Resultats-regionales-Le-Front-national-en-tete-devant-la-droite-et-le-PS

- Allo Tto ? Alors t'as vu, c'est le FN ...
- Oui Maman ... et ?
- Comment ça "et ?" ??!!! Ils sont partout Tto !!!
- Oui oui, comme prévu tu sais ...
- Ah bon ... et c'est tout ce que cela te fait ?
- Tu sais ... les français sont crétins et votent n'importe comment. Pendant des années, on s'est rassuré à se dire que c'était un vote protestataire que Sarkozy a permis de faire muter en un vote d'adhésion. En fait, les français ont la bite dure, ils ont envie de coucher avec les plus aguicheurs qui leurs promettent l'amour pour pas cher pour autant que la promesse soit alléchante sans se protéger et ils vont choper le SIDA. Reconnais que ce n'est pas faute de les prévenir ... 

Depuis hier soir, j'écoute avec distance tous les commentaires. Je ne suis pas indigné, je n'en appelle pas aux sursauts et valeurs de la République tant le résultat d'hier était connu depuis longtemps. Bien sur, le résultat des urnes ne me réjouit pas et je trouve que la perspective brune qui s'annonce est assez inquiétante. Pourtant, la montée du Front National n'est pas nouvelle, n'est plus le fait du mode de scrutin et n'est pas la seule conséquence d'un personnel politique calamiteux. C'est surtout qu'en plus d'être annoncée, la place du premier parti politique du pays à l'issue du premier tour de scrutin [ce qui permet également de relativiser les choses] n'est pas franchement le seul fait politique que je retire des votes d'hier.

Alors oui ... le Front National va remporter trois régions. C'est quasiment acquis pour Marine Le Pen qui ne peut plus être rattrapée, comme sa nièce en région PACA. La direction arrogante prise par le candidat de droite ne permettra pas de faire venir suffisamment de sympathisants de gauche sur leurs noms et l'abstention en résultant dimanche prochain ne va faire qu'amplifier la dynamique frontiste. Même Florian Philippot dépasse le tiers des suffrages exprimés dans une région qui est de plus en plus tentée et rechigne de moins en moins à céder au chant des sirènes. Or PACA et Nord Pas-de-Calais [où la responsabilité de Martine Aubry est totale dans la déroute], toutes les régions seront triangularisées ... rendant évidente la tripolarisation de la vie politique que j'annonçais il y a deux ans.

Le hic dans cette tripolarisation, c'est que le Front National dispose désormais, avec 6 millions de suffrages, d'un poids significatif seul. Certes, il n'y a pas de réserves de voix avec d'éventuelles forces avec lesquelles s'allier, mais il relègue le Parti Socialiste à la place du troisième, cette place ingrate qui oblige soit à pactiser, soit à se démettre. Cependant, la Gauche n'est pas si mal en point que cela. La déroute confinant à la débâcle n'a pas eu lieu quand on envisage que le Parti Socialiste que l'on annonçait plombé par un exécutif impopulaire et un rejet pavlovien rassemble encore 24% des suffrages. Certes, c'est moins qu'il y a six ans mais cela autorise beaucoup de choses et démontre, à l'envie, que les fossoyeurs de la Gauche ne sont pas là où l'on croit qu'ils seraient. François Hollande n'est pas le croque-mort, la responsabilité du recul étant clairement à imputer à l'irresponsabilité d'Emmanuelle Cosse et son mentor Cécile Dufflot qui passent leur temps à essayer de faire des coups aux élections sans jamais parvenir à faire des scores, à l'inconséquence du Front de Gauche et autres satellites qui vomissent la politique conduite depuis 2012 en favorisant l'émergence du pire au motif que rien n'est assez social. Quand j'entendais hier soir Madame Cosse piteuse d'admettre qu'elle a joué l'absence d'unité et que cela n'a pas marché, je me dis que les 10 points de réserve qui manquent au PS auraient donné hier soir une autre lecture de la situation.

L'autre enseignement, c'est l'invalidation de la stratégie des Républicains. Sarkozy se targuait d'être la digue qui ferait échec au raz-de-marée Le Pen, c'est évidemment une nouvelle promesse non tenue. Outre le fait que la vague bleue n'a pas eu lieu et n'aura pas lieu dimanche prochain, la stratégie électorale mise en place par l'ancien président est totalement improductive à telle enseigne que la droite ne fait ni mieux ni pire que la dernière fois alors qu'elle ne cesse de clamer que le peuple français rejette l'exécutif en place. Le recours Juppé [qui sera trop abîmé par les primaires] n'est plus audible tant la petite musique d'une droitisation de la France s'instile dans les veines des idéologues. Pourtant, Sarkozy ne fait plus recette non plus, il a trop déçu et personne n'y croit plus. Cinglante gifle qui annonce une dégelée dimanche soir prochain à 20h lorsque les louvoiements de Sarkozy entraîneront tout son parti dans une impasse, celle des primaires qui seront destructrices et commenceront derechef.

A ce petit jeu, il est encore un enseignement : la question politique n'intéresse plus que la moitié du corps électoral. C'est donc la négation du suffrage universel qui m'interroge et me fait reprendre mes vieilles lubies de suffrage censitaire en la matière. Pour attaché au suffrage universel que je sois, je n'oublie pas non plus qu'un tel droit conquis dans le sang ne permet pas de s'affranchir du devoir de participer en citoyen à la vie publique. En réintégrant 25% des abstentionistes qui n'ont pas daigné se rendre aux urnes pour toutes les bonnes raisons de la lâcheté généralement admise en la matière, les équilibres changeraient. Oui mais voilà, on a un noyau dur du corps électoral qui passe son temps à dégueuler sur la vie politique sans se prononcer, sans se donner la peine de choisir au motif que "ces gens là sont trop nuls", "ils sont tous pourris" et que "de toute façon, ça ne changera rien". La désertion est telle qu'elle donne aux bataillons fanatisés du Front National un avantage que les feignants de la République regretteront un jour. Mais c'est très snob aujourd'hui d'expliquer que l'on ne veut pas se compromettre dans ces choses là, en laissant donc aux plus fous le soin de choisir et de décider. Finalement, ces grands esprits pétris d'idéaux républicains et démocratiques très subjectifs sont les ennemis d'un système qu'ils proclament chérir ... comme une épouse qu'ils trompent allègrement et sans aucun complexe en ne prenant pas la peine de se protéger des conséquences d'une telle infidélité.

Aussi, ils laissent les thuriféraires d'un nationalisme venimeux et de l'affrontement permanent engendrant la partition à la manoeuvre, comme des vierges persuadées que l'abstinence est la meilleure réponse aux maladies vénériennes [oubliant que tout le monde est faillible à raison de ses pulsions notamment sexuelles en l'occurrence]. Les petits et les modestes eux-aussi se font prendre bien profond parce qu'on leur a promis le "bonheur" [c'est Marine Le Pen qui employé ce terme hier soir], comme une revanche contre toutes ces années de disète pendant lesquelles ils ont eu les couilles pleines et qu'ils se sont persuadés que les autres jouissaient sans entraves. Les Républicains n'en peuvent plus d'hésiter à coucher avec n'importe qui dans les mêmes conditions jusqu'à un coïtus interruptus [tellement plus protecteur] ou se résoudre à l'abstinence pure et simple [quand on met la tête dans le sable, il n'y a bien souvent que la tête qui y soit]. Et la Gauche dans tout ça ? Elle alterne entre les belles déclarations de protection permanente tout en favorisant systématiquement ces racoleuses frontistes dont elles trouvent, désarmées, les arguments faciles mais redoutablement efficaces.

A quelques exceptions près, le SIDA est une maladie que l'on attrape en n'ayant pas été précautionneux au moment où il le fallait. Le Front National, c'est pareil : le laisser gagner en s'abstenant ou en votant pour lui, c'est choisir de laisser prospérer ses options qui ne sont en rien les réponses aux questions parfois légitimes qu'il pose. Le cynisme de ses leaders est à cet égard aussi répugnant que celui de celui avec lequel tu couches un soir en lui demandant si c'est bien raisonnable de le faire sans capote et qui te dit, se sachant parfaitement infecté, "Mais oui, t'inquiète ... on va bien s'éclater". Une fois que tu auras été baisé, ce sera trop tard et il n'en aura plus rien à faire de toi ... tu ne l'intéresseras plus. Tu vois, le parallèle est saisissant.

Tto, qui se protège toujours