Cette saison qui commence aujourd'hui, le 21 décembre, est particulière à l'instar de ce mois de décembre dont elle n'embrasse que quelques jours, probablement les plus intenses. Quand certains dénoncent le mercantilisme de la préparation des fêtes, quand d'autres créent des polémiques ahurissantes sur les signes religieux d'une crèche [d'ailleurs, les vociférations de ceux qui invoquent tout et n'importe quoi jusqu'à Marine Le Pen ne valent pas mieux] ... moi, je me laisse porter par cette atmosphère particulière qui, normalement, engage à se concentrer à faire du bien autour de soi, à penser à ce que l'on pourrait offrir à ceux qui nous chers.

Tout dans la rue y pousse ... les lumières clignotent, brillent de mille couleurs, les décorations des Grands Magasins sont un appel au rêve à mesure que les automates s'épuisent à reproduire des mouvements programmés mais féeriques quand on n'a pas oublié de ranger trop loin ses yeux d'enfant. Bien sur, la pression des cadeaux peut paraître pénible mais, au final, le risque est misérable et ne consiste qu'à vouloir faire vraiment plaisir ce qui permet de remettre en perspective les choses ... Moi, j'aime cette période.

J'aime cette abondance de blanc, cette fausse neige qui recouvre tout, ces signes extérieurs du froid rejoints tous les ans par la réalité qui fait se couvrir les gens à force d'écharpes et de gants pour affronter le piquant d'un froid qui contraste furieusement avec la chaleur des intentions et des projets. J'aime cette frénésie qu'elle soit acheteuse ou simplement attentionnée, qu'elle consiste en une multitude de questions sur ce que l'on va manger, qui il y aura, comment on va faire pour tout faire en si peu de temps, quand est-ce que l'on fait le sapin ou que sais-je encore ...

Ah tiens, le sapin justement ... Depuis des années, j'ai retrouvé le plaisir d'en faire un, de le soigner de boules toutes plus jolies les unes que les autres, de l'orner de guirlandes lumineuses qui hypnotisent et donnent un charme nouveau à ce salon que je connais si bien mais qui change tous les ans parce que j'aime varier le thème de mon sapin. Tantôt noir, parfois coloré comme un arc-en-ciel, affublé de boules aux formes différentes mais toujours plaisantes comme je les aime ... Ce sapin, c'est le totem de cette période de l'année, cet étendard factice d'une page qui se tourne, un symbole qui vient d'on autre temps et que l'on aime perpétuer avec ou sans présence d'enfant parce qu'il appelle les souvenirs que chacun a pu avoir autour, plus petit. J'aime profondément cela et j'aime aussi regarder dans la rue ces sapins qui ne se trouvent pas si loin des fenêtres et qui donnent un message, qui appellent à se convertir à la fête générale de la fin d'une année bien remplie.

Il est vrai que le côté systématique de la fête m'a exaspéré naguère mais aujourd'hui, je me demande encore si cela est si grave que de l'accepter ainsi, d'en profiter un peu, de se nourrir de la présence de ceux que l'on aime et que l'on espère tout pile à ce moment là, alors que la page de l'année va se tourner. J'aime aussi cette chaleur et le contraste opéré avec ce qui se passe dehors ... J'apprécie d'autant plus cette chaleur que je sais que tout le monde n'est pas au chaud, tout le monde n'a pas cette chance d'être entouré, tout le monde ne se fera pas péter le bide de foie gras ou d'une dinde généreuse. Il faut savoir saisir les chances que la vie donne et c'est aussi pour cela que je participe à ma façon au délire gastronomique ambiant en prenant, depuis quelques années, ma part au dur labeur et en coordonnant parfois davantage, comme pour rassurer ma Môman qui ne se sent plus aussi seule qu'auparavant.

C'est ainsi que je sais que Noël approche lorsque nous discutons au début du mois de la façon de s'organiser, des envies des uns et des autres, des fulgurances qui consistent à ne pas refaire exactement ce que l'on a fait l'année d'avant. Bah oui ... se renouveler, c'est aussi le gage de fêtes agréables. C'est pourquoi j'ai décidé de me lancer dans un Saint-Honoré cette année parce que j'aime le défi et que les choux de l'année passée avaient beaucoup plu. Oh oui, nous aurons également une bûche parce que je la veux et l'exige sans quoi, ce ne serait pas non plus un repas de Noël. Pour le reste, j'attends évidemment avec impatience le plaisir de me retrouver chez mes parents, chouchouté et dorloté comme avant au cours de ce marathon. J'envisage que beaucoup font comme moi et c'est aussi ce qui me réjouit parce que j'ai la chance de vivre cela tous les ans, d'être rejoint par Zolimari qui débarque toujours en ayant trop mangé mais les bras chargés de cadeaux ... et tout se goupille bien.

Les lumières de la ville masquent aussi bien des choses et c'est pour cela que j'aime cette période parce que l'on met entre parenthèses ce qui ne va pas, cette déprime et ces états d'âme qui plombent d'ordinaire mais cette période est justement l'occasion de sortir de cet morosité et atteindre cet extra-ordinaire qui fait du bien même si les lendemains ne seront pas plus joyeux que les veilles ... qu'importe : tout ce qui est pris n'est plus à prendre. On me dit naïf ou faussement enthousiaste alors que ces fêtes sont aussi une pression parfois intolérable pour ceux qui justement ne peuvent en profiter comme il le faudrait. Comme expliqué plus haut, je ne l'ignore pas mais je ne vois pas en quoi rogner sur le plaisir qui est le mien arrangerait le sort de ceux qui triment ou sont seuls. Moi aussi j'ai vécu des Noëls difficiles, j'ai fait face à des choses qui ne ressortaient absolument pas de la fête ... et c'est à la lumière des guirlandes que je mets partout que je savoure le plaisir fugace de ce nectar enivrant.

La montée en pression des derniers jours est semblable à un orgasme que tu sens poindre ... tu sais qu'après cette ivresse n'aura plus cours, mais qu'importe, pour le plaisir de la vivre et de s'endormir le 24 au soir en se disant que le lendemain on va faire la fête, pour cela, tout vaut le coup. C'est aussi pour cela que lorsque mes parents m'ont demandé si je ne préférais pas passer Noël dans la famille de Zolimari, j'ai expliqué que non, je préférais rester avec eux et envisager les choses comme elles vont se dérouler dans quelques heures ... c'est ainsi que je me sens bien, c'est comme cela que je veux voir les boules scintiller et les paquets s'affoler dans l'effervescence d'un délire que les rabat-joies adorent gâcher. Je ne les écoute pas ... je veux être ivre de mon plaisir.

Tto, qui est déjà dedans