le réquisitoire

On glose beaucoup depuis mardi après-midi sur les turpitudes et les mensonges de Jérôme Cahuzac. Les sympathisants de droite se gaussent avec une énergie vengeresse sur les leçons de morale des socialistes et les sympathisants de gauche ont toutes les peines du monde à expliquer ce qui ne peut plus l'être. Je fais partie de ceux qui considèrent que l'affaire Cahuzac est semblable à un tsunami sévèrement burné dont la propension est de tout balayer sur son passage. J'appartiens au groupe de ceux qui voient dans cette ténébreuse rouerie les signes avant-coureurs d'une crise politique et morale d'une ampleur assez insoupçonnée puisqu'elle se conjugue désormais à une crise sociétale et une crise économique majeure. A l'instar des ravages de ce que l'Affaire Stavisky produisit en 1934, j'essaye en vain de me convaincre que l'Affaire Cahuzac n'augure pas des heures sombres ...

Cahuzac

Et pourtant, Jérôme Cahuzac a commis l'irréparrable, il a sacrifié la confiance en la parole publique pour 600.000 € déposés sur un compte à Singapour [précédemment en Suisse]. Il a invalidé tout le crédit que l'on pouvait porter aux serments portés à grands renforts de conviction devant la représentation nationale. Pauvre Jérôme Cahuzac ... Ce réquisitoire est le vôtre et j'aurais aimé ne jamais l'écrire parce qu'il va m'obliger à envisager la trahison, les conséquence de la déflagration, le risque de la République des journalistes et le péril imminent de l'extrêmisme.

LA TRAHISON
Oui Jérôme Cahuzac, vous êtes un traître et de la pire espèce, celui qui endort sa proie avec arrogance à force de dénégations toutes plus fantasmées les unes que les autres. Traître aux idéaux que vous étiez censé défendre, traître à l'intérêt public dont vous étiez garant tant en qualité de parlementaire que ministre, traître à la Patrie en ce que vous avez menti au Président de la République, vous avez menti au Premier Ministre, vous avez menti à la représentation nationale, vous avez menti à chaque citoyen ... oui, vous avez menti au peuple français. Pour 600.000 €, voila donc que chacun de nous additionné ne vaut pas plus que cela à vos yeux. Votre haute estime de vous-même a écrasé les principes élémentaires d'une honnêteté minimale. Vous étiez en fait le pompier pyromane d'une lutte contre la fraude fiscale, en des temps d'impecuniosité de l'Etat au cours desquels elle ne peut être qu'encore moins supportable. Ce n'est plus minable, c'est encore pire. Et vous reclamez des excuses Monsieur Cahuzac ? Mais quelle outrecuidance vous pousse à envisager que, même par un instant de faiblesse, cela pourrait être même juste envisageable ? De votre fait exclusif, les mèches des barrils de poudre sont désormais allumés ... tout ça pour préserver vos commissions planquées dans des comptes à l'étranger depuis vingt ans alors que les colonnes du Palais Bourbon résonnent encore de vos "jamais" factices qui ne se révêlent être qu'autant de coups de poignards à l'endroit de notre République et de notre démocratie. Votre délinquance accompagne la déliquescence de mon pays entamée depuis plus de 30 ans ...

LA DEFLAGRATION
Parce que depuis les colliers en diamant de Giscard ou Robert Boulain suicidé, ils en ont une belle résilience les français, capables de supporter des affres d'une vie politique infatuée qui piétine allègrement et sans aucune vergogne les principes élémentaires qui cimentent une démocratie, un Etat de droit ... la République. Je comprends l'émotion de Gérard Filoche, l'un des vôtres, qui n'arrivait pas à retenir ses larmes de rage mardi sur le plateau de LCI en disant "On avait un Ministre du budget qui devait chasser la fraude fiscale et qui était un fraudeur lui même ... De qui se moque-t-on ? Je ne peux pas tolérer ça ! Il y en a assez de ce genre de complicité et de situation. C'est la misère dans ce pays et on a un chef du budget qui fraude lui même ! Vous croyez que comme membre du Parti Socialiste je peux supporter ça ? J'y suis depuis 20 ans au Parti Socialiste ... Je me bats tous les jours pour défendre les contrats des femmes, les jeunes, les CDD ...  On ne peut pas être sali par des histoires comme ça ... Il y en a assez !". Oui Jérôme Cahuzac, ce n'est pas une asimple affaire de fraude dont il s'agit, c'est bien pire. Votre fraude avérée et reconnue par vous-même est bien pire que d'un délit ou même un outrage. C'est trop ! C'est trop de voir gaspiller une expertise comme la vôtre unanimement reconnue sur l'autel de la cupidité et de l'irresponsabilité. C'est trop de voir désormais nécessaire sinon indispensable qu'il faille changer tout le gouvernement compte tenu du discrédit et de la gifle que votre outrance jette sur le sommet de notre République. C'est trop de laisser un tel boulevard à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon dont on ne peut plus réfuter les accablants constats. C'est trop de consacrer ces derniers en alternative. Et tou ça pour quoi ? Parce que vous, Jérôme Cahuzac, vous vous êtes laissé emprisonner dans la spirale du mensonge ? Mais quel cynisme !
Que reste-t-il désormais à faire pour sauver ce qui peut encore l'être ? Dissoudre l'Assemblée ? Appeller Bayrou à Matignon ? L'UMP se jette sur tout cela comme pour se convaincre qu'elle existe encore alors qu'elle est au plus bas [on rappelle à Jean-François Copé qu'il n'est pas crédible ?] et que Nicolas Sarkozy est mis en examen ... ou alors faut-il attendre que Mediapart déterre un nouveau scandale pour doper les chiffres de ses abonnements ?

LA REPUBLIQUE DES JOURNALISTES
Ah Mediapart ... soit c'était le rideau, soit la consécration. On a la réponse depuis mardi. Même Jean-Michel Aphatie l'a reconnu, Mediapart est devenu une référence. En définitive et avec tout ce que cela a d'effrayant, Mediapart est devenu le contre-pouvoir de 2013. Oui effrayant parce que les journalistes ne sont pas des procureurs, tout simplement parce qu'ils n'ont pas la légitimité pour cela [et encore moins la formation]. Autant, je redoute la République des partis, des juges ou des officines, autant je redoute également celle des journalistes qui décident de se payer tel ou tel avec toute la patisanerie que cela suppose. Mais voila Jérôme Cahuzac, contre Médiapart, vous n'avez pas été seulement défait, vous avez en outre érigé l'investigation feuilletonnante en contre-pouvoir, vous avez donné à Mediapart la vitrine qu'Edwy Plenel attendait alorts que vous saviez qu'ils avaient raison, quand bien même ils n'avaient aucune autre preuve qu'un enregistrement vocal d'une probité douteuse. Et c'est ça le plus gênant : ce n'est pas que Mediapart vous ait confondu Jérôme Cahuzac, c'est juste qu'is vous font tomber et avec vous tant d'autres chose alors qu'ils n'avaient pas de preuves, juste des indices concordants. Et l'idiotie de la situation veut que cette méthode assez discutable déontologiquement parlant soit consacrée me laisse augurer le pire parce que c'est la licence donnée à l'américanisation du journalisme ... cette fameuse pugnacité dont les anglosaxons déplorent toujours l'absence en France. Certes, Jérôme Cahuzac, on ne pourra se féliciter du fait qu'il en ressort la vérité ... C'est juste que quand Monsieur Plenel [dont les états de service au Monde ne sont pas irréprochables] annonce qu'il y a encore beaucoup de choses à apprendre sur votre affaire, je m'inquiète du caractère inquisiteur d'un tel journalisme ... je suis surpris par le feuilleton ainsi créé. Je redoute que d'autres journalistes recoupent moins leurs sources que Mediapart n'a pu le faire en la présente affaire et dégomme à tout va dans un élan populiste du "tous pourris" qui ne gage rien de bon pour la démocratie.

LE PERIL EXTREMISTE
Et c'est là le plus sournois dans vos turpitudes Jérôme Cahuzac ... Que François Hollande ait promis une République exemplaire d'accord, mais personne n'imaginait que le quinquenat serait immaculé. Je pense encore que le Président de la République est quelqu'un d'honnête et de profondément attaché à certaines valeurs d'exemplarité. Ok, on le chatouille sur certaines SCI ou mécanismes d'optimisation fiscale dont les français en géénral sont friands ... y a pas de quoi s'offusquer. Mais l'UMP ferait bien d'utiliser l'affaire Cahuzac avec précaution ... En effet, Jérôme Cahuzac, vous avez rouvert le chaudron populiste du "tous pourris" dont se repait Len Pen et consorts depuis bientôt 40 ans et l'UMP serait bien inspîrée de ne pas trop agiter ce cocotier toxique sauf à en subir les conséquences parce qu'en matière de probité et d'exemplarité, les mandats Chirac et Sarkozy ont quand même été un sacré festival. Dès lors, les extrêmes ont beau jeu de se présenter comme une alternative. Et c'est là que la toxicité de vos agissements est la plus condamnable Jérôme Cahuzac ! Vous appartenez à un camp qui s'est fait élire en partie sur le contraste des agissements passés, sur le changement pour, au final, faire quelque chose de tout aussi navrant, condamnable et sidérant. Marine Le Pen n'a pas besoin de dire grand chose : elle déroule ... Jean-Luc Mélenchon peut vous traiter de "salaud", qui viendra lui dire que c'est exagéré ? Parce que vous symbolisez le "tous purris", que l'on peut vous traiter de "salopard", vous avez ouvert les vannes de cette boue populiste, nauséabonde de laquelle il ne ressortira rien d'autre que de la division, du corporatisme, de l'individualisme alors que le pays a besoin de tout le contraire. A une époque où des crétins défilent pour expliquer que leur voisin homosexuel est une erreur de la nature, voila qui rajoute encore un peu plus de vinaigre sur les plaies ouvertes d'une crise sociale, morale, économique et politique qui n'en avait pas besoin. Voila qui mène gentiment mais surement le pays vers une radicalité suicidaire.

La seule parole censée que vous avez prononcée Jérôme Cahuzac au début de cette affaire, cela aura été de considérer que cette affaire fera un mort et que vous espériez alors que cela ne serait pas vous. Finalement, vous avez été exaucé. Certes, vous prenez une dérouillée bien méritée depuis mardi, la curée traditionnelle. Mais au final, ni Mediapart ni vous n'êtes ni ne serez morts. Au final, la seule victime de tout cela, c'est la République sur laquelle vous avez essuyez lamentablement vos chaussures cirées mais sales de nanti irresponsable persuadé de son impunité au point de pouvoir proférer d'énormes mensonges, la République amochée de vos manoeuvres, la République utilisée et bafouée, la République déshonorée et trahie par quelqu'un qui était censé la servir. Je ne veux pas de vos excuses Jérôme Cahuzac, je n'exige que votre silence éternel parce que s'il est établi que vous avez eu un compte, maintenant on peut dire que tous les français ont le leur.

Tto, accablé