R_POLANSKISi tu es comme moi, tu en entends des conneries grosses comme des culottes de cheval de Cindy Sander depuis dimanche, depuis que le cinéaste Polanski s’est bêtement fait arrêter à Zurich.

Bien informé de l’affaire ou pas, il y a quand même quelque chose d‘assez hallucinant dans cette affaire.

Déjà, on sait tous que les Stazini courraient après Roman Polanski et c’est bien pour cela que la nationalité française lui a été (généreusement) octroyée, le mettant ainsi à l’abri d’une extradition du fait du fameux viol pour lequel il a été condamné … Je ne vais pas refaire la littérature à ce sujet, ce n’est pas le lieu.

En revanche, il est des postures qui m’agacent et notamment celle du petit milieu culturel en général et celui du cinéma en particulier à l’occasion de cette affaire. Ainsi que n’entend-on pas depuis quelques jours … que ne lit-on pas non plus qui laisse dubitatif voire interdit tellement on frise le gros n’importe quoi le plus accablant.

En effet, quand j’entends lundi matin Costa-Gavras nous expliquer que ce que l’on reproche à Polanski est presque excusable parce que c’est Hollywood, presque excusable parce que la victime ne faisait pas ses 13 ans, presque excusable parce que Polanski serait un énorme cinéaste ayant glané nombre de récompenses de la profession qui se distribue elle-même ses propres médailles … Bref, on scande le droit à l’amnistie artistique … Médusé, je me dois de te rappeler quelques petites choses …

- Roman Polanski a eu droit à un procès qu’il a fui, certainement de crainte d’avoir à séjourner quelques années en prison. Il pouvait se prévaloir d’un double degré de juridiction lui permettant de faire appel, pour autant qu’il accepte de se soumettre à ses juges comme n’importe quel justiciable.
- Roman Polanski a choisi d’être, aux yeux de la Justice américaine, un fugitif avec toutes conséquences en découlant comme n’importe quel justiciable.
- Roman Polanski ne peut se prévaloir d’aucune prescription comme n’importe quel justiciable.
- Roman Polanski a joué avec la sanction, a trouvé un accord pour parvenir que sa victime retire sa plainte contre lui [ce qui a été refusé par la Justice américaine]. Finalement, la Justice américaine vient rappeler à ceux qui la fuit qu’elle les rattrapera un jour, elle est patiente … comme la Justice française.

Le nœud du problème est pour moi dans l’idée que Roman Polanski serait au dessus des lois parce que Libé, Frédéric Mitterrand et quelques allumés du 7ème art le décréterait au nom d’une carrière qui n’a jamais été l’équivalent de la carte « Vous êtes libéré de prison » au Monopoly. Et puis quoi encore …

Donc, quand tel ou tel artiste tripote des petits garçons ce serait répréhensible (encore que l’on a bien fermé les yeux pour certains … suivez mon regard) mais parce que c’est Roman Polanski, alors là … il faudrait aménager le système pénal international parce que Monsieur a décroché des Oscar, des César et quelques autres breloques consanguines ? Et si Emile Louis avait été un peintre exposé au Grand Palais, il aurait fallu fermer les yeux ? Et si Marc Dutroux avait été chanteur d’opéra aussi ?

Les faits sont têtus : Roman Polanski a reconnu avoir violé une adolescente mineure. En conséquence, il est coupable de deux crimes : le viol et avoir eu au moins une relation sexuelle avec une mineure, laquelle de surcroit était mineure sexuellement.
N’importe qui doit répondre des conséquences de ses actes, fut-il le plus grand génie que la Terre ait enfanté, tout simplement parce que le talent n’est pas un élément exonératoire de responsabilité pénale. Le talent ne confère aucune immunité.

Aussi, quand je lis l’effroyable pétition publiée hier … mon sang ne fait qu’un tour et dans mes légendaires parenthèses, je m’énerve … forcément.

"Nous avons appris avec stupéfaction l’arrestation par la police suisse de Roman Polanski à son arrivée samedi 26 septembre 2009 à Zürich (Suisse), alors que celui-ci se rendait à un Festival de cinéma qui devait lui décerner un prix pour l’ensemble de sa carrière.[parce que s’il était allé acheter une baguette de pain cela n’eut pas été grave ?]

Cette arrestation fait suite à [« suite à », ce n’est pas du beau français, m’enfin passons, je ne vais pas radote sur le style, on n’en est plus là] un mandat d’arrêt américain prononcé contre le cinéaste en 1978 [et alors ?], dans une affaire de mœurs [oui sauf que les mots ont une importance : l’affaire de mœurs en question est une affaire mettant en cause un comportement pédophile de l’intéressé.]

Les cinéastes et auteurs français, européens, américains et du monde entier [l’unanimité proclamée n’est heureusement pas réelle], tiennent à affirmer leur consternation [on se demande bien pourquoi et surtout pourquoi on ne les entendait pas les parangons de vertus lorsqu’en 2007 Jean-Claude Brisseau a été entendu dans une affaire relative à 2 viols]. Il leur semble inadmissible qu'une manifestation culturelle internationale, rendant hommage à l'un des plus grands cinéastes contemporains, puisse être transformée en traquenard policier [on en conclura donc que dorénavant un festival cinématographique est une citadelle encore plus imprenable qu’une église pour sans-papiers. Quelle impudence …].

Forts de leur extraterritorialité [c’est nouveau ça … un festival est assimilable à une ambassade voire provoque l’internationalisation de la ville dans laquelle ils se déroulent … Ca fera plaisir aux berlinois, aux cannois, aux vénitiens, etc], les festivals de cinéma du monde entier ont toujours permis aux œuvres d'être montrées et de circuler [je ne vois pas ce qui empêche de le faire, présentement] et aux cinéastes de les présenter librement et en toute sécurité [donc, il n’y a plus qu’à présenter un film pour jouir d’une immunité pénale internationale sous prétexte que l’on a tourné un film … déroutant de débilité mais il fallait donner le tuyau à certains criminels de guerre ou autres traqués par Interpol], même quand certains États voulaient s'y opposer [on ne saisit pas bien là, mais évidemment l’artiste est bâillonné par l’odieuse puissance des états fascistes qui veulent les contraindre au silence].

L'arrestation de Roman Polanski dans un pays neutre [très neutre en effet, surtout durant la Seconde Guerre Mondiale] où il circulait et croyait pouvoir circuler librement jusqu’à ce jour [il a été bigrement mal conseillé ou imprudent … tant pis pour lui], est une atteinte à cette tradition : elle ouvre la porte à des dérives dont nul aujourd'hui ne peut prévoir les effets.

Roman Polanski est un citoyen français [et alors ?], un artiste de renommée internationale [en quoi cela le place-t-il au dessus des lois et de la responsabilité de ses propres actes ?], désormais menacé d’être extradé. Cette extradition, si elle intervenait, serait lourde de conséquences [ah bon ?] et priverait le cinéaste de sa liberté [ce qui est effectivement terrible quand on imagine qu’il n’a fait que violer une adolescente de 13 ans … c’est à la limite de l’impensable tellement c’est ignoble].

Les cinéastes, acteurs, producteurs et techniciens, tous ceux qui font le cinéma du monde [Dieu merci, non, pas tous], tiennent à lui manifester leur amitié et leur soutien [cela n’engage qu’eux et cela ne les grandit pas]. "

Ce qui m’ennuie, c’est que celui qui n’est pas soutenu par autant de « leaders d’opinion » comme les personnages douteux qui osent signer ce texte, lui, tout le monde s’en fout et pourra crever dans un quartier pénitentiaire en se faisant violer dans une cellule sordide alors que … si ça se trouve, il n’aura rien fait.

La prétention du petit milieu cinématographique est abjecte, débectante et témoigne de l’infatuosité purulente que je lui connaissais déjà.

On se fout du monde et cela m’énerve. D'autant que lundi soir, sur RTL, Polanski ose venir nous expliquer son desarroi parce qu'il ne comprend pas pourquoi il devrait être puni pour ce penchant. J'en connais qui pourraient lui expliquer ...

Tto, remonté comme une pendule mais qui persiste à trouver que "Chinatown" est un bon film