tto & ZolimariIl y a quelques jours, pensif et absorbé, j'ai été interrompu dans mon transport amoureux par une question de celui qui m'évoquait ces pensées ...

"Dis .. tu penses à quoi ???" me lances-tu avec le ton du petit garçon qui pose la question dont il se réjouit qu'elle appelle une réponse peu aisée comme tu sais si bien faire. Effectivement, la réponse promettait de l'être, cachottier que je suis et perdu dans des circonvolutions m'obligeant à trouver une idée géniale tant le sujet mérite qu'elle le fut. C'est alors que je t'ai répondu :

"Je cherche comment dire ce que je veux exprimer, mais de façon différente tout en remplissant l'office que j'ai assigné à cette démarche." Je le reconnais, la phrase était sibylline pour ne pas dire absconse et forcément, tes sourcils ont froncé et tu m'as demandé des éclaircissements auxquels j'ai répondu de la manière suivante : "Pour le 30, je cherche une façon différente de t'écrire, puisque c'est le seul jour de l'année où je n'écris que pour toi, je ne parle qu'à toi."
Alors, tu t'es empourpré et, à ton tour, tu as plongé dans des songes profonds, presque graves.

Il était plus de 04:30 cette nuit là lorsque j'ai refermé ta porte après t'avoir embrassé une dernière fois, chose que je faisais rarement dans de telles circonstances : je ne suis pas un garçon qui embrasse à la légère, tu le sais bien. En redescendant les marches des deux étages qui menaient à ton studio versaillais, j'ai beaucoup pensé à ce qui venait de se passer. Je ne pensais pas seulement au fait que j'étais ravi d'avoir fait ta connaissance, ravi d'avoir consommé ton corps qui décidément me plaisait beaucoup, ravi d'avoir pénétré un univers riche et attirant. L'entrebaillement de la porte d'entrée qui m'avait privé de ton sourire de garçon planant de bonheur avait sonné le début pour moi d'une sorte de bilan de cette rencontre qui, pour une fois, s'était faite très vite pour des raisons déjà évoquées et que tu connais probablement mieux que moi.

Malgré l'heure tardive et le fait qu'une nouvelle journée de travail commençait dans moins de 3 heures, j'ai réfléchi à tout cela et je suis rapidement arrivé à la conclusion qui s'imposait : cette rencontre était tout sauf un vulgaire plan, elle était bien plus et contrairement à ce dont j'essayais de me persuader pour éviter d'hurler de joie mon bonheur, elle n'était pas anodine. Ce garçon de 27 ans avait, sans le savoir, sans le vouloir forcément malgré son extrême habileté et sa dextérité à plusieurs égards envoûtante, réussi à me toucher ... moi le colosse de marbre qui refusait de trouver dans ces rencontres occasionnelles où je jouais le rôle du garçon de passage la moindre accroche qui pouvait devenir finalement une faiblesse. Touché, coulé ...

En remontant dans ma voiture, je me souviens avoir pris le temps de démarrer et avoir soupiré "Bah dis donc ..." comme si j'étais devenu un Everest d'expectative. Faisant le chemin inverse qui m'avait conduit chez toi sept heures plus tôt, j'ai alors reçu ton texto me remerciant d'être venu te rencontrer et appelant de tes voeux un nouveau rendez-vous rapide. Nous étions mercredi, j'avais refusé ton invitation à déjeuner par laquelle tu me proposais de venir me voir au travail, j'avais déjà un autre engagement avec Michel Drucker. Ah Michel Drucker, cette collègue devenue une amie à toi aussi depuis, avait deviné au cours de notre réunion de la matinée que j'étais dans un état autre que celui d'un mec vaseux dont la nuit avait été courte. Évidemment, je n'avais pas répondu aux perches qu'elle me tendait, trop préoccupé à comprendre ce qui se passait, trop obsédé à ne pas redescendre de mon nuage.

Ah ... ce qu'il s'est passé ce soir là, cette nuit là, c'est que j'ai eu la chance de ressentir ce que l'on appréhende toujours mal lorsque cela arrive. Pour paraphraser Diane Dufresne que tu connais forcément, ce soir là, j'ai rencontré ... l'homme de ma vie.
Si tu as passé cette soirée à me dire que je te déstabilisais en rigolant gêné avec tes yeux pétillants me suppliant aussi t'offrir ce que tu attendais, je me suis longtemps demandé comment tu avais fait pour me faire comprendre que ta vie avait besoin de la mienne et que ma vie avait besoin de ta vie.

Il y a cinq ans jour pour jour, j'ai ressenti cette évidence qui t'a chaviré comme moi et, tout naufragé consentant que j'ai été, j'ai fait le pari de n'écouter que ce que je ressentais au fond de mon coeur. Comme toi ...
Depuis, nous écrivons chaque jour davantage et chaque jour de mieux en mieux, à deux, les demains de notre bonheur commun : celui de deux garçons qui pourraient bien avoir trouvé celui qu'ils attendaient.

Ton mari