le réquisitoire"Si la loi est votée, les maires seront tenus de l'appliquer. Mais je tiens au principe de liberté de conscience. Des possibilités de délégations existent déjà dans les communes. Elles pourront être élargies." ... Ainsi donc, le Président de la République a mis le feu aux poudres en quatre malheureuses phrases aussi navrantes que témoignant d'un impossible consensus sur une question de société qui divise et fait se déverser un torrent de boue aussi salissant qu'abject. Fallait-il, dès lors, que François Hollande s'inquiéta des milliers de manifestants qui hurlent leur haine [se faire traiter de malade ou d'anormalité ... quel plaisir], vocifèrent des inepties anthropologiques, comparent l'incomparable [on en parle du parallèle avec les nazis ?] ?

Le problème est finalement celui-là ... L'idée est bonne mais la mise en oeuvre est catastrophique. Je m'étais préparé à entendre des horreurs, à lire des monstruosités, à me faire traîner dans la boue par les grands intellectuels dont notre pays peut se "féliciter" d'abriter [ceux qui jouent les pères la vertu en en appelant au choc de civilisation, en jouant des anathèmes les plus médiévaux, en essayant de prendre leur revanche ... pris dans un tourbillon stupéfiant de délires leur faisant raconter n'importe quoi et tout mélanger] et qui lui rende bien mal tant ce qu'ils profèrent est nauséabond, pestilentiel et dégueulasse. Le débat public est devenu une vaste foire de cassage de pédés avec tout ce qu'il était permis de redouter l'accompagnant. Je ne crie pas souvent à l'homophobie mais force est de constater que les rapprochements avec la zoophilie, la fin d'une civilisation, la pédophilie, la ruine des équilibres psychiques des plus jeunes ou que sais-je encore sont étourdissants et vertigineux au point que j'en appelle à une stérilisation d'office de celles et ceux qui se permettent de me traiter d'animal, de renégat ou de malade au motif que j'aime embrasser un garçon, j'aime nous faire plaisir avec nos propres organes sexuels mâles et surtout que j'aime un homme, le mien.

Or donc, le candidat Hollande avait promis de faire voter le mariage pour tous aux termes de l'engagement n°31 des soixante sur la base desquels il s'est fait élire. C'est plutôt bien parti puisque le projet de loi a été rédigé, qu'il semble recueillir l'aval technique de nombreux juristes sans être une usine à gaz destinée à refondre le Code Civil et ... depuis, le débat s'enfièvre. L'Eglise sort de sa réserve, en appelle à des principes moraux qui font douter que l'on soit dans un état laïc, Christine Boutin [qui n'a pas oublié de se marier avec son cousin !!!] vient me/nous donner des leçons et réclame même un référendum [lequel serait inconstitutionnel ... si tant est que la mère Boutin fasse l'effort de lâcher sa Bible et qu'elle se documente un peu pour éviter de parler de sujets qu'elle ne maîtrise pas]. tout le monde s'échauffe, les Civitas se rendent coupables d'injures fondées sur la discrimination à raison d'un comportement sexuel mais, sans vergogne, entendent déposer plainte contre les Femen ! On croît rêver ... Et donc mardi, François Hollande ouvre la boite de Pandore de la liberté de conscience ...

Outre le fait qu'à l'instar du droit opposable au logement cela ne veuille pas dire grand chose juridiquement parlant, la liberté de conscience telle qu'exprimée par le Président de la République a de quoi inquiéter voire faire redouter une profonde instabilité juridique pour ne pas évoquer l'inégalité à raison de la conscience. Ainsi donc, au nom de la liberté de conscience, le premier magistrat de ce pays trouverait logique que l'on puisse s'affranchir de l'application d'une loi votée au nom du peuple français par la représentation nationale dans les formes constitutionnelles qui lui sont attachées. Ainsi, au nom de la liberté de conscience, un maire [premier magistrat de sa commune avec toute l'exemplarité et la représentativité que cela suppose ...] pourrait décider que sa conscience lui interdit de marier deux personnes d'une confession différente de la sienne, lui interdit de scolariser des enfants roux sur sa commune, lui interdit de célébrer une commémoration du 8 mai 1945, lui interdit de remettre une médaille du travail à des travailleurs qui ne soient pas fonctionnaires ... que sais-je encore ! Alors là, forcément, c'est un peu plus choquant ... Précisément, c'est tout l'objet du mini-site que je t'invite à aller voir ici et dont j'ai extrait ces quelques images ...

Ca vous choque 1 Ca vous choque 2 Ca vous choque 3 Ca vous choque 4 Ca vous choque 5 Ca vous choque 6 Ca vous choque 7

L'exercice est intéressant tu ne trouves pas ? Juste en remplaçant, dans leur exacte libellé les mots "homosexuels" ou "pédés" par d'autres stigmatisant certaines populations discriminées, d'un seul coup la phrase du haut devient insupportable. Et pourtant, elle fut bien prononcée à l'endroit de personnes comme moi, homosexuelles qui n'ont pas demandé autre chose qu'une égalité de traitement et le respect d'une promesse de campagne qui n'a que trop tardé. Que l'on soit pour ou contre le mariage, le problème n'est pas là : ce débat fait resurgir l'homophobie latente et prégnante au sein de la société qui fantasme n'importe quoi et n'importe comment sur la base de modèles sociétaux et familiaux totalement décalés au motif que leur remise en cause pourrait faire imploser le pays [rien que ça] voire provoquer la fin de la civilisation [au moins ...] comme ce vieux gâteau réactionnaire de Serge Dassault s'est amusé à le dire e rien que pour cela, le Sénat devrait engager contre lui des poursuites visant à le déchoir de son mandat puisqu'il ne semble manifestement plus en état mental de remplir sa fonction parlementaire.

Depuis ... François Hollande a retiré les mots qui fâchent et fait savoir qu'il fallait peut-être arrêter de dire qu'on n'avait pas compris ce qu'il avait effectivement dit. C'est tout à son honneur de rvenir là dessus et cela démontre bien que l'on ne s'était pas trompés. Je suis un légaliste : en conscience, je ne comprends pas que je ne puisse pas me marier et pourtant, comme la loi me l'interdit aujourd'hui encore, je respecte la norme. Dès lors, quand il en sera différemment, pas question que là la conscience ait le droit de citer comme c'est le cas aujourd'hui pour moi.
Cet épisode démontre qu'il me tarde vraiment que l'on aboutisse, que l'on en finisse et que cette loi soit votée afin que les anti-mariages cessent leur vacarme et leurs leçons de morale [tu as vu que l'avocate des chrétiens homophobiques américains est tombée pour pédopornographie ... étonnant non ?]. Cette loi ne changera rien et aidera certainement ceux qui se sentent rejetés ou s'assument mal à se dire que non, finalement, ils ne sont pas si différents que cela puisque la République accepte de célébrer leur union, comme les autres. J'étais trop jeune en 1982 pour envisager avec toutes ses conséquences le fait que soit encore une infraction pénale le fait de coucher avec une personne de même sexe encore mineure mais ayant plus de 15 ans, trop jeune pour considérer comme normal que ce soit un délit comme l'avait décidé le régime de Vichy ... Pour permettre à la loi du 4 août 1982 de mettre fin à cela, Robert Badinter [le même qui fit en sorte que la peine de mort soit abolie] présenta son projet de loi de la façon suivante, avec des mots qui sont d'une criante actualité :

L’Assemblée sait quel type de société, toujours marquée par l’arbitraire, l’intolérance, le fanatisme ou le racisme a constamment pratiqué la chasse à l’homosexualité. Cette discrimination et cette répression sont incompatibles avec les principes d’un grand pays de liberté comme le nôtre. Il n’est que temps de prendre conscience de tout ce que la France doit aux homosexuels comme à tous ses autres citoyens dans tant de domaines.  

La discrimination, la flétrissure qu’implique à leur égard l’existence d’une infraction particulière d’homosexualité les atteint - nous atteint tous - à travers une loi qui exprime l’idéologie, la pesanteur d'une époque odieuse de notre histoire. Le moment est venu, pour l’Assemblée, d’en finir avec ces discriminations comme avec toutes les autres qui subsistent encore dans notre société, car elles sont indignes de la France.

Je ne saurais dire mieux ...

Tto, en conscience