La Bibliothèque rose

L'avantage [parfois cruel] d'une nouvelle saison, c'est qu'elle donne lieu à l'arrivée de nouvelles rubriques, de nouvaux rendez-vous voire même de nouvelles addictions. Et, je ne m'en cache pas, j'éprouve un malin plaisir à trouver la bonne idée qui va marquer les esprits et réunira, sur sa frèle tête de nouvelle rubrique, les doux effets précités sur toi, lecteur fidèleur.

Ainsi en est-il de LA BIBLIOTHEQUE ROSE ...
Voila un rendez-vous qui sera mensuel et qui permettra à un lecteur [au sens propre à plusieurs raisons pour le coup] de parler d'un bouquin que nous qualifierons de polisson, coquin, cochon voire franchement pornographique. On agrémentera la critique du livre et le ressenti de celui-ci par des extraits lêchés et choisis ...
Alors bon, pour y arriver, je vais rapidement avoir besoin d'un volontaire pour essuyer les plâtres mais laisse-moi un peu t'expliquer comment ça va se passer ...

D'abord, tu te portes volontaire et pour cela tu m'envoies un petit mail ici ... En retour, je t'indique le mois et la date à laquelle j'aurai besoin de ta contribution. Bon ... ensuite, il faut que l'on trouve le livre en question et pour cela, je vais te proposer de choisir : oui oui oui, au moyen de quelques indications, c'est toi qui va choisir de t'orienter vers tel ou telle ... On règle les modalités en vertu desquelles tu vas obtenir le bouquin en question et ensuite, tu n'auras plus qu'à le lire. Que tu aimes ou pas, dès qu'on s'est mis d'accord je compte sur toi ! Donc ton livre lu, il ne te restera plus qu'à rédiger ta critique le plus tôt possible et à choisir l'extrait que tu veux mettre en exergue. Bien sur, on peut échanger avant la publication, je peux t'aider à calibrer ton intervention si besoin ...

La première Bibliothèque rose aura lieu en octobre ... Comme elle est rose, tu as bien supposé que les livres coinsidérés allaient nécessairement être licencieux. Pas forcément tous hétéro ou homo, pas forcément tous modernes non plus ... l'idée de cette Bibliothèque est d'ouvrir sur un domaine que j'adore parmi les autres : celui de la litterrature mise à l'index, celle que l'on cache ... et je peux te dire, par expérience, que l'on y trouve des textes qui remuent, on y trouve des sensations particulières et on y vit des moments intenses. C'est à cela que je veux te faire participer, avec moi, avec nous !

Je n'attends plus que toi ...

En guise de hors d'oeuvre, voici un court extrait du livre "Les bienveillantes" de Jonathan Littell ...

Dans la chambre, Hanika avait réussi à boucher les fenêtres avec du carton et des bâches, et il avait trouvé quelques bougies pour l'éclairage ; mais les pièces restaient glaciales. Durant un long moment, assis sur le divan tandis qu'il faisait chauffer du thé, je me laissai occuper par une fantaisie : prétextant le froid, je l'invitais à dormir avec moi, pour la chaleur mutuelle, puis lentement, au cours de la nuit, je lui passais la main sous la tunique, embrassais ses jeunes lèvres, et fouillais dans son pantalon pour en extraire sa verge raidie. Séduire un subordonné, même consentant, voilà qui était hors de question ; mais cela faisait bien longtemps que je n'avais plus songé à de telles choses, et je ne cherchai pas à résister à la douceur de ces images. Je regardais sa nuque et je me demandais s'il avait jamais connu une fille. Il était vraiment très jeune, mais même avant son âge, au pensionnat, nous faisions déjà, entre garçons, tout ce qu'on peut faire, et les garçons plus âgés, qui devaient avoir eu l'âge que Hanika avait maintenant, savaient se trouver des filles, au village voisin, ravies d'être culbutées. Ma pensée maintenant glissait : à la place de sa frêle nuque venaient se dessiner des nuques autrement puissantes, celles d'hommes que j'avais connus ou même simplement aperçus, et je considérais ces nuques avec le regard d'une femme, comprenant soudainement avec une netteté effrayante que les hommes ne contrôlent rien, ne dominent rien, qu'ils sont tous des enfants et même des jouets, mis là pour le plaisir des femmes, un plaisir insatiable et d'autant plus souverain que les hommes croient contrôler les choses, croient dominer les femmes, alors qu'en réalité les femmes les absorbent, ruinent leur domination et dissolvent leur contrôle, pour en fin de compte prendre d'eux bien plus qu'ils ne veulent donner. Les hommes croient en toute honnêteté que les femmes sont vulnérables, et que cette vulnérabilité, il faut soit en profiter, soit la protéger, tandis que les femmes se rient, avec tolérance et amour ou bien avec mépris, de la vulnérabilité infantile et infinie des hommes, de leur fragilité, cette friabilité si proche de la perte de contrôle permanente, cet effondrement perpétuellement menaçant, cette vacuité incarnée dans une si forte chair. C'est bien pour cela, sans aucun doute, que les femmes tuent si rarement. Elles souffrent bien plus, mais elles auront toujours le dernier mot. Je buvais mon thé. Hanika avait fait mon lit avec toutes les couvertures qu'il avait pu trouver ; j'en pris deux et les lui laissai sur le divan de la première pièce, où il dormait. Je fermai la porte et me masturbai rapidement, puis m'endormit sur-le-champ, les mains et le ventre maculés de sperme.

Tto, qui nourrit de grands espoirs