pardon main tendueOutre que cela soit inutile et vain, il est bien regrettable de me braquer. Inutile parce que je me révèle être con au delà de toutes espérances et vain parce que cela ne m'atteint plus quand je suis dans cet état d'esprit dans lequel mon regard est celui d'un tueur qui n'a plus le souci d'humanité. C'est ainsi ... il parait que c'est le propre des gens gentils et entiers qui éprouvent une blessure telle qu'ils se protègent en étant le contraire de ce qu'ils sont d'ordinaire, comme une réponse à l'agression qu'ils ressentent. Tel est mon cas.

Pourtant, passée la fureur, je reviens parce qu'au fond, je suis un garçon fidèle et empathique avec ceux que j'aime. Oui mais voila, encore faut-il que la fureur passe ... et pour cela, je fais partie des garçons pour lesquels le temps est une donnée essentielle.

Hier soir, j'ai regardé le portrait de Mireille Darc, dans la collection "Un jour, un destin" que je trouve définitivement bien faite. Outre que cette femme me fascine, ce portrait fut l'occasion de voir défiler sa vie, elle qui fait partie des meubles du cinéma français, elle que j'ai toujours connu. J'ai notamment appris le tumulte de son enfance et le comportement sidérant de son père [qui ne l'était en fait pas, d'où l'explication un peu hâtive pour certains] et plus largement de sa famille avec laquelle elle a tellement coupé les ponts qu'elle en a même effacé jsuqu'à l'état civil son nom. En fin de portrait, Laurent Delahousse [qui est mon voisin, il faut le savoir] a interrogé l'actrice et lui a demandé si elle avait pardonné à ses parents. Sa réponse fut vertigineuse. Elle a confié que bien sur et qu'elle n'attendait qu'une chose c'était de les serrer dans ses bras alors qu'on apprit dans le portrait que son père emmena Mireille Aigroz [future Darc] dans un grenier un jour pour feindre de se pendre devant elle en lui expliquant qu'elle lui avait gâché sa vie. La violence est totale et je me suis demandé si ... c'était pardonnable. Mireille Darc a apporté la réponse : oui, ça l'est ... plus de 60 ans après.

En me retournant sur ma vie, je me suis intérieurement interrogé sur ma capacité à pardonner. J'ai regardé derrière moi et je me suis rendu compte que ... moi aussi on m'a dit que je lui pourrissais la vie. Et pourtant ... après quinze ans d'un bras de fer que j'ai fini par remporter malgré les fracas et les cicatrices, j'ai pardonné à mon père nonobstant les saloperies qu'il m'infligea. Ce soir là, j'ai tendu la main parce que je me suis dit qu'il serait trop tard pour ce faire quand il serait parti. Or, j'ai la chance de l'avoir avec moi ce qui n'est pas le cas de tout le monde et que ces chances là ne se gâchent pas.
Donc oui ... malgré les pleurs, les rages, les silences infranchissables et jusqu'à une certaine forme de haine poliment affichée comme de l'indifférence [ça fait plus propre], j'ai trouvé les ressources de lui tendre la main au point que quand il s'est agi de m'appuyer sur quelqu'un alors que j'étais au comble de la ddésorientation, c'est lui que j'ai appelé, lui que je suis allé trouver alors que mon frère m'avait dit craindre sa réaction lorsqu'il apprendrait que je passais mes nuits dans les bras d'un garçon. Sa réaction et son comportement depuis sont admirables.

Vis à vis d'autres, le temps peine à faire son oeuvre. Des gens qui se sont crus pour des amis et m'ont trahi, des amies qui n'ont pas compris les signaux envoyés de ce que nous nous éloignions, des relations qui se sont comportées de façon bêtement intolérable à mes yeux ou des gens qui se sont manifesté comme assez hostiles à l'endroit de mes proches ou de moi directement ... Là, le temps parvient moins à me permettre de surpasser tout cela au point que Zolimari revient régulièrement à la charge [lui qui n'est pas si bien placé que cela pour ça, puisqu'il est pareil mais moins buté à terme] pour savoir si je me suis attendri ou non. A son grand désespoir et la plupart du temps, la situation ne varie pas. De temps en temps, je condescends à accepter un dîner quelque part où je le préviens que je serai très transparent et que je m'autoriserai à être chirurgicalement incisif [tu sais ... à la limite du désagréable sans l'être évidemment ...] mais les fils qui cassent ne se raccommodent pas parce que le passé fut glorieux. Ils ne le seront que parce que les deux en ont envie et certaines blessures me l'interdisent en sorte que le pardon est compromis.

Pourtant, jusqu'à sortir du purgatoire pour tomber au mieux dans l'oubli [oui parce que ceux qui sortent du purgatoire peuvent aussi rejoindre le bataillon de ceux qui auront à subir ma vengeance ... j'ai beaucoup de mémoire], l'espoir d'un pardon demeure possible, je me l'autorise pour me persuader d'un peu d'humanité, d'un peu de recul et de tolérance, pour éviter de penser que quand ça commence à finir c'est déjà fini ... pour un peu de souplesse.
en discutant avec moi de problèmes ou autres, il arrive souvent que je dise que le temps fait son oeuvre. Ce n'est pas qu'une figure de style, c'est une vraie conviction. Sinon ... je n'aurais pas déjà pardonné .. ce qui arrivera encore hélas ou tant mieux, c'est selon de qui l'on parle.
Alors oui ... pour le pardon, le temps est une valeur cardinale. Mais, à l'instar de Mireille Darc, il ne fait pas tout. Il suppose un peu de sagesse et de recul, ce dont je ne suis capable qu'une fois la fureur passée. Or, il arrive qu'elle soit tenace.

Tto, forgiver