Finalement, la France est en train de digérer la loi Taubira ouvrant le mariage à l'ensemble des couples, y compris les couples homosexuels. Ce serait formidable si les augures ne s'étaient assombries dimanche soir dernier lorsque Laurent Delahousse demanda à Nicolas Sarkozy s'il reviendrait sur cette réforme.

"... Quel que soit ce qu'on pense du fond du dossier, j'ai détesté la façon dont ça s'est passé. On a humilié la famille, on a humilié un tas de braves gens qui n'avaient jamais pensé à défiler de leur vie et qui se sont sentis blessés parce qu'on touchait à leur amour de la famille ! On les a humiliés, ils se sont radicalisés. Beau résultat pour un Président qui prétendait rassembler la France ! Vous me demandez : est-ce que vous ferez de la même façon ? Ma réponse est clairement non, je n'utiliserai pas les familles contre des homosexuels comme on a utilisé des homosexuels contre les familles. C'est une honte !"

Loin de répondre à la question [comme d'habitude], l'impétrant de droite entretient le flou pour éviter de se mettre à dos la partie la plus fondamentaliste de son électorat naturel en ayant, tout de même, la clairvoyance de se dire, malgré les rodomontades de Wauquiez [dont l'attitude confine vraiment au pédé-refoulé de base] et les divagations de NKM, qu'il y a là une réforme sur laquelle il ne sera pas possible de revenir.

La Cour de Cassation a confirmé hier la portée de la loi du 17 mai 2013 ... portée dont je t'avais parlé l'année dernière lorsque le texte fut voté. Parce que sur cette question, je ne veux pas jouer les passionarias à vapeur qui ont conspué le gouvernement lors de la dernière marche des fiertés [quelle ironie !] au motif qu'il n'avait pas expressément prévu la GPA, PMA ou autres dans le texte ... Il suffisait d'avoir un peu de bases juridiques et de savoir lire pour comprendre que le pas de géant était tel que les propos de Nicolas Sarkozy sont encore plus blessants le 21 septembre 2014. Oui, la Cour de Cassation confirme que la loi du 17 mai 2013 a pour effet de permettre l'adoption de l'enfant de l'un des deux conjoints par l'autre conjoint de même sexe. Alors certes, l'assistance médicale à la procréation est toujours réservée en France aux couples hétérosexuels touchés par l'infertilité de l'un des deux mais honnêtement ... il faut lire !!

Il faut lire la loi ! La Cour de Cassation a confirmé dans deux avis [n° G1470006 et J1470007] du lundi 22 septembre 2014 que le texte était très clair : puisque l'assistance médicale pour la procréation est permise en Droit français avec certes des critères plus restrictifs que dans d'autres pays, puisque la loi de 2013 autorise le mariage de couples de même sexe ... alors aller à l'étranger pour bénéficier d'une assistance médicale pour la procréation n'est pas une fraude à la loi sur l'assistance médicale pour la procréation [il va sans dire que pour la GPA, la question n'est pas tranchée puisqu'elle n'est pas autorisée en France].

Il résulte donc de la loi du 17 mai 2013 de permettre, par l'adoption comme pour tout couple marié, l'établissement d'un lien de filiation entre un enfant et deux personnes de même sexe, sans aucune restriction relative au mode de conception de cet enfant. Dans sa sagesse, la Cour rappelle que l'adoption est néanmoins subordonnée au respect des conditions légales de celle-ci et si cela va dans l'intérêt de l'enfant.

Ce que les excité(e)s de la dernière gay pride, avec leurs CLARINES, hurlaient comme une trahison insurmontable existait déjà mais voila, nous étions trop peu nombreux à le dire pour nous faire entendre. A présent et puisque c'est confirmé par la Cour de Cassation, peut-être que les choses vont s'apaiser au moins dans le camp de ceux qui bénéficient déjà depuis 2013 d'un nombre incroyable de droits supplémentaires promis par François Hollande, ce qu'il a fait. Entendons-nous bien, je ne parle pas en qualité de garçon qui en aime un autre et qui aimerait accueillir bientôt un enfant qui serait le nôtre et qui bénéficierait de tout l'amour que nous avons envie de lui donner pour lui offrir une vie fantastique ... non, je parle d'abord en juriste qui lit des lois votées par la représentation nationale en vertu des règles constitutionnelles qui gouvernent l'état de droit de ce pays. Oui, je suis toujours légaliste et je m'accroche à cela parce que c'est le dernier rempart contre le totalitarisme et l'arbitraire.

Que la Manif pour tous revienne m'insulter avec ses idées nauséabondes et pestilentielles, que Nicolas Sarkozy continue à induire que je serai une humiliation à la famille [lui qui cumulera toujours plus de divorces que moi] alors que légalement rien n'autorise une telle discrimination parfaitement condamnable en tant que telle, que les gays continuent parfois à jouer les fossoyeurs zélés de leur propre cause en usant d'excès tout à fait dispensables qui excitent les radicalités sans rien faire avancer, que les temps à venir ne soient finalement pas meilleurs pour ceux qui, comme moi, choisissent de vivre leur réalité en dépit des pressions d'où q'elles viennent ... je m'en fiche. Moi, je lis les textes et je crois à l'état de droit.

On peut me trouver passif et peu impliqué sur la question ? Qu'importe, j'ai la sérénité de mon analyse juridique des textes qui se trouve être encore confirmée.

Tto, futur papa

Le mot du premier logo

CLARINE : Clochette à son clair pendue au cou des animaux au pâturage dans les montagnes.