This week will be music

S'il y a bien une chose que je ne partage pas avec les autres gays, c'est la fascination éprouvée pour les hétéros. Le mythe du dépucelage homo d'un hétéro est quelque chose qui me passe au dessus mais alors à 3.000 pieds ! Et il y a une explication à cela que j'ai livrée jadis au moyen d'une chanson que je remets aujourd'hui dans la lumière.

Parce que oui, c'est avec "To bi or not to bi" que j'ai écrit ici la première fois où j'en étais en 2007. A l'époque, ma vie était exaltante mais affreusement compliquée parce que partagée entre deux extrêmes dont je pensais, avec la morgue de ma jeunesse, que je pouvais décider de les concilier alors qu'en fait non ... je me suis cassé la gueule comme tous ceux qui ont essayé d'apprivoiser eau et feu en même temps.

On est fascinant quand on est bisexuel. Soit on est rejeté de partout parce que considéré comme peu courageux par les gays et instable par les hétéros, soit on représente le fantasme ultime des garçons et des filles qui n'ont de cesse que de croire qu'ils parviendront à nous fixer dans un camp plutôt qu'un autre. Et les bis, on leur a demandé leur avis ? Et la chanson d'Ysa Ferrer apporte curieusement toutes les réponses avec une superbe justesse de proportion dans les mots. Parce que le bi n'est finalement pas le meilleur amant du monde parce qu'on est persuadé qu'il ne s'engagera jamais puisqu'il ne sait profondément pas ce qu'il veut ... il est le meilleur amant du monde parce qu'il a la chance d'avoir goûté à tout et d'être le seul en mesure de pouvoir arbitrer.

To Bi or Not to Bi by Ysa Ferrer on Grooveshark','hspace':null,'vspace':null,'align':null,'bgcolor':null}">

C'est une partie de moi-même, attiré par les extrêmes, par ce monde invisible où tout semble possible ...
Laisse-moi vivre ma vie, aimer qui j'ai envie, je suis comme je suis, libre de corps et d'esprit, to bi or not to bi ...
Pas besoin d'alibi, j'aimais Ken et Barbie, je me sens aussi bien avec elle qu'avec lui, to bi or not to bi ...

Oui tout est dit dans ces trois couplets. Tout est également dit s'agissant des dérives que cela induit parce qu'entre les lignes, on annonce clairement qu'il va y avoir de la casse dans la mesure où en matière de bisexualité, c'est le "moi" qui prime quitte à briser deux coeurs régulièrement. La liberté se conquiert à ce prix et, pour moi, il fut trop onéreux arrivé à un moment.

La bisexualité n'est pas seulement le MODEM de la quéquette, cet entre-deux détestable pour certains ... c'est surtout un voyage aux confins du possible, cette mise en pratique de l'âme du jouisseur. On m'a souvent dit "Toi, tu es un jouisseur" et j'ai longtemps trouvé dans cette façon de gérer ma sexualité une mise en pratique idéale permettant de concilier ce qui me plaisait chez elle et chez lui parce que oui, une relation sexuelle et sentimentale avec un garçon et avec une fille, ce sont vraiment deux histoires fondamentalement différentes : la place n'est pas la même, les interactions non plus, les sensations encore moins mais il n'y a pas quelque chose qui soit meilleur que l'autre ... comparaison ne serait pas raison. Et c'est bien là que l'on se perd, sur la comparaison.

On trouve dans les bras d'une femme quelque chose que l'on ne trouvera jamais dans les bras d'un homme, et cela dans tous les sens de la formule, en plus et en moins. On n'aura jamais les plaisirs procurés par un homme avec une femme, et inversement. L'un n'équivaut jamais à l'autre. Alors oui, les deux tableaux sont plaisants et épanouissants au plus haut point comme s'il s'agissait d'une plénitude. Mais ce Graal est un poison parce qu'à vouloir plaire à tout le monde, on perd tout le monde et surtout ceux qui nous ont en partage, ceux que l'on frustre, ceux qui sont dévoués au plaisir et que l'on ne satisfait qu'imparfaitement malgré les conventions de départ.

Ce poison, je l'ai goûté, je l'ai senti instiller mes veines, ma tête, mon sexe, mon coeur ... J'en ai ressenti toutes les terribles conséquences, j'ai compris que je n'étais pas taille et que hurler que j'avais le droit de vivre ma vie ne pouvait excuser le mal que je faisais. Aimer qui on a envie à ce point est une chimère, un privilège fugace pour lequel, comme d'autres, je ne me suis pas senti taillé parce que je ne voulais pas laisser dans le fossé autant de coeurs brisés sur l'autel de mes orgasmes. Alors oui, ce tourbillon a cessé faute de combattant, j'ai décidé de me regarder une bonne fois pour toutes dans la glace en me demandant ce qui, au fond de moi, me plaisait le plus et qui serait de nature à me rendre le plus heureux. C'est dans la douleur que cette question m'a frappé, quand Zolimari m'a demandé de choisir. Dans les secondes qui suivirent mon désespoir d'avoir à le quitter, la réponse était trouvée.

"C'est terrible les gens comme toi, parce qu'on ne peut qu'avoir peur qu'ils aillent bien avec tout le monde puisqu'ils aiment les hommes et les femmes !" m'a-t-on lancé un jour. Non ce n'est pas terrible, c'est une chance qui se paye cher, c'est un don que l'on ne pardonne pas dans un camp comme dans l'autre en dépit des attraits qu'il présente, c'est surtout éphémère parce qu'on ne peut pas plaire à tout le monde.

Tto, qui a choisi