologiquement, parce qu'ils n'ont pas rencontré la bonne personne, parce que la loi le leur interdit ou parce qu'ils ont fait le choix respectable de ne pas en avoir. Quelle est cette norme sociale qui consisterait à devoir avoir des enfants pour la société dans l'optique d'un travail humanitaire faute de quoi on serait un citoyen de seconde classe qui profite des pauvres qui se sont dévoués pour en avoir ? Cette furieuse impression de retour en arrière ne fait pas seulement froid dans le dos, elle me met en colère dans la mesure où Longpré m'insulte en me traitant d'égoïste alors que moi, j'aimerais bien en avoir mais j'ai un peu de mal à me convaincre d'aller payer 20.000€ pour avoir un enfant et je n'achèterai pas mon brevet de non-égoïsme ... Cette poufiasse, engoncée dans des certitudes bourgeoises traditionnalistes, essaye sous couvert d'un ton léger de faire passer une idée qu'il faudrait une médaille parce qu'elle a mis bas quatre fois. Mais ma grosse, mes impôts comme ceux des égoïstes que tu incrimines payent aussi les services publics qui bénéficient à tes chiards si providentiels pour la société. La péréquation en place, au moins en France, est équilibrée à telle enseigne qu'il est impensable d'en rajouter sur les avantages fiscaux et sociaux des parents. D'ailleurs, l'insanité consistant à imposer d'avoir des enfants comme s'il s'agissait d'un devoir est typique du traditionnalisme chrétien et catholique. Or, ce n'est pas un devoir, c'est un choix.

Moi, je n'estime pas être égoïste parce que je n'ai pas d'enfants. J'ai la faiblesse de croire que je serais un père fantastique, même si dépassé. L'histoire nous dira si j'y parviendrai mais cette idée d'égoïsme me révulse parce qu'elle est la même qui est utilisée quand il s'agit de parler de GPA, comme si les pédés ne voulaient faire des enfants que pour eux-mêmes. D'un côté, on est égoïstes et infréquentables parce qu'abominables avec notre sexualité incompatible avec l'éducation d'enfants [comme si deux hétéros qui se tapent sur la gueule du matin au soir c'était préférable] ou alors on est égoïstes parce qu'on veut faire des enfants pour nous-mêmes [ce qui n'arrive jamais avec les hétéros bien sur ...] au point de nous expliquer que les enfants ne sont pas des poupées. C'est accablant et c'est peut-être parce que cela me touche profondément [et pas que personnellement] que cela me met hors de moi. D'ailleurs, les propos de Bianca Longpré sont crétins mais le Huffington Post l'est encore davantage en publiant ce tissu d'âneries. Mais bon, quand Anne Sinclair comprendra qu'on ne fait pas du Huffington Post un organe de presse en jouant les putes à clics avec des titres et des propos racoleurs, on ira mieux [c'est d'ailleurs pour cela que je ne leur ferai pas le plaisir de mettre le lien] ...

Tto, pas égoïste juste brimé