Journ_e_mondiale_de_lutte_contre_l_homophobieJe ne m'associe pas souvent à des causes mondiales, des journées internationales, des téléthons larmoyants ou des band-aids plus ou moins intéressés ... Pourtant, début avril, j'ai reçu un petit mail qui m'invitait à réfléchir à la possibilité de souligner cette journée le jour dit et de m'associer au discours ambiant consistant à (re)mettre en lumière le problème considéré puisque c'est nécessaire ...

Bah oui c'est nécessaire puisque tu sais bien que le mois dernier, Facebook a censuré unilatéralement et avec une sauvagerie que l'on ne doit qu'aux réflexes bêtes et méchants une photo ... celle de deux mecs qui s'embrassaient. C'est obscène quand même deux mecs qui se roulent une galoche ...
En 2011, c'est aussi ça l'homophobie et c'est finalement toute honte bue que le plus fameux réseau social mondial est revenu péniblement [et après plusieurs jours] sur sa position intenable en expliquant qu'il s'agissait d'une "erreur" et qu'il convenait d'accepter les excuses de Facebook pour "le dérangement". On croit rêver ... La photo le méritait-elle ? Je te laisse juger ...

censure_facebook

C'était vraiment indispensable, isn't it ? Tu vois, c'est ça l'homophobie ambiante ... C'est ça qui empêche à des mecs de se dire que tenir leur copain par la main dans la rue pourra éventuellement leur attirer des soucis, des regards haineux et réprobateurs. Et oui ... l'homophobie, c'est ce qui interdit qu'on m'embrasse dans la rue, qu'on m'enlasse publiquement à l'instar de ce qui se passerait si j'étais avec une femme ... L'homophobie, c'est ça et c'est aussi pour cela qu'il faut être en lutte.

Laisse-moi te raconter une histoire personnelle ...

Il y a deux ans, Zolimari et moi cherchions notre appartement. Discret comme à l'accoutumée, ça a été compliqué pour lui de s'exposer un peu ... rien que pour visiter à deux et que l'on se projette dans le futur ... à deux devant un tiers. Un jour, j'appelle une agence pour prendre rendez-vous ...
- Bonjour ... je vous appelle au sujet de l'annonce ...
- Ah oui ... vous voulez le visiter ?
- Absolument ! On peut le visiter rapidement ?
- Vous achetez à deux ?
- Oui ...
- Bah écoutez, samedi prochain si vous voulez ...
- Nickel ... Je vous laisse mes coordonnées ...
[Je lui laisse mon numéro de téléphone et mon nom]
- Et vous viendrez avec Madame Tto ?
- Non ...
- Bah, vous venez tout seul ?
- Non plus ... je viens de vous dire qu'on venait à deux.
- Donc avec Madame ...
- Non, avec mon ami [il est vrai qu'au téléphone "ami" et "amie", ça s'entend tout pareil]
- Oui donc avec elle ...
- Non, avec lui.
[Zolimari était rouge magenta et me suppliait de raccrocher tellement il n'en pouvait plus, tellement honteux ... ce qui évidemment m'a encore plus remonté]
- Avec lui ...
- Oui Madame ... Je vis avec un garçon ... et j'ambitionne d'acheter avec lui
- Ah ...
- "Ah" quoi ? Cela pose un problème ?
- Euh non j'imagine ...
- Si cela devait en poser un, vous voudrez bien me passer immédiatement votre supérieur ... Nous sommes bien d'accord ?
- Oui oui ...
Nous ne sommes jamais allés visiter cet appartement parce que Zolimari ne voulait pas avoir à faire affaire avec cette dame dont les certitudes versaillaises avaient été si fondamentalement ébranlées.

Certes, cela ne vaut pas la fameuse déclaration d'un cadre dirigeant d'une grande signature de la place de Paris qui, au cours d'une réunion à laquelle j'assistais a déclaré au cours d'une pause "De toute façon, les pédés ce sont quand même des sous-hommes, que veux-tu que j'te dise" en accompagnant une telle horreur d'un rire gras et satisfait ... Le "Oh quand même" qui lui fut rétorqué mit fin à cette discussion nauséabonde et abjecte [surtout lorsqu'on sait ce que l'on sait des fréquentations de l'auteur de l'injure considérée ... qu'il n'était pas difficile de réperer sur rezog, citegay ou autres gaymec] ... Je suis revenu avec l'auteur du "Oh quand même" sur ce que j'avais entendu. Je lui ai rappelé que de tels propos étaient passibles de poursuites pénales dont on n'aurait pas trop de mal à provoquer le déclenchement. On m'a fait comprendre que cela ne se reproduirait pas et que les mots avaient dépassé sa pensée ... J'ai alors répondu que si tous les pédés étaient des sous-hommes, j'attendais avec impatience de voir ce qu'un hétéro pur sucre pouvait faire de mieux que Tchakowski, Michel-Ange, Shakespeare, Verlaine, Colette, le tsar Pierre Le Grand, Goethe, Voltaire  ou encore ... Léonard de Vinci.

Que les plus homophobes du moment soient ceux qui réclament que le racisme anti ceci ou cela cesse me laisse aussi assez songeur ... Je me souviens d'une discussion nocturne avec un jeune homme qui habitait dans une cité et qui m'avait expliqué l'enfer qu'il vivait, sa seule façon de vivre sa sexualité étant d'être plus clandestin qu'un resistant en 1943 quand il allait rencontrer quelqu'un dans sa cave. Paradoxal de reclamer plus de tolérance et d'être le bourreau de ceux que l'on considère si inférieurs ...

Je n'ai de leçon à donner à personne ... N'empêche que si j'ai un message à faire passer pile aujourd'hui, c'est que j'en ai marre que Zolimari me dise qu'il ne veut pas me donner la main dehors parce qu'il a peur de réactions homophobes dont je sais bien qu'elles existent encore et pour longtemps. Je le comprends mais la crétinerie ambiante [et les frustrations des coincés qui croient leurrer tout le monde en balançant du "sale pédé" ou du "grosse pédale"] me mine parfois.

Tto, ecce homo