Tous les matins, c'est à ce moment là que sonne mon départ définitif du pays des rêves ...

Le rituel est souvent le même ... Je dors assez peu vêtu [voire, pas du tout en fait !!!] donc, sitôt le pied par terre, je m'y dirige. Tout obstacle, qui entraverait la longue et pénible procession dont s'agit, serait vain et risquerait de provoquer le grommellement du garçon endolori que je suis, au sortir de son lit douillet ... encore pétri du moelleux de son monde imaginaire ... offert à toute carresse matinale pourvu qu'elle soit sous la couette et qu'elle coïncide avec la chaleur qui y règne. Bref ... si Félicie devait vouloir s'opposer, je la shooterais avec autant de considération que le tee-shirt qui jonche le sol ... celui que j'ai enlevé négligemment la veille [oui, je sais ... sans avoir pris la peine de le mettre dans le truc à linge sale]. J'suis comme ça.

Comme je suis déjà tout nu, pas difficile donc d'arriver dans la baignoire. J'allume la douche, j'attends de trop longs instants que l'eau daigne atteindre une température digne de ce nom, propre à s'étaler sur mon épiderme voluptueux [eh ouais... j'ai la peau douce, moi !!! Une vraie peau de bébé ...]. Ah ça y est ... je peux y aller, c'est chaud sans être brûlant non plus sinon je vais être cramé au 45ème degré et ressortir comme une écrevisse. Je m'installe, je coince la pomme de douche entre mes jambes le temps d'aviser le gel douche et de vérifier que le shampooing n'est pas loin. Et hop ... c'est parti !!

Je m'asperge, je dégouline, je m'ensevelis ... La déferlante est totalement déraisonnable mais j'aime. Je fais le vide, mes mains parcourent mon corps, s'attardent sur des endroits piaffant d'impatience à l'idée d'être cajolés par mes doigts experts quand il s'agit de me faire plaisir. Le bambou magique n'est pas en reste ... et je vogue pendant de longues minutes, je musarde dans les méandres de mon esprit embrumé. Le savonnage est doux, parfois énergique des lors qu'il faut l'être ... le shampooinage est quotidien et me donne l'occasion d'un arrosage total ... quel bonheur d'avoir la tête sous l'eau, de n'entendre que le bruit de l'eau qui tombe, de s'isoler ainsi.

Et pendant ce temps, mon esprit divague. Je quitte le monde onirique de Morphée pour rejoindre celui de ma groovy-life, en vrai. Alors, la dizaine de minutes [oui, je sais ... une vraie gonzesse ...] consacrée à mon hydrothérapie matinale me fait prendre des autoroutes connues :
- sexuelles, à la faveur de ce déluge de sens, de ces doigts qui se sont emparés de mon body, de cette excitation matinale qui ne se dément pas et aussi du fait que l'eau m'électrise souvent ...
- professionnelles, parce qu'à la manière d'un électrochoc ... j'envisage tout ce qui m'attend dans la journée ... ou alors, parce que sous la douche, il me vient d'un coup l'idée de me sortir d'une impasse comme ci ou comme ça, de tourner un mail de telle ou telle façon, de poser les bases d'une discussion, d'ériger [hum ...] diverses stratégies ...
- personnelles, parce que les rêves ne sont pas si loin et qu'avant qu'ils ne s'évaporent, j'aime aussi me souvenir de cette aventure forcément rocambolesque de la nuit, de cette chevauchée lubrique mais rêvée [mais Dieu que c'est bon de rêver de faire l'amour ... j'adore], de cet épisode rêvé de ma vie future ou improbable, de ces indices que je crois déceler à gauche et à droite pour me guider [tu vois la nuit dernière, j'ai rêvé d'un truc qui va me servir ...], etc ...
- la to do list, parce que je suis toujours en retard sur tout ... et que bon ... c'est aussi une bonne occasion de se dire que le procrastineur que je suis n'a définitivement aucune excuse ...
- etc ...

Instinctivement, je stoppe l'ablution ... je m'étire de tout mon long, je contemple les gouttes dévaler mon corps humide et vertical ... et j'attends quelques secondes. Juste avant d'avoir les premières sensations de froid, je saisis ma serviette trop grande [mais j'aime les grandes serviettes ... genre serviettes de plage ... et puis bon, question de cohérence avec le bonhomme !!!], et hop, je passe au séchage.

C'est fini, je suis réveillé ... j'ai quitté mes idéaux fictifs nocturnes et leur pays regretté ... dans moins de quinze minutes tout compris, je serai dehors.

Tto, Bonne journée, Bonjour