2015 - REQUISITOIRE

Pauvre France que celle-ci d'avoir à lutter contre l'ennemi invisible qui a décidé de condamner son modèle de société. Pauvre France également que celle-ci d'avoir à s'infliger une droite qui n'a décidément rien d'autre à proposer qu'une opposition pavlovienne à François Hollande dont elle n'a jamais cessé depuis 2012 de disputer la légitimité du suffrage universel pour à présent expliquer qu'il n'est pas à la hauteur de la situation et des enjeux. Pauvre France en effet dans la mesure où que l'on soit de gauche ou de droite, on pouvait attendre bien mieux d'un parti de gouvernement qui est présidé par l'ancien Président de la République et qui aspire à revenir aux affaires ! 

Entre les tweets stupides de Gilbert Collard et les dérapages des frustrés de la République qui flirtent avec une extrême droite de moins en moins pestiférée à leurs yeux, on a eu le droit à tout depuis vendredi soir ... jusqu'aux appels à la démission de François Hollande ou les anathèmes lancés contre le "gouvernement de merde" [ce qui m'aura valu de me clasher violemment]. Mais le premier d'entre eux, Nicolas Sarkozy, s'est dévoilé sous un visage bien peu rassurant et finalement aussi inconséquent qu'effrayant.

Alors que les circonstances exigent a minima l'union nationale au regard du traumatisme causé, alors qu'il s'agit de l'attaque terroriste la plus massive perpétrée sur le sol français en général et au sein de la capitale en particulier, alors que les victimes ne sont pas encore inhumées et que le Président de la République a décrété un deuil national de trois jours, le Président de la principale force politique d'opposition y est allé de sa petite musique personnelle comme s'il était convenable et responsable de jouer une stratégie personnelle quand le pays vit des moments difficiles. Jouer égoïstement une ambition orgueilleuse alors que ses compatriotes sont en souffrance et qu'il est de tradition de se rassembler, voilà bien ce que j'appelle une infamie. La séance des questions au gouvernement d'hier a, à cet égard, été particulièrement obscène dans l'attitude électoraliste des poseurs de questions comme de celles des députés beuglant lourdement.

Réquisitoire Sarkozy

Où est l'homme d'État à la vision nationale lorsque l'on se prête à de si petits calculs ? Où est la décence ? Quid du sens des responsabilités quand, dès le samedi matin après s'être entretenu avec le Président de la République, Nicolas Sarkozy tance le Gouvernement et feint de donner des leçons qu'il n'a, lui-même, pas été fichu d'appliquer alors qu'il en avait les moyens ? Les nerfs le lâchent-ils à ce point pour oublier que lors de l'Affaire Merah, toute la classe politique républicaine avait fait front commun pour renforcer le lien national contre la barbarie ? Son aigreur est-elle si forte et obsessionnelle à l'encontre de François Hollande pour qu'il se fourvoie dans de si navrantes combines ? Déjà en janvier 2015, son comportement consistant à ne pas accepter de ne pas être au premier rang m'avait fait davantage pitié et indiquait clairement qu'il relevait de la psychanalyse ... Présentement, on ne peut éviter de se dire que Nicolas Sarkozy est gouverné par une obsession compulsive : celle de penser que celui qui l'a battu en 2012 ne mérite pas la place qui est la sienne et que, ce faisant, il usurpe sa place dans l'Histoire à raison des événements tragiques survenus depuis le début de cette année.

Suivi par Morano, Wauquiez et ses autres affidés comme valant aussi bien de porte-flingues que je suis curé, Sarkozy et les Républicains se divisent à nouveau à un moment où l'on rêverait de voir la classe politique s'investir d'un enjeu qui dépasse les clivages, derrière le premier magistrat de France en la personne de François Hollande. Hélas ... les Républicains [ou ce qui en tient lieu, à l'évidence] donnent le spectacle hallucinant d'un parti paumé, déchiré entre la solidarité nationale exprimée par Alain Juppé ou François Fillon et le délire compulsif de la ligne Sarkozy terrifiée d'être muselée par le Président de la République, dont il n'est pas illégitime qu'il assume le leadership qui est le sien par le jeu des institutions. Le fameux "Ça aurait dû être moi" que je lis dans chaque prise de position de l'ancien Président m'afflige considérablement parce qu'il est indigne et exécrable.

"Quand l'orgueil chemine devant, honte et dommage suivent de près."
Gabriel Meurier, "Trésor des sentences"

C'est odieux et abject d'envisager la dimension que ce parti donne à ces heures cruellement historiques, condamnable de voir que Nicolas Sarkozy utilise à dessein et avec toutes les arrière-pensées possibles les mots "État islamique" depuis le 14 novembre au soir pour designer les fous qui ont commis ces crimes, méprisable de voir l'acceuil réservé aux propositions du Président Hollande alors que certaines ont un intérêt évident, absurde de laisser Wauquiez proposer que les personnes recensées dans les fiches S soient parquées alors qu'elles ne savent pas qu'elles sont ainsi fichées puisqu'il est plus intéressant de les surveiller à distance ainsi pour qu'elles se dévoilent davantage. La liste pourrait être bien longue mais je veux arrêter là cet inventaire catastrophique qui me rassure au moins sur un point : en la circonstance, que cela soit François Hollande qui conduise les opérations et gère le destin de notre pays, me rassure bien davantage que si cela avait été son petit prédécesseur [et je ne parle vraiment pas que de son physique] qui, à l'instar de Rumsfeld en 2001 auprès de George W. Bush, n'est pas un faucon mais probablement un véritable.

Tto, sidéré