ami famille

C 'est à l'occasion d'une discussion morose, teintée d'un spleen qu'il lui arrive parfois d'endosser, que Zolimari s'est ému il y a quelques jours de sa déception. Celle-ci n'est pas nouvelle ni exceptionnelle mais il est vrai que le sujet de l'amitié le touche particulièrement.

En m'expliquant devoir à nouveau regretter d'avoir mis trop d'espoir dans certaines amitiés [ce qui le rend très prudent par ailleurs] qu'il pensait plus profondes, il a en fait tout mélangé et je suis arrivé à la conclusion que mon premier diagnostic était le bon le concernant, il y a des années. Lorsque je l'ai rencontré, Zolimari ne m'était pas apparu comme un garçon très entouré. Juste quelques amitiés de jeunesse qu'une scolarité commune faisait encore tenir et quelques autres très vampirisantes. C'est d'ailleurs du fait de ce caractère fusionnel qu'elles tenaient de mon point de vue ... l'histoire de ces amitiés ne m'a pas donné tort.

M'interrogeant à nouveau sur ma façon de gérer mes amis et amies, il me rétorqua que je me fâchais régulièrement avec tout le monde et que mes clashs pouvaient être aussi très définitifs. C'est vrai mais ce n'est pas le plaisir de me fâcher qui est en cause : c'est l'exigence que je place en chacun de ceux et celles que je fais accéder à une sphère privilégiée, mon amitié. Me décevoir, c'est s'exposer à être sévèrement rétrogradé voire rayé de la liste si en plus le prétendu ami a eu l'imudence d'imaginer que le rapport de force était envisageable [et je ne parle pas du fait de me prendre pour un imbécile]. Les choses sont claires : je choisis mes ami(e)s et cela procède du fait du Prince comme l'on dit en Droit administratif.

A l'inverse, Zolimari cultive une relation fusionnelle. On se voit souvent, on partage beaucoup de choses ensemble, on part même en vacances, on discute de tout et de rien, on rigole beaucoup et c'est très festif. Moi, je suis plus dans la réserve et la montée en régime est plus progressive, par paliers. C'est à raison de cette différence que je lui ai expliqué que je pense avoir une conception plus raisonnée et tempérée de l'amitié alors que lui l'envisage de façon plus adolescente.

Il n'y a pas de jugement de valeur là dedans, seulement que je ne place pas autant d'espoir dans mes amis que lui, donc que je suis moins déçu, donc que j'ai moins le sentiment de me retrouver mis de côté puisque l'enjeu était moindre. Cela s'illustre particulièrement s'agissant d'amies que nous avons en commun. Il se trouve que ces jeunes filles viennent de cesser d'être célibataires. Et Zolimari qui s'évertuait à être très présent pour elles, les sortir, les voir régulièrement, partager des voyages, envisager des projets ou que sais-je encore, se trouve un peu désemparé puisqu'elles sont moins présentes, moins en demande et surtout moins impliquées dans un dialogue avec lui [qui n'est déjà pas si fort que cela dans l'entretien d'une correspondance].

Je lui ai expliqué que les filles [ou les mecs d'ailleurs] qui vivent une histoire d'amour sont moins présents pour leurs amis, c'est une constante. Là où lui voit une distance dans le fait de ne pas répondre à ses textos aussi rapidement qu'avant, je lui ai expliqué que l'amitié répond aussi à la logique selon laquelle la quantité ne fait pas la qualité. Le dernier clash avec celui que je pensais être un profond ami en est l'illustration : cet ex-lecteur, toujours virtuel malgré des années d'échanges, complice sur plein de choses, a tourné les talons à raison de son caractère de merde et pour des raisons tellement minables que je me demande encore si cela vaut le coup de publier le billet au moyen duquel ma colère m'incite à lui rentrer dedans pour qu'il lise les 4 vérités qu'il s'obstine à ne pas entendre par lâcheté. Sauf que voilà, il est l'exemple qu'une correspondance nourrie et abondante n'était finalement pas un signe de qualité.

Zolimari m'expliqua que c'était dommage et finalement assez triste que les choses se passent ainsi et que sa chance était de m'avoir toujours à ses côtés. Ce n'est pas faux mais la comparaison ne tient pas. Ce n'est pas seulement qu'elle n'est pas raison cette comparaison, c'est aussi et surtout parce que je ne serai jamais l'ami de Zolimari. Et cela, il le sait depuis le début : j'ai été très clair avec lui. Je ne serai que son amant, son amoureux, son mari ou tout ce qu'il veut mais jamais son ami. C'est une règle : mes ex ne sont jamais restés des amis et c'est bien préférable pour elles/eux et moi.

Cette discussion m'a plongé dans un certain désarroi, le voir dans cette solitude subie alors qu'il se targue de ne pas avoir besoin d'amis et d'amies ... Je sais bien que c'est tout le contraire. Zolimari a besoin de plaire, c'est chronique. Il a surtout besoin de se sentir aimé d'amour [ça, c'est mon "job"] et d'amitié [ça, c'est le boulot de ses ami(e)s et s'il savait à quel point j'oeuvre en sous-marin pour que cela soit le cas, cela l'ennuierait probablement aussi]. D'amour ou d'amitié mais jamais les deux ensemble ... sa copine Céline Dion l'a déjà chanté d'ailleurs ...

Tto, qui joue parfois sur la confusion mais ce n'est que pour le plaisir du jeu